VI. Clisthènes toucha-t-il aux phratries, gené, thiases
que d’une refonte des phratries, d’après le domicile; la phratrie ne coïncide pas avec le dème, du moins on ne nous le dit pas; néanmoins le principe est posé.
On a essayé de lappliquer dans les tentatives diverses qui ont été faites pour mettre les dèmes en rapport avec les phratries. On pourrait concevoir ce système: Clisthènes crée les dèmes et décide que dans chaque dème une phratrie aura son siège. Les qualités de démote et de phratère s’acquièrent donc en même temps par le domicile. C’est à peu près ce que dit Buermann:! les phratries étaient des corporations plus petites que les dèmes et elles étaient locales, hingen ürtlich zusammen. Clisthènes prit les anciens genè, sans tenir compte des différents domiciles de leurs membres, comme centres de ses phratries; il ne considéra que le siège de chaque genos (Stammsitz) et lui adjoignit comme associés religieux les non-gennètes qui habitaient dans les environs.
Enfin, Schôll (Xleisthenische Phratrien, p. 22) déclare: ce n’est pas le genos, mais le dème, qui est le point central de la phratrie. Voici en quel sens il entend, je le pense du moins, ce qui précède. Il vient de prouver que l’oikos des Décéliens n’est pas un genos; il réfute par là l'opinion que Clisthènes aurait pris un genos noble comme centre de chaque phratrie. Au contraire, Clisthènes, en transformant les phratries, les mit en rapport avec les dèmes. Chaque phratrie avait son siège dans un des principaux dèmes; les membres des thiases de la phratrie étaient en grande partie (pourquoi cette restriction?) membres de ce dème. Les genê nobles passèrent intacts dans les nouvelles phratries et restèrent en dehors des bestimmten Demenverbandes. Clisthènes fit entrer les thiases avec les genê dans ses phratries: en effet, ce doit être en vertu d’une loi «que le culte des anciens genê fut étendu aux nouveaux genèê qui furent unis aux premiers dans les phratries».
Ces systèmes et autres semblables ne peuvent invoquer que deux arguments tirés, l’un du règlement des Démotionides, l’autre du bail des Dyaliens:? ces deux documents prouveraient un rapport local du dème avec la phratrie; en effet, bon nombre
1 Buermann, Jabrb. f. kl. Phil., Suppl. IX, Appendice. 2 IG, IL, 2, 600.
70 La réforme de Clisthènes.
de Démotionides sont membres du dème de Décélie, c’est là qu'ils ont leurs autels; de même les Dyaliens semblent être principalement du dème de Myrrhinonte; les deux phratriarques lui appartiennent; le terrain que louent les Dyaliens y est situé.
Un rapport local du dème et de la phratrie existe certainement, mais il consiste simplement en ce que chaque phratrie a son siège sur un point quelconque du territoire. Elle y possède ses autels, ses biens communs; la majorité ou une partie notable de ses membres demeurent aux lieux où la phratrie a son centre; cela n’a rien d’étonnant, les changements de domicile, tout au moins pour les bourgeois et les gens du peuple, dans un aussi petit pays que l’Attique, devaient être relativement peu fréquents,! et les citoyens étaient retenus dans leur lieu natal par de multiples intérêts religieux et matériels.
Ces deux arguments ne sont donc pas probants; en voici quelques-uns qui sont décisifs en sens contraire:
1° Le texte de la Politeia: tous les Athéniens ont conservé leur phratrie; ceux-mêmes qui avaient quitté le dème où leur phratrie avait son siège, ne perdirent pas leur qualité de phratères dans la phratrie paternelle.
2° Dans le discours de [Demosth.,] c. Neaera, les Brytides appelés en témoignage appartiennent à des dèmes différents.? Schôüll (Sat. philol.) a prévu cet argument, quand il a admis que les anciens genè passèrent intacts dans les nouvelles phratries; mais remarquons que Clisthènes ne pouvait avoir intérêt à refondre les phratries que pour arriver à dissoudre les genê et à briser leur influence. S'il n’a pas touché aux gené, à plus forte raison n’a-t-il pas touché aux phratries.
3° Dans l’inscription de Décélie, le fait que le phratriarque est du dème voisin, d'Oion. Schôüll (Die Kleisth. Phratrien)
1 Voir Demosth., c. Euboul.: la grande majorité des Dèmotes d'Halimonte paraissent habiter ce dème.
2 Voir encore IG, IL, I, 1276, 1277 (les Amynandrides). — E. Drerup a montré que les documents insérés dans [Demosth.,] c. Neaera étaient authentiques, Über die bei den attischen Rednern eingelegten Urkunden, Jahrb. f. kl. Philol., Suppl. 1897. — Cf. Dittenberger, Hermes, 20, dans sa belle étude sur les Kérykes.