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L'ORGANISATION DE LA CITÉ A RHODES

L'État rhodien a été formé, en 408-- 407, par le synæcisme de trois États: Lindos, Camiros, lalysos. Ces trois États remontent à une haute antiquité.!

Ils sont nés eux-mêmes d’un synœcisme;, ils s’effacent, 1] s’en crée un nouveau et, en même temps, il se fonde une ville.

Le synœcisme a comme condition l’unité du droit de cité; celle-ci à son tour ἃ comme condition des cadres communs ἃ tous.?

Le premier élément de ces cadres est tout indiqué: c’est le dème. Tous les citoyens sont portés sur le registre du dème qu'ils habitent, et ainsi leur qualité est attestée. L’appartenance à un dème déterminé est héréditaire.

1 L’'Iliade y fait allusion au Livre Il:

655. Où Ῥόδον ἀμφενέμοντο διὰ τρίχα χοσμηϑέντες, Aivdov, Ἰηλυσόν τε καὶ ἀργινόεντα Κἀμειρον. 668. Τριχϑὰ δὲ ῴχηϑεν χαταφυλαδόν.

Quel est dans ce passage le sens de φυλήν Le mot désigne-t-il une subdivision gentilice? Homère, en ce cas, ferait allusion aux trois phylai doriennes, et chacune d’elles aurait occupé une partie différente du territoire pour finir par former trois états distincts. L'Odyssée, XIX, 177, à propos des Crétois dit: Δωριέες τριχάιχες. Cf. Hésiode, fgm.8 (p.149) Rzach et Pindare, οἱ. 7, 135, qui rappellent aussi la division de la nation dorienne en trois: πάντες δὲ, dit Hésiode, τριχάιχες xaléovrou, | τρισσὴν οὔνεχα γαῖαν ἕχας πάτρης ἐδάσαντο.

5316 synœcisme crée la cité, en établissant un gouvernement un et un droit de cité unique: tous les habitants de lAttique font partie des mêmes cadres et sont soumis à la même autorité centrale.

La ligue associe plusieurs États en vue d’un objet particulier, guerre, culte, etc.

La confédération ou sympolitie superpose l’État fédéral aux États fédérés. Donc deux droits de cité: on est d’abord citoyen de Dymè, d’Aegion, etc., puis citoyen achéen; donc aussi des États superposés, l'État achéen et l’État de Dymè, d’Aegion, etc.

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Les trois anciens États ne disparaissent pas. [15 prennent place dans l’État nouveau: celui-ci gère les intérêts généraux; les dèmes ont les intérêts communaux. Il reste pour les anciens États une compétence très restreinte, et qui ne peut guère dépasser l’ordre des choses religieuses. Au demeurant, ils gardent leur ancienne organisation: assemblée populaire, magistrats, conseil des mastroi, mais ils ne peuvent plus l’appliquer qu'aux objets peu nombreux qui n’appartiennent ni à l’État rhodien ni aux dèmes.

Pour désigner les trois États, il n’y a pas de mot technique. Le mot δᾶμος est réservé à l’État rhodien ou aux dèmes. On dira donc simplement les Lindiens, “ίνδιοι, ou l'ensemble des Lindiens, πλῆϑος. Certains décrets opposent, de façon très expressive, à tout le peuple, tantôt le dème, comme dans ce décret des Brycountioi qui devra être confirmé par tout le peuple ἐν τῶι σύμπαντι δ]άμοωι, IG, ΧΗ, τ, 1032; tantôt l’ensemble des Lindiens, τὸ πλῆϑος τὸ Λινδίων, et, d’autre part, εἰς τὸν σύνπαντα δᾶμον, IG, XII, τ, 847.

Cette division en dèmes! embrassait tout le territoire, l’ile de Rhodes, les îles voisines de Chalcé, Carpathos, Casos et même les possessions des Rhodiens sur le continent.

Il reste une grosse quarantaine de noms dont treize s’appliquent à Lindos? douze à Camiros, trois à l'ile de Carpathos; les dèmes d’Ialysos ne sont pas connus avec certitude. Notons le dème des Πολῖται qui représentait le territoire de la ville de Camiros;® le dème des AwdoxoZltra qui comprenait l’emplacement de la ville de Lindos; le dème des Καρπαϑιοπολῖται, qui occupait une partie de l’ile de Carpathos et répondait peutêtre au xowdr des Étéocarpathes, cité par une inscription athénienne;# à Lindos encore, le dème des Πεδιεῖς, dont nous

1 Sur les dèmes, cf. van Geilder, Geschichte der alten Rhodier, La Haye, 1900, p. 208 5.

2? Cf. la liste des dèmes de Lindos que donne l'inscription n° 56, publiée par Klinkenbergh etKinck, Bull. Acad. Danemarck, 1905, p. 156.

3 Opinion de Foucart, Revue archéol., XII, 1866, p. 337.

+ 1G, ΧΙ, τ, 977 = Dittenberger, Sylloge?, 69. Les listes des tributs nomment encore les ρινῆς qui se retrouvent dans un dème de Lindos, les Οἰᾶται “ινδίων. En outre, les Διάχριοι, les Βρικινδάριοι et les . . . 4 ἐγ Ῥόδου; les Brikindarioi réapparaissent plus tard comme un dème situé sur

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retrouvons les membres parmi les tributaires de la première Ligue de Délos, les Πεδιῆς [ἐγ Aivdlov, l’une des peuplades qui avaient participé par synœcisme à la fondation de l’ancien État lindien; elle est ici envisagée comme encore indépendante.

L'organisation est donc territoriale. Les dèmes sont encadrés dans les phylai. La société privée fondée par Nicasion, IG, ΧΙ], 1, 127, comprend trois phylai et est modelée sur l’État rhodien. Dans une inscription, IG, XIE, 1,125, on lit Kaueigig φυλή, lune des phylai de l’État rhodien: [ἐν] Ἱθόύδωι νεμηϑεὶς Ka(i)μειρίδι glvie]. Dans une autre, φυλαρχήσα[ν]τα φυ(λ)ᾶϊς Tla- Avolélafe]. La troisième est sans doute la φυλὰ Auvdia.!

Lorsqu'on fit le synœcisme, les trois États ne furent pas dissous; leurs territoires devinrent les trois provinces de l’État rhodien et les villages qui y étaient situés furent érigés en communes, en duo.

De plus, apparaissent d’autres principes de groupement. Ainsi à Camiros, et dans les iles de Chalcé, Carpathos, Symé, les ctoinai. La seule explication que nous aient transmise les anciens nous laisse dans le vague: χτύρναι ἢ κτοῖναι, dit Hésychius, χωρήσεις προγονικῶν ἱερειῶν (ἱερῶν Martha) ἢ δῆμος μεμερισμένος. Il ne nous reste, pour nous prononcer, que les documents épigraphiques, trop rares et trop peu précis pour nous donner une certitude complète. Je crois cependant qu'ils nous fournissent de nombreux indices en faveur du caractère gentilice de la ctoina.

Reprenons successivement les documents de Carpathos, puis ceux de Camiros et de Chalcé, enfin ceux de Symé.

On a d’abord à choisir entre deux solutions: les ctoinai sont une organisation gentilice ou une division territoriale. Admettons cette dernière opinion: de nouveau deux solutions possibles: les ctoinai sont la même chose que les dèmes ou elles sont une subdivision des dèmes.

le territoire de Camiros; les autres semblent dépendre d’lalysos; van Gelder, ο. Z., p. 74. On en pourrait conclure qu’au milieu du VIe siècle, le synœcisme de peuplades qui donna naissance à ces trois états n’était pas encore complètement achevé, puisque l’on pouvait encore taxer à part certaines de ces peuplades.

1 Hiller von Gärtringen, Hermes, 36, p. 442.

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L'ile de Carpathos comprend trois dèmes de l’État rhodien, Carpathiopolitai, Brycountioi, Arcaseieis. D'autre part, nous y connaissons la ctoina des Potidaieis, ἃ χτοίνα ἃ Ποτιδαιέων. Celle-ci intervient dans deux inscriptions: une dédicace pour Trajan, IG, ΧΙ], 1, 978, de ὃ δᾶμος ὃ Καρπαϑιοπο[λιτᾶν xali ἁ χτοίνα & Hotiôaé|æ»] et une inscription honorifique de & xroiva ἃ Ποτιδαιέων, IG, ΧΙ], τ, 1033, pour Pamphilidas, fils d'Hiéron, Carpathiopolite. Thémistolas, fils de Télésandros, également Carpathiopolite, est chargé de solliciter la confirmation du décret, par le Conseil et le Peuple de Rhodes. La ctoina a évidemment choisi son délégué parmi ses membres, et, comme ce personnage ne peut faire partie de deux dèmes, il est certain que la ctoina n’est pas un dème.!

Le choix se restreint à deux opinions: ou la ctoina relève du principe gentilice, ou elle est une subdivision du dème.?

Α Camiros, le document le plus explicite est le décret IG, XIL, 1,694 rendu par l’ensemble des Camiriens, ἔδοξε Καμιρεῦσι. Il ordonne de dresser la liste des ctoinai des Camiriens, de celles qui sont dans l’île et de celles qui sont sur le continent; les habitants de Chalcé pourront se faire inscrire, s’ils le jugent à propos. La liste sera affichée dans le sanctuaire d’Athèna.

On remarque que ces ctoinai paraissent bien être une subdivision non de Rhodes, mais de l’ancien État camirien, car le décret se termine par cet article: «les membres de chacune de ces ctoinai se réuniront dans le principal sanctuaire de leur ctoina et nommeront un mastros», c’est-à-dire l’un des membres du collège principal de Camiros.

Le territoire de Camiros se diviserait donc en dèmes de l'État rhodien et fractions de dèmes de l’ancien État de Camiros. De même, l’ile de Chalcé formerait le dème rhodien de ce nom et celui-ci se subdiviserait en ctoinai de Camiros. Cela serait bien étrange et nous relevons tout au moins une forte

1 Schumacher, De Rep. Rhodiorum, Heïdelberg, 1886.

2 C’est l'opinion de V,. von Schôffer (Pauly-Wissowa, 5. v. Demoi), adoptée par Hiller von Gärtringen, Jabresheft eôsterr.- arch. Instit., VII, 1904, p. 84. C’est aussi celle de van Gelder, 0. 1.; p. 223.

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présomption en faveur de notre opinion qui considère les ctoinai comme gentilices.

A Symé, nous rencontrons τὸ κοινὸν τῶν ἐν Σύμαι κατοιχούντων, c’est le titre officiel, plusieurs fois répété;! une fois, les membres sont appelés χτοιρνέται.3

Le titre est étrange: «association des individus qui τόsident à Symé.» Telle est bien la portée du mot κατοικεῖν. Sont-ils tous des citoyens? Dans le premier décret, ils honorent un citoyen, du dème d’Amios et le rogator est un Kacageuc: celui-ci est évidemment un membre de l'association et il est citoyen. Mais cela n’est pas prouvé pour tous les autres: le koinon pourrait être en bonne partie composé d'étrangers, peut-être de la population indigène qui n’a pas été reçue dans la cité. Cela ne présenterait rien d’extraordinaire: les Syméens auraient formé une congrégation religieuse sur le type de celles qui étaient habituelles aux Rhodiens et, sans aucune difficulté, puisque même les confréries des citoyens n'avaient rien d’officiel. C’est pour ce motif qu’elles pouvaient recevoir dans leur sein des étrangers, ainsi que le montre une inscription trouvée à Phoinix dans la Pérée rhodienne.5 Non moins remarquable est l’épitaphe de Philocratès d’Ilion, IG, ΧΙ], 1, 157, honoré par différentes associations, et, pour finir, ὑπὸ Ματίων κτοινετᾶν

1 Jahresh. ôüsterr. Inst., V, 1902, p. 15, décret honorifique pour Agathodoros fils d’Agathon, d'Amios. Ibid, VII, p. 84 pour Aristophanes fils d’Aristophanes, Politas. Ces deux inscriptions ont été publiées IG, XIII, 3 suppl, 1269 et 1270. Les ctoinai de Symé sont également citées dans 1G, XIII, 3, n° 6.

2 Cf. IG, ΣΙ], 1, 746.

3 Voir mon étude De la condition des étrangers, dans le Musée Belge, 1903.

4 La question serait réglée si nous savions où était ce dème. M. Hiller von Gärtringen le place sur le continent, mais le Κασαρεὺς du décret oblige, dit-il, de l’étendre sur l’île de Symé. C’est résoudre la question par la question: si le dème des Kasareis ne s’étend pas sur l’île, la ctoina auquel ce Kasareus appartient n’a aucun caractère local, c’est une confrérie formée entre individus résidant dans l'ile.

5 BCH, 1883, p. 261 (époque assez basse): To χοινὸν τᾶς [χ]τοίνας Φιλούμενον μέτοιχον, ἀρξαντα εὐνόως τὸ δεύτερον. NB. l'inscription porte πτοίνας. Cf. van Gelder, ο. 1., p. 225. Sur la double forme, χτοἰνα-πτοίνα, voir P. Kretschmer, Zeitschrift f. vergl. Sprachf., N. F.,

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ἐρανιστᾶν Φιλοκχρατείων, ce qui veut dire: par les membres de la ctoina des Matiens, lesquels sont les éranistes de Philocratès,! donc une société fondée par lui. Il en est des ctoinai comme des phratries à Athènes; elles subsistent dans l’État comme corps religieux; par conséquent, elles peuvent se multiplier librement.

Néanmoins, je préfère croire dans le cas présent, que ces κατοικοῦντες sont des Rhodiens résidant à Symé. C’est ainsi que nous rencontrons des Milésiens résidant à Amorgos? et y formant une communauté; des Romains résidant, χατοικοῦντες, à Délos et ailleurs; des Samiens résidant à 1.505; ὃ des Lériens même résidant à Léros.{

Nous avons donc devant nous l'association, koinon, sous forme de ctoina, des Rhodiens habitant l’île, et, ce qui est très remarquable, c’est qu’à notre connaissance, il n’y a pas de dème de Symé, alors qu'il y en ἃ un dans la petite île de Casos: il se pourrait donc parfaitement que les indigènes fussent restés en dehors de la cité.’

1 Je crois cette traduction préférable à celle que donne M. Foucart, BCH, 1889, p. 364: «par les éranistes de Philocrates, faisant partie de la ctoina des Matiens». Notons que cette χτοίνα appartient probablement à lalysos, van Gelder, o. Z., p. 225.

2 AM, 1, p. 347: Μειλησίων τῶν Ἄμοργον Αἰγιάλην χατοιχούντων ἔδοξεν ἄρχουσιν χτλ.

δ᾽ Dittenberger, Sylloge?, 162.

4 BCH, 1895, p. 551 — Michel, 372: ἔδοξε Μερίων τοῖς χατοιxodouy ἐν ΜΠέρωι. Dans une inscription plus ancienne publiée par Ross et rappelée dans le BCH, p. 552: ἐς) τοὺς ἐν τῆι νήσωι χατοιχοῦντας τῶν [πολ]ιτῶν᾽ δεδόχϑαι τῆι ἐχχλησίαι" ἐπ[ηινῆσϑαι Εχ]αταῖον ὑπὸ τῶν οἰχητόρων τῶν ἐλ Aépar. Les Lériens forment un dème de Milet: dans la première inscription «les Lériens résidant à Léros» s’intitulent ὁ δῆμος. Ceux d’entre eux qui résident au dehors font évidemment partie de ce dème: la formule semble les exclure; on se demande pourquoi, Haussoullier, Les iles milésiennes, dans la Rev. Philol., 1902, p. 126.

5 À un moment donné, diverses îles comme celles de Télos, de Nisyros, d’Astypalaia peut-être, font partie de l’État rhodien; leur territoire lui est incorporé; leurs habitants deviennent Rhodiens. Cela résulte de nombreuses inscriptions qui sont citées par M. van Gelder, o. Z., p. 187. Mais depuis quand en est-il ainsi? L’auteur que nous venons de nommer, ne trouve dans les inscriptions aucune preuve certaine de l'indépendance de ces trois îles à aucun moment de l’histoire. Je me permets de ne pas

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Il y a trois objections.

D'abord la ctoina des Potidaieis. Il y a, à Carpathos, un endroit appelé Potidaios, ἐν Ποτιδαίωι, IG, ΧΙ], τ, 1033, L. 25: un nom de lieu, donc une circonscription locale. Ce raisonnement ne signifie rien. En Attique, des genè portent des noms de lieux, et cependant personne n’y a jamais vu des divisions administratives du territoire.

Ensuite l’inscription de Camiros qui a été tantôt citée: les ctoinai des Camiriens sont sur le continent et dans l'ile. Pourquoi pas? Remarquez cette expression, les ctoinai des Camiriens: n’est-ce pas à dire les confréries, les associations auxquelles appartiennent les anciens citoyens de Camiros? Elles sont sur le territoire de Camiros et en dehors, comme les Camiriens eux-mêmes. Si elles Ctaient strictement attachées au sol, elles existeraient, semble-t-il, à Camiros et pas ailleurs; on comprendrait difficilement qu’elles fussent répandues dans toute l'ile. L'inscription ordonne encore l'élection d’un mastros par chaque ctoina: ἐν τῶι ἱερῶι τῶι ἁγιωτάτοι ἐν τᾶι κτοίναι, dans le sanctuaire le plus vénérable dans la ctoina: voilà qui semble ne laisser aucun doute sur le caractère local de cette

partager son avis. Selon moi, avant d’être incorporées à l'État, ces îles continuèrent pendant quelque temps à former des États, placés sous le protectorat des Rhodiens, mais constituant néanmoins des cités et non des dèmes.

Il n’y a pas de doute pour Télos: dans IG, XIE, 3, 29, le δᾶμος déclare qu'Arion πρόξενον ἦμεν xai εὐεργέταν τᾶς πόλιος τᾶς Ἰηλίων. Ces privilèges ne peuvent être conférés que par une cité. Je crois la même chose d’Astypalée, IG, XII, 3, 170, où la boulè et le dèmos récompensent un agoranome. Il n’y a pas d'exemple d’un dème possédant une boulè. Reste à savoir si Aozvralaueus qui est un démotique de Rhodes, signifie Astypaléen, habitant de l’île d’Astypalée ou membre d’un dème rhodien de ce nom: M. van Gelder adopte cette dernière hypothèse, M. Foucart émet un doute.

Pour Nisyros, relire la lettre de Philippe, IG, XII, 3, 91, et le décret qui suit: mention d’une boulè; le roi rétablit les anciennes lois, δεδώκεν βασιλῆ ἁμῖν νόμοις τοῖς πατρίοις καὶ ὑπάρχουσιν 4070 Pau.

Laissons là Astypalée: pour Nisyros εἰ Télos leur incorporation à l’État rhodien est certaine et nous avons ainsi deux exemples bien curieux d’extension donnée après coup au synœcisme, d’adjonctions postérieures à la cité. C’est là une particularité de l’État rhodien, et même, d’après M. van Gelder, ces annexions auraient porté sur des cités cariennes comme Cédréa et Idyma.

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subdivision. Tel n’est pas mon avis: de même que les phratries athéniennes, les ctoinai sont situées quelque part. Il y eut un temps où tous leurs membres vivaient ensemble. La ctoina n’était pas pour cela une subdivision géographique: c’était un groupe d'individus unis par la croyance en leur parenté et par la communauté du culte, mais un groupe établi sur un point du territoire. Le souvenir de cet ancien état de choses ne s’est pas perdu. On y fait allusion quand on dit ἐν τᾶι xtoiva, c’est-à-dire non dans le canton administratif qui s’appelle ctoina, mais dans la région qu’occupaient autrefois les ctoinètes et qu'à ce moment encore habitent le plus grand nombre des ctoinètes.

Il y a une explication plus simple encore: pourquoi, avant le synœcisme, la ctoina n’aurait-elle pas été locale? L'effet du synœcisme eût été de la rendre gentilice: on en verra un exemple, tout à l'heure, à Olymos, et c’est le souvenir du passé qui se garde dans des expressions comme ἐν τᾶι xtoivæ. IG, XII, 1, 736 s'explique de la même façon, décret trouvé dans le pays de Camiros, en l'honneur d’un généreux donateur :...é]parorär τῶι κοινῶι ἔδωκε δωρεὰν ἐς τάφια τᾶς γᾶς τᾶς ἐν Poyx[v?|o|r] et de plus δωρεὰν καὶ ἄλλον τόπον ἐν τᾶι κτοίναι.

Je crois pouvoir conclure qu’à côté de l’organisation territoriale de l’état rhodien subsistait, suivant toutes les apparences, quelque chose de l’ancienne organisation antérieure au synœcisme, et que, dans l’état rhodien, cette organisation était gentilice, alors qu’autrefois elle avait été territoriale.

Reste une inscription de Camiros qui nous fait connaître une organisation à trois degrés, IG, ΧΙ, τ, 695. Du degré supérieur, ce nom propre: AAgœmuevidos. Du deuxième, ces noms propres Auguveic, Χυτρίειοι, Δήχειοι, Πυλλώνειοι, Βουκόλειοι. Enfin, seul le degré inférieur est désigné par des noms propres et un nom commun, πάτραι Ἀμφιρέων, Χυτριείων, etc.! Ce

1 Ce catalogue renferme une énigme: parmi les sept patrai des Amphineis reviennent quatre fois les Θωιάδαι et parmi les quatre Xvraeior πάτραι, trois fois les Βουχολίδαι. Peut-être une inscription de Chio fournit-elle l'explication, BCH, III, 1879, p. 323; cf. IV, 1880, p. 130; Schôll, Satura philologica H. Sauppio oblata, p. 170:

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sont donc les patrai des Amphineis, etc. appartenant toutes à lAlthaimenis. L'idée vient naturellement de retrouver là une hiérarchie gentilice qui corresponde à celle d'Athènes: phylai, phratries, genê. Les patrai tiennent la place de ces derniers; les ctoinai répondent aux phratries; l’Althaimenis est une phyle. Tout cela est très séduisant, mais aussi très incertain, car 1] faudrait commencer par savoir exactement à quelle époque se . rapportent nos documents et en particulier le dernier. Nous l’ignorons et on peut supposer toute sorte de remaniements dans l’organisation intérieure de Camiros; ces pièces pourraient nous en conserver des témoignages qu’il faudrait bien se garder de vouloir à tout prix concilier.

Enfin, pour être complet, notons, IG, ΧΙ], 1, 88, une patra Δρυϊτᾶν qui semble avoir appartenu à Lindos: dédicace pour un personnage couronné par le dème des Lindopolites et ὑπὸ τᾶς πάτρας τᾶς Aguitäv.! Enfin, dans IG, ΧΙ, τ, 832, une πάτρα, dont le nom a disparu, qui élève une statue à un prêtre d’Athèna Lindia.?

Anuoyevid[aæ] Θραικίδαι ot Τηλάγρου οἱ Ἕρμιος ot Διονυσοδώρου χαὶ Ποσειδίππου

Le premier nom en gros caractères, Π[ρ]ο[ἐ]τεῖ[ς] ", selon Schôll, désigne peut-être une phratrie, puis viennent les genê et on voit qu’ils se subdivisent d’après des individus, peut-être leurs chefs, Poseidippos, etc.

De même les patrai de Rhodes, n’ayant plus un caractère officiel, se sont scindées. De même à Trézène, BCH, 1886, p. 139.

1 Remarquez qu’il y a aussi un dème des Avira; mais c’est là une de ces coincidences comme il s’en rencontre à Athènes.

2 Mes arguments n’ont pas ébranlé M. Hiller von Gärtringen, Berl. Phil. Wochenschrift, 1907, p. 820. 1] continue à soutenir que les ctoinai avaient un caractère local. L’opinion de l’un des savants qui connaissent le mieux les antiquités de Rhodes est évidemment d’un grand poids; mais je pense, de mon côté, que l’analogie avec Olymos et Mylasa fournit pour mon système tout au moins une forte présomption.

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