I. LA FONDATION DE L'ÉTAT
Les éléments du synœcisme ne sont pas toujours les mêmes: tantôt ce sont des tribus comme à Sparte; tantôt des peuplades, sans aucun caractère gentilice, comme en Arcadie; tantôt, par contre, ce sont des états qui se fusionnent, comme dans le synœcisme de Téos et de Lébédos. D’après cela, on peut distinguer trois grandes espèces de synœcismes, selon qu'ils se font entre tribus, entre peuplades ou entre états.
Ces trois classes se subdivisent à leur tour. Le synœcisme est essentiellement une opération politique, mais très souvent il s'accompagne d’une opération que je demande à pouvoir appeler «géographique». Les Grecs, pour désigner l’État, disent πόλις, qui désigne aussi la ville.! Cette synonymie est significative: il n’y a, presque jamais, d’état sans ville. Le synœcisme a d’ordinaire comme point de départ ou comme point d’aboutissement une ville: il y eut une ville d'Athènes avant qu’il y eût un état athénien, embrassant toute lAttique; l’état et la ville de Rhodes sont créés en même temps. Les exceptions sont très rares: Sparte et peut-être Élis.
Qu'est-ce qui caractérise une ville? C’est d’abord le nombre relativement considérable de ses habitants; c’est ensuite, souvent, le rempart qui l'entoure et qui en fait une place forte; tel est même le sens premier du mot, ainsi que nous l'avons vu, πόλις — citadelle.?
L'existence antérieure d’une ville est donc très souvent la circonstance qui facilite le synœcisme; la fondation d’une
1 Sur la fondation des villes, cf. Kornemann, Polis und urbs, Beitr. 2 alt UGesch,, V1 pu72:
2 Le mot πόλις signifie citadelle, château fort: c’est le sens ancien que constate Thucydide, Il, 15: en mème temps, une agglomération relativement considérable d’habitants, dans le sens où nous prenons le mot ville en opposition avec la campagne; dans l'Odyssée, Ithaque est habitée χατὰ πτόλιν, XXIV, 413, 536.