VI. Clisthènes toucha-t-il aux phratries, genê, thiases
Or, le second seul est d’une clarté absolue: Clisthènes ne change rien aux phratries et aux genè pour ceux qui y appartiennent déjà. Quant au premier passage, il n’offre pas cette netteté. Où commence la réforme de Clisthènes, où, celle de Cyrène? Aristote n’a évidemment pas voulu déterminer exactement ce point: il se borne à énoncer une idée générale avec des exemples à l'appui. Le texte de la Politeia ne contredit pas celui ΠΕ Polhitique-ilprécise la portée de ce dernier en ce qui regarde Clisthènes. Clisthènes a donc multiplié le nombre des phylai, il a rendu publics les cultes privés des phratries, en ce sens qu'il y a admis nombre de nouveaux participants, et ila institué dans ses phylai et dans ses dèmes de nouveaux cultes publics. Quant aux phratries, le texte de la Politeia est positif: Clisthènes les a laissées intactes pour ceux qui y appartenaient. Ceux qui n’en étaient pas membres, il les y admit en vertu de la naturalisation qu’il octroya si largement.
Buermann invoque aussi un passage d’Eschine (περὶ τ. παραπρ., 11, 147). L’orateur déclare: εἶναι ὃ ἐκ φρατρίας τὸ γένος n τῶν αὐτῶν βωμῶν Ἐτεοβουτάδαις μετέχει, ὅϑεν ἡ τῆς ᾿Αϑηνᾶς τῆς Πολιάδος ἐστὶν ἱέρεια.
Le sens de ces paroles et le texte même ont fait l’objet de nombreuses controverses. Philippi les résume (p. 177) avec son exactitude ordinaire. Eschine veut dire que sa famille appartient à la même phratrie que les Étéobutades, et qu’elle sacrifie aux mêmes autels.
Voici donc une phratrie qui a l'honneur de comprendre un genos noble au milieu de ses thiases. Buermann (p. 616) insiste avec raison sur le sens de μετέχει. L’orateur, comme il le dit, ne déclare pas que les Étéobutades ont les mêmes autels que la phratrie, mais bien que la phratrie a les mêmes autels que les Étéobutades. Ce passage montre, conclut-il, que le culte des phratries fut originairement le culte propre des genê, qu’ils en étaient propriétaires ({nhaber), et que les nonnobles ne pouvaient prétendre qu’à y participer (Anteil haben).
Aristoteles die Schrift vom Staate der Ath. geschrieben? Stuttgart, 1891, lequel soutient à tort qu’il y a contradiction.
1 Ici genos n’est pas pris dans un sens technique, mais signifie race, famille (Buermann, p. 615: «Abstammung»).
68 La réforme de Clisthènes.
Je suis heureux de signaler cette confirmation de ce que j'ai dit plus haut; mais je ne saurais admettre que cette situation des thiases à l’égard des genê ait été établie par Clisthènes. Elle est leur situation primitive, et dans certaines phratries, comme dans celle à laquelle appartiennent les Étéobutades, les anciens genê nobles, s’ils ont perdu leurs privilèges, sont encore les premiers par la considération dont ils jouissent.
C. Clisthènes laissa-t-il les phratries absolument intactes ou ne changea-t-il pas leur nature de façon à les mettre en rapport avec les dèmes?
Si ce que nous avons établi est vrai, il faut répondre négativement: Clisthènes n’a pas augmenté le nombre des phratries, il n’a pas eu à y introduire les non-nobles, par conséquent, il n’a pas changé la nature de la phratrie, il ne l’a pas mise en rapport avec le dème, il ne lui a pas donné un caractère local: il la'laissée telle qu’elle était. Les systèmes contraires au nôtre supposent nécessairement des prémisses différentes sur la multiplication des phratries et les changements apportés à leur composition.
Ces systèmes ont un grave inconvénient: ils sont très difficiles à exposer clairement et la plupart des formules qu’on a données échappent à toute discussion par leur obscurité. En voici quelques-unes qui font exception.
Exposons d’abord celle qui a été esquissée par Schôll (Satura philol. Hermanno Sauppio oblata, Berlin, 1879, p. 172). Clisthènes, dit-il, a multiplié les phratries et changé leur nature; cela résulte’:de: la Politique: d’Aristote/(VIAINT); 4): "A0 associé dans les phratries les anciennes familles nobles, les «gentes patriciae» aux familles plébéiennes «quibus aut nulla gens aut ficta esset». De là, la loi citée par Philochore (fr. 94).
Pour opérer un nouveau groupement, il tint compte de la parenté, mais surtout du domicile et du voisinage; il y fit entrer les «gentes» patriciennes, en les laissant intactes, et leur adjoignit d’autres «gentes» ou «simulacra gentium ... ratione habita domicili». On le remarque, dans cette hypothèse, la nature de la phratrie est changée, mais il ne s’agit pas précisément d’une relation établie avec le dème: il n’est question