CHAPITRE
LIGOTER ET PASSER k TABAC.
(^visations. — Négations. — Témoignages. — L'ignorance ci ]*habil^l^ de M. Jacob. — La langue française s'enrichit. — Mon Icmoi- Si^age personnel. — Explications de la police.
XJn sergent de ville, sous Tempire, venait en pleine cour ^poser, à propos d'un coup qu'il avait reçu dans les 'lus, d'un individu qu'il arrêtait :
« Si j'avais pu saisir mon épée,je la lui aurais passée à 'H.ver8 le corps.
Le président eut la bienveillance de lui dire paternellement que le procédé eût peut-être été un peu vif»
Celui là en était resté à l'intention, d'autres ont agi.
J'avais dit dans une des lettres du Vieux petit employé.
<< M. le préfet de police peut aller un jour dans le bureau de M. Jacob. ^ fera bien d'assister à Tinlerrogatoire de quelque pauvre diable pré- ^nu d'un délit ou d'un crime. Voici ce qu'il verra :
« On attache les poignets de l'individu avec une fîcelle, et on série ^Ue ficelle; elle entre dans les chairs ; les chairs se gonflent; le sang apparaît; on serre toujours jusqu'à ce qu'il avoue.
« S'il résiste, on aide l'œuvre de la ficelle avec quelques gifles, coups ie pied et coups de trique. On appelle cela « passer au tabac. »
« — Comment 1 me dites-vous, au dix-neuvième siècle, on Républilue, la préfecture de police rétablit la question ? Ce n'est pas possible I
« Je réponds :
■ Cela est.
a Souvent des malheureux qui ont avoué devant la police, pour k^happer à ces tortures, sont ensuite relâchés parle juge d'instruction
OU acquittés. Ils en sont quittes pour les coups qu'ils ont reçus. La pla* part sont do pauvres hères, trop heureux d'être délivrés à ce prix, et, par crainte, n'ayant garde de réclamer. Ce sont des hommes, cependant. »
La Préfecture de police sévit. Elle eut môme l'audace de poursuivre le passage ci-dessus. Alors voici ce qui se passa à l'audience:
M. Delattre. — Le témoin n'a-t-il pas entendu dire qu'on ligotait les prisonniers ?
Le témoin Nicole, inspecteur de police. — C'est une habitude; on serre plus ou moins fort.
D. — A-t-il entendu crier?
R. —Oh! ouil
Le témoin Crouzat, inspecteur de police. — Tout le monde sait, depuis M.Jacob jusqu'au dernier employé de la préfecture, que les individus qui ne veulent pas avouer sont attachés et frappés jusqu'à ce qu'ils aient avoué. (Murmures.)
C'est surtout de mai à décembre 1877, que j'ai vu frapper le plos d'individus.
Cela se passait dans une pièce noire, obscure, et les individus qu'on maltraitait criaient : «Au secours! On m'assassine! >
Le témoin Cousin, inspecteur de police. — Quand je suis arrivé au service de sûreté, j'ai demandé aux anciens la cause des cris qoe poussaient des prisonniers, et ils m'ont répondu : « Ce sont des individus qu'on ligote fortement en leur demandant s'ils veulent casser du saere. On appelle cola passer à tabac !
M. le Président. — Et ceux qui ne veulent pas avouer? • R. — On les renvoie.
M. Delattre. — Je dois faire remarquer que tous les inspecteurs qoe nous avons fait assigner sont d'anciens sous-officiers de l'armée qui n'ont jamais subi de punitions. Ils présentent toute garantie de sincérité.
Le' Témoin. — J'étais sous-officier à dix-neuf ans, et jusqu'au 16 mai je n'ai jamais été l'objet d'un seul reproche.
Le témoin Wuillaume^ inspecteur de police^ a aussi entendu les cris des prisonniers qu'on passait « à tabac ».
Le témoin Tard, inspecteur de police. — Ce témoin déclare qu'il a vu ligoter des prisonniers. En décembre 1876, il a vu amener un jeone homme de dix-huit à vingt ans qui refusait de donner son nom ; on loi a lié les mains si fortement que le sang a coulé, et comme il persistait à garder le silence^ on a chauffé une barre de fer et on a menacé de la lui passer sous la plante des pieds. (Mouvement d'indignation.)
Le témoin Soudais, inspecteur de police, a entendu des prisonniers crier, et on lui a dit : Cela vous étonne, mais c'est un détenu qu'on /MUif
E Tïabac, et i
ET TASSER A TABAC, s interdit de procéder Je la sotte, il n
sss. J
1 reproche aux agents de ne pas Mre assez 1 u frapper, ligoter I eoiivent frapper dei'J
plos d'arrestation jn
Il termine en disant qu ol d'arrestations.
Le témoin Bouqvin, inspecteur prévenus et les passer à tabac.
Le ti^nioin Rochon, Impccteur d détenus.
Le lémoïa Picard, inspecteur de police, a été témoin de brulnlitj etercées pai un brigadier, simplement parce que le prévenu a-t-11 dit, regardé de Iravers.
Le témoin Jokanneau, Inspecteur de police, a vu frapper len prisan.fl niers beaucoup de fols. Au mois de mars 1877, il a assisté à une talion à Rubinson, et l'an des individus arrêtés — il croit qu'il st it Appert — a été ligoté par ses camarades. Plus tard, il y a
:l individu, <
it été arrèlV |
;Dnime les autres témoins, i quand on ne fait pas d'at qu'aux bonapartistes.
Le témoin André y Jeriv:, inspecteur de police, a ru frapper et ligoter I les détenus. Cela se passe dans son bureau.
M. k Président. — Loin de celui de .M. Jacob ?
It. — U faut traverser la cour.
D. — Le saim ?
B. — Je ne puis le dire.
. Le témoin Morlhac, inspecteur de pulice, même déposition.
te témoin Haliiiick, inspecteur de police, dépose qu'on frappa queU] quelbisleK prévenus, mais jamais juaqu'jk faire couler le sf
Le témoin Canal, inspecteur de polii^, a entendu des ci de* hommes ligotés. En mars dernier, il a vu frapper un nommé Appert 1 qui 8'ëcriait : — Est-il possible que, dans un pays cjvillsé, républicain,, j OD martyrise ainsi les gens 1
JH. Delallre. — Eiicite-t-«n le zélc des agents?
M. le Président. — Vous ne voulez pas dire qu'on ar «mu?
M. Delatlre, — Nous avons démontré, la statistique Ou 700 individus arrêtas, un quart sont relâchés.
Le témoin Martin, employé à la Préfecture, a vu donner un coup ds, 1 corde qui a nécessité l'envoi ïmjuédiat du prisonnier, atteint dans l'caii, f i l'inlirtnerie.
Lit témoin Ginei, inspecteur de police, a vu frapper et ligoter
icien inspecteur de police retraité. Le témoin is qui venaient du bureau de M. Jaooli, placé ]
Le témoin Baulrel, a eaieadu, un Jour, des ci aa-deasuB du sien.
Le Icmoin Jetnin (Léon) a été arrêté le i& février, et attaché avpB J ftoe corde ; à la préfecture, on lui a donné dos coups de pied, ile^ o
de poing. li a craché le sang pendant une semaioe. Après avoir fait trente-trois jours de prévention, il a été acquitté.
M, Delatire demande que Tagent Crouzat, qui a pris la défense du jeune Jeanin, soit entendu.
M. le Substitut fait observer que Jeanin était inculpé d'avoir, au contraire, exercé des violences sur Michel, Tagent qui a procédé à son arrestation.
Jeanin, — J'étais attaché, je n'aurais pu me battre.
M, le Substitut. — L'agent Michel a été puni, du reste, par M. Jacob.
M. Delattre. — J'insiste pour que ce point soit précisé ; je demande qu'on entende l'agent qui a débarrassé Jeanin des mains de Michel.
Déposition de M. Crouzat, inspecteur de police. — M. Crouzat est rappelé, et déclare que Jeanin lui a fait pitié, et il s'est écrié, en s'adressant à ses collègues : Malheureux 1 le premier d'entre vous qui met encore la main sur ce jeune homme aura affaire à moi. (Applaudissements.)
M. le Président. — Il est prouvé que M. Jacob a admonesté Michel, que celui-ci a trompé le ministère public...
M. Delattre. — Et qu'il n'a pas été révoqué !
A cela que répond M. Jacob, chef du service de la sûreté :
Af. le Président. — On vous reproche des mesures de rigueur pour arracher des aveux aux prisonniers ?
R. — Je suis tout prêt à répondre à toutes les questions que le tri' bunal m'adressera ; mais, avant tout, j'affirme avec toute ma responsabilité, que s'il y a jamais eu des violences [de la nature de celle* dont on a parlé, c'est contrairement à mes ordres, journellement répétés. Jamais je n'ai entendu crier. Je n'entends pas nier que des agfents se soient laissé aller peut-être à des actes de violence; en effet, il Y en a eu quatre pour 1878 ; il y a eu deux suspensions et deux révocations. S'il y a eu des violences exercées, elles ont eu lieu à mon insu. Je regrette que ceux qui ont été victimes ou témoins de ces vio* lences ne m'en aient jamais parlé.
Il est bon que je vous dise que dans les trois années 1876-77-78, il y a eu 13,850 arrestations, et il n'est pas venu une seule plainte au. parquet.
M. le Président. — Mais vous avez entendu M. Bautrel parler de cris qu'il a entendus.
n. — Oui, j'ai su qu'un homme avait voulu se sauver et qu'on avait eu beaucoup de peine à le retenir ; mais je n'ai jamais entendu parler d'autre chose.
D. . — On a dit qu'on ligotait les prisonniers au point de faire sortir le sang; on a même parlé de fer rouge.
R. — Je n'ai jamais rien su, personne ne m'en a jamais parlé.
D. — Avez-vous entendu parler d'un nommé Jeanin?