I. Motifs de la réforme de Clisthènes
de presque tous ses privilèges, elles avaient porté un rude coup à la racine même de ces privilèges, au principe de la naïssance. Mais en histoire, comme ailleurs, la force acquise persiste, après que l'impulsion a cessé. La noblesse continuait à régner, non plus en vertu des lois, mais en vertu de vieilles habitudes, par sa confiance en elle-même et par la timidité d’une démocratie jeune et inexpérimentée.
Tout cependant préparait une ère nouvelle: que fallait-il pour qu’elle fût accomplie? Que le peuple sortit de son ἰηdifférence, rompiît avec la tradition et se sentit l’énergie suffisante pour user de ses droits. Solon avait cru trouver dans la fortune, la mesure de l'intérêt social, la garantie de l’esprit d'ordre et la preuve d’une préparation suffisante: il avait établi une double échelle, celle des fortunes et celle, correspondante, des devoirs et des droits; par sa réforme, il appelait au gouvernement tout au moins la bourgeoisie; mais plus fortes que les lois, les mœurs, les habitudes avaient sufh pour maintenir la situation prédominante des eupatrides et réduire les questions politiques à la rivalité des familles nobles.
Cette situation remontait fort haut: dejà le coup de main manqué de Cylon avait découvert les espérances secrètes de bien des eupatrides; plus tard, après Solon, l’archontat de Damasias avait de nouveau mis au jour les prétentions de l'aristocratie et attesté la présence de trois groupes dans la population: Eupatrides, Géorgoi, Démiurges. A l’époque où Pisistrate commence ses menées, trois partis nouveaux, ou tout au moins trois partis portant des désignations nouvelles, se disputent le pouvoir: «d’un était celui des Paraliens, dont le chef était Mégacles, fils d’'Alkméon; ce parti semblait poursuivre une politique modérée; un autre était celui des Pediakoi, lequel visait à l’oligarchie, et avait à sa tête Lycurgue; le troisième était celui des Diacriens que dirigeait Pisistrate; ce parti était le plus favorable aux intérêts populaires. A celui-ci s’étaient joints les individus dont les dettes avaient été supprimées, mais qui se trouvaient néanmoins sans moyens d’existence, et ceux dont le droit de cité était suspect; ils étaient poussés par la crainte, et, en effet, après la chute des tyrans, avait eu lieu un examen des listes, δεαψηφισμός, parce que beaucoup avaient
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usurpé la qualité de citoyens. Chacun de ces partis tenait son nom du lieu où ses membres cultivaient la terre.»
Il sera nécessaire que nous nous rendions un compte exact de ce que sont ces trois partis.
Après Solon, à l’époque de Damasias, trois partis: les Eupatrides, les Démiurges, les Géorgoi; quelques années après, sous Pisistrate, ce sont les Pédiéens, les Paraliens, les Diacriens qui sont en présence. Étaient-ce trois nouveaux partis ou trois désignations nouvelles pour les anciens partis? Si c’étaient trois partis nouveaux, comment avaient-ils pu se constituer en si peu d'années? Admettons que les Pédiéens, les Paraliens, les Diacriens soient, sous d’autres noms, la même chose que les Eupatrides, les Géorgoi, les Démiurges; ceux-ci forment donc trois partis et non pas trois classes. Telle est la conclusion que nous allons essayer de justifier.
Décrivons sommairement les traits caractéristiques des trois groupes de l’époque de Pisistrate, qui représentent certainement trois partis (Pédiéens, Paraliens, Diacriens). Les noms de ces partis proviennent de trois regions de l’Attique, et si on veut les traduire, ils signifient le parti des gens de la Plaine, le parti des gens du Rivage, le parti des gens de la Montagne.
A la tête de chacun de ces groupes, Aristote vient de le dire, un membre de la haute aristocratie s’efforce de mener sa faction à la victoire, laquelle doit être, avant tout, la victoire personnelle du chef.
Cependant ces trois partis n’étaient pas des factions pures et simples: ils avaient des programmes différents. À eux trois, ils exprimaient les trois attitudes que les hommes peuvent prendre en politique, le conservatisme, l’opportunisme et le
1 Arist., Ath. Pol., chap. 13: ἦσαν δ᾽ αἱ στάσεις τρεῖς, μία μὲν τῶν παραλίων, ὧν προειστήχει Μεγακλῆς ὃ Ἀλχμέωνος, οἵπερ ἐδόχουν μάλιστα διώχειν τὴν μέσην πολιτείαν: ἄλλη δὲ τῶν πεδιαχῶν, OÙ τὴν ὀλιγαρχίαν ἐζήτουν, ἡγεῖτο δ᾽ αὐτῶν “υχοῦργος" τρίτη δὴ τῶν διαχρίων, ἐφ᾽ ἡ τεταγμένος ἣν Πεισίστρατος, ϑημοτικώτατος εἶναι δοκῶν. προσεκεχόσμηντο δὲ τούτοις οἵ τε ἀφ[ῃ]ρημένοι τὰ χρέα διὰ τὴν ἀπορ[αν χαὶ οἱ τῷ γένει μὴ χαϑαροὶ διὰ τὸν φόβον" σημεῖον δ᾽, ὅτι μετὰ τὴν τῶν τυράννων κατάλυσιν ἐποίησαν διαψηφισμὸν ὡς πολλῶν κοινωνοὺντων τῆς πολιτείας οὐ προσῆχον. εἶχον δ᾽ ἕχαστοι τὰς ἐπωνυμίας ἀπὸ τῶν τόπων ἐν οἷς ἐγεώργουν.