VII. Rapport de l'inscription à la phratrie
y en avoir de plus étroit que celui qui existe aujourd’hui entre une communauté protestante ou catholique d’une localité et les habitants envisagés comme soumis au service militaire, astreints à l’impôt. Ces rapprochements, exacts en certains détails, sont trompeurs dans l’ensemble: à Athènes, la religion était la première des institutions politiques; elle n’intéressait pas seulement la conscience des citoyens, elle réglait, dans une certaine mesure, leur situation vis-à-vis de l’État. La phratrie spécialement était certes une corporation religieuse; mais il n’y avait point de groupement d'individus à Athènes qui n’eût, à quelque degré, ce même caractère. La phratrie était aussi une corporation civile: le citoyen, comme tel, devait en être membre, sous peine de perdre quelque chose de ses droits; à cette obligation étaient attachées certaines conséquences, et il reste à les préciser. Ce que dit Tôpffer élude les difficultés de la question, en transportant dans l’antiquité athénienne une distinction toute moderne entre l’ordre civil et l’ordre religieux.
Le droit de cité, dit Schüll (Die Kleisth. Phratrien), repose sur le dème et sur la phratrie. La phratrie appartient à la sphère du droit privé, le dème à la sphère du droit public. Pour la détermination (für die Regulierung) des droits et des charges d’un citoyen, milice, impôts, droit de vote, éligibilité, la dernière organisation est seule décisive. Le dème, comme circonscription administrative, tient le rôle des citoyens astreints au service militaire et au payement de l'impôt. La phratrie, comme corporation religieuse, tient l’état civil (das Standesregister). Mais la première liste repose sans aucun doute sur la seconde.
Je lis dans Philippi, que chaque inscription donne (gibt) des droits spéciaux: l'inscription à la phratrie, le droit de famille; linscription au dème, le droit de cité. L'inscription à la phratrie confère (gewäbrt) l'éyyoteia;! l'inscription au dème, la πολιτεία (Ait. Bürgerr., p. 100).
1 L'ayyioteiæ, c’est-à-dire la parenté, en tant qu’elle est liée avec le droit d’hérédité. — Das Wort bezeichnet die Verwandtschaft, aber sofern sie mit dem Erbrechte verbunden ist. — Busolt, Gr. δ,., p. 20, écrit à propos de layzscteia: Durch die Bildung gesonderter Hausstände seitens der Sôhne und deren Nachkommen verzweigte sich die Familie zur Sippe
14 La réforme de Clisthènes.
Ces deux solutions ne se présentent pas à l’esprit d’une façon tout à fait nette. Que signifient les mots: «donner, conférer»? Nos listes électorales confèrent-elles, donnent-elles, prouvent-elles le droit électoral, ou sont-elles la condition de l'exercice de ce droit? Mais n'insistons pas actuellement sur la terminologie.
Peut-on dire, avec Schôll, car c’est ainsi que j'interprète son opinion, que la liste de la phratrie atteste la filiation et celle du dème la nationalité? Par conséquent, la liste de la phratrie appartiendrait au droit privé, la liste du dème au droit public. Cette distinction n’a qu’une clarté apparente. Je comprends que le contrat de vente soit du droit privé, les conditions d’éligibilité du droit public; mais la nationalité tient à la fois du droit privé et du droit public; car elle repose sur la filiation. Donc, si la liste du dème prouve la nationalité, elle prouve aussi la filiation. La liste du dème prouve la filiation et la nationalité: alors, que prouve la liste de la phratrie? Elle ne peut plus prouver que la filiation; celle-ci serait donc prouvée deux fois. Mais on pourrait dire: la liste du dème prouve la filiation pour le droit politique, la liste de la phratrie prouve la filiation pour le droit prive.
C’est à peu près ce que dit Philippi, mais sa notion est plus restreinte: la liste du dème, dit-il, donne la Politeia, celle de la phratrie donne l’Anchisteia; l’Anchisteia, c’est-à-dire le droit d’hérédité, en tant qu’il repose sur la filiation, sur la parenté, donc le droit d’hérédité en vertu de la loi. Aïnsi, la liste de la phratrie prouve qu’un tel est fils d’un tel et d’une telle, tous deux Athéniens, donc qu’il en peut hériter en vertu de la loi; donc, ajouterai-je, qu’il est soumis à leur autorité paternelle; d’une façon générale, qu’il jouit de tous les droits et est soumis à toutes les charges qui découlent de sa filiation. oder zum Geschlecht. Die Mitglieder einer Sippe blieben in familienrechtlicher Verbindung. Insbesondere bildeten die Eltern mit den Deszendenten der nächsten drei Grade (Sühnen, Enkeln, Urenkeln, Geschwisterkindern und Enkeln), sowie diejenigen, welche einen Aszendenten der nächsten drei Grade gemeinsam hatten, eine engere sakrale und verwandtschaftliche Gemeinschaft (ἀγχιστεία), die in der Pflicht zur Bestattung und zum
Totenkultus und in der nähern Erbberechtigung zum Ausdrucke kam. Cf. Lipsius, Alt. Proceli, p. 586.