VI. Clisthènes toucha-t-il aux phratries, genê, [Π14565Ὁ
phratries. Voyons si nous ne pourrons pas nous servir, pour arriver à une probabilité, d’autres moyens.
La question est double: après Clisthènes, le nombre primitif de douze phratries a-t-il été modifié à Athènes?
Clisthènes est-il l’auteur de ce changement?
Je crois qu’il faut se prononcer affirmativement sur la première question, sur l’augmentation du nombre des phratries.
Un indice que l’on peut relever est le fait que les auteurs qui parlent si souvent des phratries ne les nomment jamais.t Si Démosthène, par exemple, avait eu devant lui douze phratries, la continuation des douze phratries anciennes, leurs noms lui auraient été familiers, comme à tous les Athéniens, et d’instinct il les eût prononcés. S'il ne désigne pas d’une façon précise les phratries, n’est-ce pas qu’elles sont trop nombreuses et pour la plupart trop ignorées?
En outre, douze phratries, pour une population devenue relativement si nombreuse, paraissent bien insufhisantes.?
Je ne vois cependant aucune raison d’attribuer cette multiplication probable à Clisthènes: à coup sûr, il ne créa pas de nouvelles phratries pour les naturalisés; en les leur ouvrant, ils les aurait rendus à tout jamais reconnaissables; il eut soin de les mêler avec les citoyens de naissance, afin qu’il n’y eût entre eux aucune distinction. Je me demande même si cette multiplication très probable du nombre des phratries ne commença pas avant lui: il trouva certainement l’organisation gentilice dépouillée de son ancienne et rigoureuse symétrie; des genê s'étaient éteints, les thiases s’étaient multipliés. Quoi qu'il en soit, sa réforme eut comme conséquence de faciliter la multiplication des phratries, puisqu'elles cessaient d’être des institutions de l’État.
B. Clisthènes modifia-t-il la composition des phratries?
Parmi les auteurs qui ont soutenu cette opinion, il faut mettre hors rang Buermann;° il me paraît, en effet, l’avoir développée avec une extrême clarté.
1 Philippi, p. 175, a remarqué ce fait, mais son explication est inacceptable. ? Kôrte, Hermes, 37, p. 583, croit que le nombre des phratries est toujours resté de 12.
8 Jahrb. f. kl. Philol., Suppl. IX, Dans l’appendice, l’auteur a quelque
Francotte, La Polis grecque. 5
66 La réforme de Clisthènes.
Voici le procédé que suivit, selon lui, Clisthènes pour multiplier les phratries et les modifier: il en trouvait douze, comprenant trois cent soixante genê. Ces trois cent soixante genê sont des genê nobles; il les isole les uns des autres et de chacun fait le centre d’une nouvelle phratrie; les phratries sont donc plus nombreuses que les anciennes, et de plus elles comprennent toute la population.
Il y aurait eu, après Clisthènes, trois cent soixante phratries. Quant à ce chiffre, Buermann oublie que parmi les trois cent soixante genê anciens, plus d’un avait dû s’éteindre.
Mais, selon lui, Clisthènes n’a pas seulement augmenté le nombre des phratries, il a encore modifié leur composition. Comme preuve principale, il invoque Aristote (Polit., VII VI, 4, p. 1319 b19): à première vue, ce texte lui donne raison: «Celui qui veut fortifier la démocratie doit procéder comme Clisthènes et, comme les fondateurs de la démocratie à Cyrène, établir d’autres phylai et phratries plus nombreuses, substituer aux sacrifices particuliers des fêtes religieuses peu fréquentes, mais publiques; il faut, autant que possible, confondre les relations des citoyens entre eux, en ayant soin de rompre toutes les associations antérieures.» (Cf. trad. B. Saint Hilaire.)! Mais nous lisons, d’autre part, dans la Politeia des Athéniens, chap.21r,6: «Quant aux genê et aux phratries et aux sacerdoces, il permit à chacun de les conserver suivant l’usage de ses ancêtres».
On a voulu voir à toute force une contradiction entre ces deux passages: pour qu'elle püt être constatée d’une façon certaine, il faudrait qu’ils fussent tous deux parfaitement clairs.?
peu modifié son opinion, mais je ne considère à présent que la première forme qu’il lui a donnée. Cette opinion de Buermann, et notamment son interprétation d’Arist., Polit., VII (VI), 4, ont été suivies par une foule d'auteurs, Schôll, Satura philologica H. Sauppio oblata, Berlin, 1879; Philippi, Jahrb. f. kl. Philol., 1879, etc.
1 Politique, ΝῚ (VI), 4: τὰ τοιαῦτα χατασχευάσματα χρήσιμα ... οἷς Κλεισϑένης τε ᾿ϑήνησιν ἐχρήσατο βουλόμενος αὐξῆσαι τὴν δημοxoatiav, χαὶ περὶ Κυρήνην οἱ τὸν δῆμον χαϑιστάντες. φυλαί τε γὰρ ἕτεραι ποιητέαι πλείους καὶ φρατρίαι, καὶ τὰ τῶν ἰδίων ἱερῶν συναχτέον εἰς ὀλίγα καὶ χοινά, χαὶ πάντα σοφιστέον ὅπως ἂν ὅτι μάλιστα ἀναμιχϑῶσι πάντες ἀλλήλοις, αἱ δὲ συνήϑειαι διαζευχϑῶσιν αἱ πρότερον.
2 Niemeyer, Jabrb. f. kl. Philol., 1892, en réponse à Cauer, Hat