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CITÉS, CONFÉDÉRATIONS ET LIGUES EN CARIE

À l’époque de la conquête d'Alexandre, une grande partie de la Carie était encore habitée κατὰ xœ@uag, comme la Grèce l’avait été autrefois, c’est à dire que la population vivait dans des villages dont l’organisation politique était très simple. Il y avait cependant des villes dont plusieurs remontaient assez haut, ! comme Mylasa. Après la conquête, les habitants des villages s’hellénisèrent peu à peu, tout en gardant le sentiment de la communauté de race qui existait entre eux. De nouvelles villes se fondèrent, des états se constituèrent: c’était une phase de Phistoire grecque qui recommençait, bien digne, au moment où elle s’accomplissait, de fixer l’attention des archéologues; car ils auraient pu voir se faire sous leurs yeux ces synoœcismes qu’ils comprenaient parfois si mal et d’où étaient sorties toutes les cités de la Grèce; mais ils ne s’en sont guère préoccupés et, sans l’épigraphie, nous n’en saurions rien ou presque rien.

La formation des cités, tel est le premier fait qui mérite d'attirer notre attention sur l’histoire de la Carie, et les conditions dans lesquelles il se produit sont particulièrement curieuses: les villages se groupent, se séparent, se rejoignent. Il y eut de même autrefois en Grèce, des tentatives avortées, des combinaisons abandonnées, puis reprises. Les cités n’eurent pas toutes un Thésée pour leur donner, du premier coup, l’organisation qu’elles devaient garder pendant de longs siècles.

Ce n’est pas tout: quand les villages se sont groupés en des cités, entre les cités elles-mêmes s’opèrent des rapprochements: tantôt des synœcismes qui fondent plusieurs États en un seul État; tantôt des confédérations qui au dessus des Etats créent un nouvel État, l’État fédéral. A leur tour, ces associations se font et se défont: le besoin d’unité travaille les cités et les villages cariens et aussi le désir d’arriver à une organisation politique pleinement développée; d’autre part, esprit d’indépendance agit comme un dissolvant.

1 E. Meyer, Karien, Encycl. de Ersch et Gruber.

Enfin, au dessus de ces mouvements en sens contraire, subsiste, sous la forme d’une ligue, l’unité très large qui embrasse tous les Cariens: ici encore «la nation», c’est-à-dire Pensemble, ou si l’on veut le cadre supérieur, est tout à la fois ce qu’il y a de plus ancien et de plus solide, tandis qu’à l’intérieur, les éléments qu'il groupe, en proie à une agitation incessante, ne savent se fixer que pour quelque temps. La nation carienne ressemble à une masse, toujours en mouvement, qui cherche à se solidifier, à se cristalliser suivant des lois semblables à celles qui ont présidé autrefois à la formation des cités grecques.

Les renseignements que nous possédons, par les auteurs et surtout par les inscriptions, s’appliquent à l’époque romaine et à l’époque précédente. Ils peuvent être tous également utilisés: aux deux époques, les circonstances et la politique furent les mêmes: pénétration des populations indigènes par la civilisation étrangère et création de villes dans des vues politiques, commerciales! et militaires.

Commençons par lire un passage de Strabon? qui nous donne de précieux renseignements sur la ligue carienne et sur la composition des cités: il vient de dire quelques mots de Mylasa, puis il passe à Stratonicée: «Stratonicée est une colonie des Macédoniens; il y a deux sanctuaires: le temple très fameux d’'Hécate, à Lagina, où chaque année se tiennent des panégyries très fréquentées; près de la ville, celui de Zeus Chrysaoréen, qui est commun à tous les Cariens; ils s’y réunissent pour faire des sacrifices et délibérer sur leurs intérêts communs: leur ligue s’appelle la ligue des Chrysaoréens; elle est formée de villages, κῶμαι; ceux qui possèdent le plus de villages, disposent du plus grand nombre de suffrages, comme les Céramiètai. Les Stratonicéens font partie du Koinon, bien qu'ils

1 Un exemple très curieux de synœcisme dans un but commercial, à Pyzos, en Thrace, inscription commentée par M. Seure, BCH, 1898, p. 483: cet emporion fut fondé en 202 après J.-C.: l’inscription donne la liste des émigrants, χαὶ μετῴκισαν εἰς αὐτὸ où ὑποτεταγμένοι: les noms sont répartis en neuf groupes: huit sont précédés chacun du nom d’une kômè, plus un appendice pour la kômè de Bessapara.

? XIV, p. 660.

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n’appartiennent pas à la nation carienne, mais parce qu'ils possèdent des x@uæ dépendant de la ligue chrysaoréenne.»

Ce passage nous permet de nous représenter l’organisation de la Carie, avant les synœcismes: la ligue carienne, des villages, des groupes de villages.!

Ces derniers représentent ces «systèmes de dèmes» συστήματα δήμων dont parle Strabon, à propos de l’Arcadie,? et qui précédèrent et préparèrent les synœcismes: il donne comme exemples, Mantinée sortie de l’union de cinq dèmes, Tégée, etc. Les villages se groupent, si même ils n’ont pas été groupés dès l’origine par la communauté d’un culte; ils se donnent des autorités communes; nous sommes en présence de ce que nous avons appelé la peuplade.ÿ

Encore un pas et nous aurons /a cité: c’est le synœcisme qui la crée, opération essentiellement politique qui consiste dans le complet développement des institutions, crée ou régularise les cadres communs, substitue l’état à la peuplade, s’accompagne dans une mesure plus ou moins large d’une opération géographique par la concentration d’une partie de la population dans la ville devenue le siège du gouvernement.

Nous étudierons successivement l’organisation de quelques villes: le tableau que nous allons tracer est loin de comprendre toute la Carie; les lacunes ne pourront être comblées que par de nouvelles découvertes épigraphiques, et, je dois l’avouer, malgré tous mes efforts, je ne suis pas sûr d’avoir à mon tour retrouvé tous les documents dispersés et comme perdus dans de nombreux recueils.

1 E. Curtius, Abhandl. Akad. Berlin, 1872, a émis cette idée que l’organisation en kômai est en rapport avec la «hiérarchie«, c’est-à-dire qu’elle existe surtout dans les régions où se trouve un sanctuaire vénéré et riche: sur ses domaines il n’y a que des villages et le pouvoir est aux mains des prêtres. Ainsi à Comana, et en Carie. Je ne crois pas cette idée très juste: l'absence de villes ne tient pas à la hiérarchie, mais au degré de civilisation où on est arrivé dans ces contrées. Ce qui est vrai, c’est que la «nation» et, en particulier la nation carienne, garde son unité grâce aux cultes célébrés dans des sanctuaires communs.

3 Cf. le mémoire précédent De la formation des villes, des États, des ligues, des confédérations dans la Grèce ancienne.

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Olymos et Mylasa. Cette dernière ville était, dit Strabon,! le siège de trois sanctuaires fameux, celui de Zeus Carien, Ζεὺς Kagios, commun à tous les Cariens et aussi aux Lydiens et aux Mysiens; celui de Ζεὺς Ὀσογῶα, et enfin celui de Ζεὺς AaBoavrdmroc.?

Plusieurs inscriptions nous ont fait connaitre le synœæcisme qui fondit dans la ville principale de Mylasa, la ville d’Olymos.ÿ Ce synœcisme paraît s’être fait au commencement du 1er siècle avant J.-C. et plus exactement après la guerre de Mithridate.‘ Il fut accompagné de grands changements dans le régime de la propriété: on ἃ trouvé à Olymos des inscriptions qui relatent des actes d'achat de biens fonciers au profit du temple d’Apollon et d’Artémis; de même à Mylasa, des achats, au profit de la phylè des Otorcondes, de terrains situés à Olymos.

Le synœcisme se fit d’après le principe territorial, donc plusieurs phylai communes se divisant en dèmes: nous connaissons les Ὀτωρκονδεῖς et les ‘VagBecvtai:5 elles se subdivisent en dèmes, dont un certain nombre se trouvent sur le territoire d’Olymos, ainsi Maynna; ce dème situé sur le territoire d'Olymos appartient à la phylè des Otorcondes.f

Ces phylai sont-elles les mêmes que celles qui existaient à Mylasa, au IVe siècle? Celles-ci, au nombre de trois, sont citées dans les trois décrets’ rendus en 367/6, 361/0, 355/4,

1 XIV, p. 659.

2? Sur ces divinités, Th. Schreiber, Bemerkungen zur Gauverfassung Kariens, KI. Beitr. z. Gesch., Festschrift zum deutschen Historikertage in Leipzig, Leipzig, 1894, p. 43.

3 LBW — Le Bas-Waddington, Voyage en Grèce et en Asie Mineure, Il; Judeich a publié plusieurs textes nouveaux et revu plusieurs textes déjà connus, AM, XIV et XV; nombreux textes et commentaire, BCH, 1881, p. 108, 1888, p. 21, 1898, p. 380, et particulièrement dans l’article de M. Cousin, Mylasa et Olymos, BCH, XXII, 1898, p. 421. Enfin Hula et Szanto, Bericht über eine Reise in Karien, Wiener Sitzungsberichte,

4 BCH, 1898, p. 432. 5 AM, XV, p. 170.

6 Voici la liste des démotiques d’Olymos: Παυννίτης, Παρεμβωρδεύς, Koguoczxwvevs, Ἰετράφυλος, Oyordeuc.

7 CIG, 2691 c, d, e — LBW, 377—379 — Ch. Michel, 471 — Dittenberger, Sylloge?, 95.

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par les Mylasiens pour punir des individus qui ont conspiré contre Mausole ou attenté à sa vie: ἔδοξε Μυλασεῦσιν, ἐκκλησίης κυρίης γενομένης, καὶ ἐπεκύρωσαν ai τρεῖς φυλαί. Comprenaient-elles tous les Mylasiens ou une partie d’entre eux seulement? Si elles comprennent tous les Mylasiens, comment interviennent-elles pour confirmer le vote de ceux-ci? Mais ne pourrait-on pas soutenir qu'il ne s’agit pas d’un premier vote par l’ensemble des Mylasiens, puis d’un second par une partie d’entre eux? La formule s’expliquerait alors comme ceci: l’auteur du décret rédige sa proposition; elle est votée; dans le texte définitif, on introduit la mention de l’assemblée, ἐκκλησίης xvoins, et celle de ladoption par les Mylasiens, ἐπεκύρωσαν αἱ τρεῖς φυλαί."

Mais ces trois phylai subsistaient-elles encore au rer siècle? Cela parait assez probable, comme on le verra tout à l’heure, et elles continuaient à comprendre les seuls Mylasiens d’origine. Il y avait donc deux espèces de phylai à Mylasa, les anciennes, antérieures au synœcisme, les nouvelles, créées lors du synœcisme.

Les inscriptions nous permettent d’établir quelle était lorganisation d'Olymos avant et après le synœcisme.

L'ancienne cité n’avait pas été dissoute: elle subsistait et prenait même le nom de 6 δῆμος τῶν Ὀλυμέων. L'Assemblée publique se réunit et vote des décrets. Ils sont datés d’après le stéphanophore de Mylasa.? Ceux que nous possédons concernent les intérêts religieux: ainsi ces nombreux décrets qui ordonnent des achats de terrain pour le compte du temple d’'Apollon et d’Artémis, règlent les conditions de lachat et celles de la location, puis encore le décret qui écarte de la célébration du culte de ces divinités les individus qui n’y ont pas droit. La cité ancienne subsiste donc comme corporation religieuse et veille sur la pureté des listes des citoyens. Elle peut même y admettre des étrangers. Un décret d’Olymos,{ postérieur au synœcisme, reçoit dans la cité un individu, lui

i Swoboda, Griech. Volksbeschlüsse, p. 60.

? Cousin, BCH, 1898, p. 432.

3 LBW, 339 =) AM, XIV, 1p. 391 — Ch. Michel,476. 2’Hula-Szanto, Ῥ. 7:

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accorde μετουσία πάντων ἐφ᾽ ἴση [καὶ ὁμοία) et l’autorise à se faire inscrire dans la συγγένεια qu'il voudra.

La cité avait aussi gardé une organisation commune. Avant le synœcisme, trois phylai, Μωσσεῖς, Κυβιμεῖς, Κανδηβεῖς, LBW, 339.1 Ces phylai étaient locales; cela résulte de LBW, 331,2 où des fonds de terre sont dits ἐν Κυβιμοῖς: [ἐπειδὴ ὦνιοί εἰσι γέαι ἐν τῆι Ὀλυ]μίδι ἐν Κυβιμοῖς, et encore de LBW, 338: τὰς γέας τὰς ὁμόρους τὰς οὔσας τῆς ἐν Ὀλύμῳ Μωσσέων συγγενείας πρότερον δὲ φυλῆς καλουμένης.

Ce texte nous apprend, en outre, que les anciennes phylai sont devenues des συγγένειαι: c’est ce que dit encore LBW, 339: ὑπαρχουσῶν τοῦ Ὀλυμίέων δήμου τῶν τριῶν πρότερον μέν φυλῶν καλουμένων, νῦν δὲ συνγενειῶν τῆς τε Moccéor καὶ Κυβιμέων καὶ Κανδηβέων». Les phylai, devenues des συγγένειαι, sont-elles encore locales? Le texte tout ἃ l’heure cité, LBW, 338, pourrait le faire croire; mais cette conclusion ne s’impose pas. Si la phylè de l’État indépendant était locale, on peut parfaitement, tout de suite après le synœcisme, dire d’une terre qu’elle est située sur le sol de la phylè des Mosseis aujourd’hui syngeneia: cette désignation de la situation est claire et sera comprise de tout le monde; mais cela ne veut pas dire que la συγγένεια, comme telle, soit locale.

Le nom, en effet, indique un groupement gentilice et si les συγγένειαι sont locales, la carte politique de Mylasa est singurièrement compliquée: elle porte d’abord les phylai de l'État mylasien subdivisées en dèmes, et ces phylai embrassent tout le territoire, aussi bien celui de Mylasa que celui d’Olymos; puis, à Olymos, sur cette première division locale, il faudrait en appliquer une seconde.

Il est bien plus simple de croire que les anciennes phylai d'Olymos, devenues des συγγένειαι, ont perdu leur caractère topique. Ainsi, tout Olyméen fait partie d’une συγγένεια, en tant qu’il est citoyen d’Olymos et d’une phylè et d’un dème en tant qu'il est citoyen de Mylasa.

1 Ch, Michel, 476. Plus tard (Judeich et Cousin sont d’accord sur cette date), dans LBW, 323, à l’époque où les phylai étaient déjà réduites au rang de συγγένειαι, une quatrième, celle des Zoawvete.

2 LBW, 331 — AM, XIV, p. 381. Cf. LBW, 323—4.

Francotte, La Polis grecque. 14

210 Cités, confédérations et ligues en Carie.

On peut admettre aussi qu'à Mylasa, chacun fait, de même, partie d’un dème et d’une phylè et, à côté, d’une phylè et d’une συγγένεια. Il semble qu’un fragment très mutilé, LBW, 360, atteste l'existence de phylai et de συγγένειαι propres à Mylasa: [ἐπικληρῶσαι] ἐπὶ τὰς φυλὰς καὶ τὰς culryeveiac|. Ces phylai sont autres que celles de l’État après le synœcisme, puisque celles-ci se subdivisent en dèmes, celles-là en συγγέvec. Donc, à côté des phylai des Otorcondes et des Hyarbésytes, créées à l’occasion du synœcisme, subsisteraient les anciennes phylai particulières à Mylasa. Une autre inscription trouvée à Mylasa donne encore le nom d’une συγγένεια: 1. 7, τῆς Ayavitéor Gvyyevetas.! Les Mylasiens font, tout comme les Olyméens, partie de leur ancien État tel qu’il existait isolément avant le synœcisme et du nouvel État dont Mylasa et Olymos sont les éléments.

Ce qui est certain, c’est que les συγγένειαι d'Olymos ne renfermaient pas les habitants originaires de Mylasa. D’après Szanto,? le personnage admis dans la cité d’Olymos par le décret dont nous avons parlé plus haut serait de Mylasa. Pour participer au culte d’Olymos, et la faveur qu’il reçoit ne peut avoir d’autre eftet, il faut qu'il soit inscrit dans une συγγένεια d'Olymos. Voici donc sa situation: comme Mylasien, il fait partie d’un dème et d’une phylè, et, en plus, d’une des phylai et d’une des συγγένειαι des citoyens originaires de Mylasa; puis comme naturalisé, il fait partie d’une συγγένεια d’Olymos.

Une particularité qui à déjà été remarquée par MM. Cousin et Diehl® nous permettra de pénétrer plus avant dans lPorganisation du nouvel État mylasien. Après le synœcisme, dans la phylè des Otorcondes, on observe qu’il y a régulièrement deux tamiai, l’un pris dans le dème de Maynna qui est situé sur le territoire d’Olymos, l’autre dans le dème de Tarcondara situé sur le territoire de Mylasa. Il semble que nous nous trouvions devant une combinaison semblable à celle qu’adopta Clisthènes dans sa refonte de l’État athénien: pour assurer l'unité de la cité nouvelle, on en forma les cadres avec des morceaux pris en différentes parties du territoire.

1 AM, XXIL, p. 230. ? Griech. Phylen, p. 68. 3 BCH, 1888, p. 25.

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Il reste à expliquer LBW, 334, malheureusement très incomplet; ce qu'il en reste nous révèle un document du plus haut intérêt. Il ordonne, semble-t-il, la confection d’une liste commune des citoyens d’Olymos et de Labraunda: ἐπειδὴ Ὀλυμεῖς καὶ Λαβραν δεῖς ...….......]e ἐπὶ τὰς φυλὰς συνγενείας καὶ πατρίας. Sur cette liste, les citoyens seront donc groupés en phylai, syngeneiai et patriai. Le décret fait allusion à une répartition antérieure d'individus dans les phylai . . . ἐπικληρωϑεῖσιν τοῖς [ἔ]άπροσϑεν χρόνοις ἐπὶ τὰς φυλάς], et prend des mesures pour assurer la pureté des listes.

Le document est en trop mauvais état pour permettre des conclusions certaines: de qui émane-t-il? De Mylasa,! d’Olymos,? ou de Labraunda?

Demandons-nous de quelles phylai il est question? Pas de celles de l’État de Mylasa après le synœcisme, puisque -celles-ci sont locales et ne se subdivisent pas en συγγένειαι et πατρίαι, mais en dèmes.

De celles d’'Olymos? Non plus, puisque, avant le syncœæcisme, elles étaient locales et, après le synœcisme, elles étaient elles-mêmes devenues des συγγένειαι. Puis encore comment les συγγένειαι d’Olymos se seraient-elles subdivisées en patriai? Quand elles étaient des phylai locales, elles comprenaient des dèmes. Devenues gentilices, si on avait voulu les subdiviser en patriai, il aurait fallu créer celles-ci de toutes pièces.

Il reste celles de Labraunda: ces phylai, syngeneiai, patriai formeraient l’organisation gentilice de cette cité. Le syncæcisme de Labraunda et de Mylasa ne fit pas disparaitre l’ancienne cité de Labraunda: elle garda ses cultes et, pour que les Mylasiens y fussent admis, il fallut un acte spécial. De même, le synœcisme de Mylasa et d’Olymos n’eut pas comme

1 C’est l'opinion de M. Cousin, BCH, 1898, p. 434.

2 Comme LBW, 339, où il est également question d’une vérification des listes.

3 On pourrait dire: ce sont les anciennes phylai particulières aux Mylasiens. Mais d’après le décret de naturalisation publié par MM. Hula et Szanto, les Mylasiens d’origine sont en dehors des συγγένειαι d'Olymos. Réciproquement, il est probable que les Olyméens étaient étrangers aux

anciennes phylai de Mylasa.

conséquence de rendre commun aux Olyméens le culte de Zeus Labraundènos, et peut-être avons-nous ici la pièce par laquelle les Labraundiens accordent aux Olyméens les droits qui, malgré le synœcisme, leur appartiennent en propre. Par contre, il se pourrait que les Labraundiens eussent été admis antérieurement aux cultes d’Olymos. Peut-être, ce passage de LBW, 339 contient-il une allusion à leur admission: le décret ordonnait une vérification de la liste des participants au culte d’Apollon et d’Artémis d’Olymos et fixait les titres qui justifiaient les droits de chacun; parmi ces titres: τοῖς te οὖσιν ἀπογόνοις τῶν ἐπιχληρωϑέντων διὰ τὴν προὐπαρχουσαν αὐτοῖς ἐκ προγόνων πολι]τείαν.

Il faut voir les résultats auxquels conduit cette opinion. Prenons un Olyméen. Il est, chez lui, d’une syngeneia, à Labraunda, d’une phylè, d’une syngeneia et d’une patria, à Mylasa, d’un dème et d’une phylè. C’est beaucoup; mais ce n'est pas trop, car les groupements d’Olymos et de Labraunda ne sont que des confréries religieuses.

Les citoyens de Rhodes figuraient dans autant de cadres et encore ne tenons-nous pas compte des congrégations privées si nombreuses dans cette île. Cette comparaison pourrait être poussée plus loin, et, je ne sais si je me trompe, mais il me semble que le synœcisme des cités cariennes éclaire singulièrement ce qui a été dit tantôt du synœcisme de Rhodes et de ses conséquences. Des deux côtés, les anciens états subsistent comme corporations religieuses, avec leurs cadres, et ceux-ci ont changé de nature: la nouvelle organisation est locale, l’ancienne est devenue gentilice.

Labraunda. Nous avons peu de chose à ajouter à ce qui vient d’être dit. Elle forma autrefois une cité, et garda, croyonsnous, après le synœcisme, son organisation gentilice. Strabon nous dit qu’elle était située dans les montagnes, à 60 ou 70 stades de Mylasa. Là était le sanctuaire de Zeus Labraundènos, le dieu carien portant comme attribut la double hache.

Du temps de Strabon, elle faisait partie du territoire de Mylasa, τὰ δὲ AcBoavda xœum , . ., et déjà dans AM, XV, p. 261, no τς, liste de souscription pour lédification d’une

stoa, figure un prêtre de Zeus Labraundènos, lequel est du dème de Maynna, et celui-ci appartient à l’état mylasien.

Euromos, elle aussi, se composait de plusieurs communes ou dèmes, comme le prouve cette expression de Polybe, XXX, 5, 11 et 15, ai ἐν Βὐρώμῳ πόλεις.

Le synœcisme de Mylasa et d’'Euromos ne nous est affirme que par ce passage de LBW, 394," décret de Mylasa en lhonneur de Moschion, prêtre de Zeus, fin du Ile siècle, 1 15: Κὐρωμέων [δ]ὲ συμπολιτευομένων τῶι δήμωι. S'il s’agit bien d’un synœcisme et non d’une confédération, le mot συμπολιτεύεσϑαι n’est pas tout à fait exact, et le fait que «la série des monnaies d'Euromos se continue sans interruption apparente du Ile siècle av. J. C. jusqu’à l’époque impériale »* donnerait à penser que les deux villes s’unirent par un lien fédéral, en gardant chacune leur existence propre.

Remarquez enfin que dans le S. C. de Stratonicée, Euromos figure comme une cité indépendante.

Mais il a pu parfaitement, pendant quelques années, au cours du Ile siècle, y avoir entre Mylasa et Euromos un synœæcisme véritable qui plus tard se deéfit.

Nous avons à Céramos, un exemple de synœcisme, passant par plusieurs vicissitudes. Dans un décret,‘ il est aussi question d’une sympolitie, ἔν te τῶι συνπολιτείας χρόνωι; plus tard, elle a été dissoute, μετά τε ταῦτα ἐν δυσχερεῖ καταστάσει yevoμένου τοῦ πο[λ]ιτεύματος; mais grâce aux efforts du personnage, loué par le décret, elle a été reconstituée, συγνέβ]η τῆς αὐτῆς τυχεῖν τῶι δήμωι π)εριστάσεως. Les mots, πολίτευμα, ὁ δῆμος, me paraissent indiquer un véritable synœcisme.

À Alabandaÿ nous noterons l’existence de συγγέρνειαι.

Stratonicée était, nous a appris Strabon,$ une colonie des Macédoniens; sur son territoire, deux sanctuaires fameux, celui d'Hécate à Lagina, celui de Zeus Chrysaoros, commun à tous

1 Tite-Live, XLV, 25,11 et13, dit: Euromensium oppida où provincia. Cf. Kuhn, Entstehung der Städte, p. 255.

2 Ch: Michel, 472.

5 Cousin, BCH, 1898, p. 438, n. 4.

4 Journ. of Hell. Stud., XI, p. 114 = Ch. Michel, 458.

5 BCH, 1886, p. 309, n° 3. 6 XIV, p. 660.

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les Cariens. La cité se composait d’un certain nombre de dèmes, lesquels étaient encadrés dans des phylai.! Plusieurs inscriptions nous permettent de dresser toute une liste des démotiques:? Ἱεροκωμήτης, Κολιαργεύς, Κωραιεύς, Κωραφεύς, Δοβολδεύς, Aœovdagyevs, Παναμαρεύς, Ταρμιανός, Toa22 ..., εν Ογδρεῦς.

Parmi ces démotiques, notons celui des Tarmianoi: ceux-ci constituent un xowo» formé de plusieurs dèmes, dont nous connaissons cinq: Κενενδωλαβεύς, Aœueve, Μνιεσύτης, Μοβωλλεύς, Ταβηνός.

Remarquons que dans l’État stratonicéen, l’ensemble des T'armianoi était entré comme un seul dème; car le démotique stratonicéen est Tagucavôs. À cette époque, T'abae faisait partie du koinon; plus tard, semble-t-il, elle devint indépendante.’

Nous retrouvons encore d’autres koina dans une inscription funéraire;{ ces koina ont conféré à un Rhodien divers honneurs: τ]ὸ χοιρὸν τὸ Πισυητῶν καὶ Had|accéor| τῶν μετὰ Πισυητ[ ὦ]» καὶ τὸ κοινὸν τὸ [Ταρμιαν]ῶν ἐτείμησε κτλ. 1] y ἃ donc eu entre Pladasaf et les Pisyètes une association, un synœcisme, semblable à celui d’Aphrodisias et de Plarasa, dont nous parlerons tout à l’heure.

Le koinon des Panamareis formait de son côté un groupe de dèmes. Relisons le décret n0 6 publié par M. Cousin et

1 ἐπιχληρῶσαι αὐτὸν [ἐπὶ φυλὴν καὶ δῆμον, Pap. Amer. School, 1, p18— Ch Michel ἢ 77:

? BCH, 1886, p. 486 — Ch. Michel, 1188—1190.

3 BCH, 1889, p. 504, sen.-cons. de Tabae en Carie, de l’époque de Sylla —Dittenberger 10G1L1442 , Cf'anfra;p. 220, nr. DansiCIiG: 2765, ὃ λαμπρότατος δῆμος Ταβηνῶν.

4 Anx. Phil. hist. Κι. Wien. Akad., XXIX, 1892, p. 63.

5 Tite-Live, racontant l'expédition dirigée par les Rhodiens contre Philippe V dont les troupes occupaient la Carie, énumère les forces auxiliaires du stratège Pausistratos, XXXIITI, 18: Pausistratum praetorem cum octingentis Achaeis peditibus, mille et octingentis fere armatis, ex vario genere auxiliorum collectis, miserunt; Galli et Pisuetae et Nisuetae et Tamiani et Arei ex Africa et Laudiceni ex Asia erant. Les Pisuetae sont connus; les Tamiani sont les Ταρμιανοί. Quant aux Nisuetae, M. Holleaux se demande s’il ne faut pas les identifier avec les νιεσύται membres du koinon des Tarmianoi, BCH, 1893, p. 61.

6 Cf. sur Pladisa van Gelder,/0:7;, p 442. ACethauteurttAGU, 37, 1. 39: Πλαδ[ασεῖς])

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les commentaires de M. Holleaux.! Ce décret est porté par le xouvov des Panamareis pour un personnage que M. Holleaux croit être de Stratonicée, Léon fils de Chrysaor. Léon à persuadé tout le peuple, τὸν σίνπαντα δῆμον, c’est-à-dire Stratonicée, de la nécessité de donner un grand éclat à certaines fêtes religieuses; de plus, il s’est rendu dans certains dèmes ἐπί τινὰς δήμους et a obtenu leur concours. Le koinon lui accorde plusieurs récompenses, spécialement le droit de cité, εἶναι δὲ αὐτῶι καὶ ἐγγόνοις πολιτείαν καὶ μετουσίαν πάντων ὧν καὶ Παναμαρεῖς μετέχουσιν; il prend enfin des mesures pour que la cité ὃ σύνπας δῆμος soit informée des décisions prises par le koinon. Quels sont ces certains dèmes que Léon a amenés à contribuer à la fête? Ce peuvent être des dèmes de la cité de Stratonicée. Ce peuvent être aussi des dèmes du koinon des Panamareis. M. Holleaux me semble pencher pour cette dernière hypothèse: «il se pourrait, au surplus, que le dème que formaient les Παναμαρεῖς comprit, à côté d’eux, quelques autres populations: ainsi s’expliquerait la distinction que semble faire le langage de notre décret entre le dème d’une part, et les Παναμαρεῖς, de l’autre.» Cette distinction, M. Holleaux la trouve dans ces mots du n0 6: xai συστήσας τὰς avoÿer τιμὰς καὶ ἀσυλίας ὑπαρχούσας τῶι δηϊμωι) καὶ Παναμερεῦσιν ἔπεισεν τὸν σύνπαντα δῆμον et dans le πο 5, ἀχόϊλουϑα πράσο]ων τῆι τοῦ δήμου προαιρέσει" ὅπως οὐν] καὶ Παναμερεῖς φαίνωνται. «Il est hors de doute que, dans ces deux passages, le mot δῆμος ne peut être traduit que par dème.»

Le koinon des Panamareis comprenait donc, comme celui des Tarmianoiï, plusieurs dèmes, et lui-même formait l’une des communes de l’État stratonicéen.

Remarquons que les koina cariens ne sont pas tout à fait sans analogies dans les institutions de la Grèce d'Europe; dans la confédération achéenne, trois cités, Pharae, Patrai, Dymè forment un groupe auquel Polybe donne le nom de syntélie.? Mais cette syntélie appartient à une confédération; nos koina cariens, à des cités.

1 BCH, 1904, p. 362.

2? V, 94, 1; elle avait à sa tête un hypostratège, ὑποστράτηγον. τῆς συντελείας τῆς πατρικῆς.

210 Cités, confédérations et ligues en Carie.

Essayons de déterminer d’une façon précise la situation des koïna, et avant le synœcisme et dans l’État stratonicéen.

I est probable qu'avant le synœcisme, ils formaient déjà une unité politique. De quelle nature? Peut-être n’étaient-ils pas rigoureusement organisés en cités: c’étaient des peuplades, c'est-à-dire que leurs institutions politiques n’avaient pas pris tout leur développement; elles étaient encore simples, rudimentaires, comme dans ces groupes de dèmes d’où sortirent les cités de Tégée, de Mantinée, de Mégalopolis.

N'y a-t-il aucun argument à tirer du mot koinon? Il semblerait s'appliquer particulièrement bien à un groupe de dèmes, à une peuplade.

Il est vrai, comme M. Brandis l’a fait observer, ! que le mot est parfois appliqué à des cités, employé comme un synonyme de δῆμος, et dans certains de nos documents de Carie, nous rencontrons les deux termes, pris indifféremment? Il n’y a là rien d'étonnant: χοιρόν, réunion, communauté, association est vague; mais, dans le langage du droit public, on peut dire que tout terme doit avoir un sens technique, précis, ce qui n'exclut pas son emploi dans un sens général, vague; et voici un cas dans lequel τὸ κοινόν apparait pour exprimer une notion juridique différente de celle qu’exprime le mot ὁ δῆμος: ὃ d7μος ὃ ᾿Ιεραπολειτῶν καὶ ὁ δῆμος ὃ Διονυσοπολειτῶν καὶ] ὃ δῆμος) ὁ Βλαυνδέων καὶ τ[ὸ] κοινὸ» τ]οῦ Ὑργαλέων π[εδ]ίου ἐτείμησαν [Κόϊντον Πλαύτιον Ὀυεν[ ὅκα].ὃ

Le koinon de la Plaine des Hyrgaleis est évidemment autre chose que les dèmoi à côté desquels il est nommé. Ce n’est pas, comme eux, une cité, un État. Qu’est-ce? Une peuplade, c'est-à-dire une cité incomplètement développée? C’est l’opinion de M. Ramsay.i

1 Pauly-Wissowa, 5. v. Asia.

? À Hyllarima, τὸ χοινὸν τὸ Ὑλλαριμέων, BCH, 1890, p. 94, et ὃ δῆμος ὃ Ὑλ]λ[α]ριμέων, BCH, 1886, p. 312. A Cédréa, les deux mots, dans le même document, BCH, 1886, p. 426.

À Kys, ὁ δῆμος, BCH, 1887, p. 307.

À Idyma, τὸ χοινὸν τὸ Idvuiwv, BCH, 1886, p. 429.

3 Ramsay, Journ. of Hell. Stud., IV, p. 387.

1 Waddington by a happy emendation of Pliny H. N., V, 29 introduced the name Hyrgaletici campi #nto the topography of Asia Minor. An inscription

Cités, confédérations et ligues en Carie. 217

Mais il se pourrait aussi, que le mot koinon servit à désigner une cité qui a perdu les attributs de la souveraineté. Nous citerons tout à l’heure le koinon des Telmisséens, devenu une commune subordonnée à Halicarnasse. Panamara et Tarmiana ne sont pas des communes subordonnées, mais représentent une partie de la cité. Il n’en est pas moins vrai qu’elles-mêmes n’ont plus leur autonomie. Telmissos, Panamara, Tarmiana peuvent toutes être appelées «koina», parce qu’elles n’ont plus gardé d’une cité que les formes extérieures.!

Et l’on remonterait ainsi au sens premier, koïinon — association, communauté: une association d'individus qui n’est pas une cité, soit qu'ils forment une peuplade, comme les Hyrgaleis, soit qu'ils ne forment plus une cité autonome, comme Telmissos, Panamara, Tarmiana.

Panamara et Tarmiana auraient donc été, tout comme Olymos, avant le synœcisme, des cités. Je signalerai comme un indice les décrets de Panamara, qui vont être analysés et qui nous montreront ce koinon en possession de droits politiques semblables à ceux que conserve l’ancienne cité d’Olymos dans l’État mylasien.

Les koina entrent dans la cité avec leur organisation: à Tarmiana, sous la domination rhodienne, dans une dédicace? pour un épistate, figurent trois archontes, un secrétaire, trois agoranomes.

which we found in the Hyrgalean plain confirms the name and gives some information as to its social condition, — it is not a city with a Boule and a Demos, but a Koïnon. It is impossible to translate the word Κοινόν in historical documents of Asia Minor. It might be paraphrased by tracing the process which gradually consolidated the homogeneous mass of villages dependent of the central Hieron into a more or less articulate organism; but such a task, were it possible in our present state of knowledge, would be too serious for this sketch. It must, however, be remembered that the Koïinon has a different character in Asia Minor and in the Greece, due to the difference of the social forces that produced it.

1 Remarquez que Cédréa et Idyma ont été aussi, à un moment donné, des koina de l’État rhodien, dans le sens indiqué. Cf. supra, p. 200, note 4.

2 SGDI, 4276 — BCH, 1886, p. 488.

21ὃ Cités, confédérations et ligues en Carie.

À Panamara, nous rencontrons la mention d’une éxxAmoia κυρία, où est porté un décret pour un épistate rhodien.!

Les nos 4 et s du groupe d’inscriptions déjà signalées? permettront de mesurer la compétence du koinon des Panamareis. Le no ς est un décret de naturalisation pour un Rhodien. Le n° 4, encore pour un Rhodien, lui accorde la proxénie et l’évergésie.

Rappelons aussi le no 6: un Stratonicéen reçoit le droit de cité à Panamara. Qu'on l’inscrive sur la liste des Panamareis, cela est remarquable, car strictement, dans la cité grecque, chacun ne peut appartenir qu’à une seule des subdivisions. On n’imagine pas bien un Athénien faisant partie de plusieurs dèmes, et par conséquent, de plusieurs phylai. Ce qui est plus remarquable encore, c’est que les Panamareis ne se bornent pas à le recevoir parmi eux: c’est le droit de cité, πολιτεία, qu'ils lui confèrent.

On le voit, en entrant dans la cité, les Panamareis n’ont pas abdiqué toute souveraineté. Comme Olymos, leur koinon subsiste tel qu’il était avant le synœcisme, avec ses institutions, avec ses pouvoirs pour autant qu'ils sont compatibles avec l'existence de l’État. Olymos et Panamara peuvent octroyer leur droit de cité. Ceux qu’elles gratifient de cette faveur deviendront membres d’une subdivision de l’État: deviendrontils du même coup membres de l’État lui-même? Dans une confédération, il faudrait répondre ceci: un individu naturalisé à Dymè devient achéen. La question est beaucoup plus douteuse dans une cité: on ne conçoit pas bien que la naturalisation puisse être accordée ailleurs qu’à l’Assemblée populaire de tous les Stratonicéens.

À Aphrodisias, nous trouvons tout à la fois un synœcisme curieux et des kômai subordonnées. Dans linscription CIG, 2737, Aphrodisias est associée à une autre ville, Plarasa, sous un gouvernement unique: Πλαρασέων καὶ Ἀφροδεισιέων Goχουσιν», βουλῇ, δήμῳ χαίρειν et plus loin τὴν πόλιν τὴν IAaρασέων καὶ Ἀφροδεισιέων. Ce synœcisme est encore attesté par les monnaies.ÿ

1 BCH, 1803,tp. 54 ΞΞ Ch. Michel, 470: ? BCH, 1904, p. 359. 3 Dittenberger, OGl, 453, ἢ. 2: cette inscription appartient aux

Cités, confédérations et ligues en Carie. 219

Ces unions de cités, qui se fondent en un seul Etat, sans perdre leur personnalité, sont une des particularités de la Carie:

on en rencontre un exemple dans la célèbre inscription de Lygdamis: 17] δε ὁ σύλλο]γ]ος ἐβολ[εύ]σα[τ]ο ὁ Aluxagral:|æ|r καὶ Σαλμακι[τ]έων, καὶ Avydœus ἂν τῆι ἱερῆ.] ἀγορῆι. Le Conseil -- si tel est bien le sens de σύλλογος et s’il ne faut pas comprendre l’assemblée générale, ἐν... ἀγορῆι, — le Conseil comprend des représentants des deux cités d’'Halicarnasse et de Salmakis; chacune ἃ conservé, comme la suite le montre, ses magistrats; mais réunies, elles forment l’État des Halicarnassiens, 1. 41: Ἁλικαρνασσέων ὁὲ τῶς συμπάντων to[v]τῶι ἐλεύϑερον elilræ, xt2.1

L'union d’'Olymos et de Mylasa nous aide à comprendre celle d'Halicarnasse et de Salmakis, comme celle d’Aphrodisias et de Plarasa: une cité nouvelle a été fondée, sans que les anciennes cités soient dissoutes.?

Est-ce là toute la cité carienne? ΝΎ fait-il pas comprendre encore des localités, des κῶμαι, dont les habitants ne jouissent pas du droit de cité? Certainement. D’après le sénatusconsulte de Stratonicée,* cette ville possède des kômai qui doivent être considérés plutôt comme un domaine de la cité que comme une partie de son territoire politique. [Πήδασόν τε,] Θεμησσόν, Κέραμον, χωρία [κώμας λιμένας προσόδους τε τῶ» ] πόλεων, ὧν Λεύκιος Κορνήλιος Σύλλας αὐτοχράτωρ τῆς τούτῶ»] ἀρετῆς καταλογῆς te ἕ[νεχεν προσώρισεν συνεχώρησεν ὅπως τ]αῦτα αὐτοῖς ἔχειν ἐξ[ῆι. Ce texte énumère toutes les concessions que Sylla accorde à Stratonicée: nous y relevons,

années 39—35 avant J. C. Sur le point de savoir si cette ville dépendait de la Carie ou non, voir Pauly-Wissowa, 5. v.

Ch. Michel, 451 — Dittenberger, Syloge?, 10.

3 En Lycie, auprès de la ville d'Œnoanda, avait été bâtie une autre ville, Termessos, qui s'intitule πρὸς Οἰνοάνδοις. Elles formaient deux cités distinctes. «il est vraisemblable qu’à la longue les deux cités se fondirent l’une dans l’autre; tout au moins, à l'heure présente, il paraît presque impossible de discerner, quand on parcourt les ruines d’Urludja où finit Œnoanda, où commence Termessos», Holleaux et Paris, BCH, 1886, p2r7.

Hbittenperser, OGl/441/%l. τα:

220 Cités, confédérations et ligues en Carie.

d’abord Pédasos et Céramos, puis les revenus des πόλεις, enfin les xouar.!

Nous rencontrons encore celles-ci à Aphrodisias. Antoine confirme Ja cité dans la possession de son territoire et, en particulier, de ses kômai: ὅπως te ἡ πόλις καὶ οἱ πολεῖται οἱ Πλαρασέων [καὶ ᾿ἀφροδεισιέων μεϑ᾽ ὦ]» κωμῶν χωρίων ὀχυρωμάτων ὀρῶν προσόδων πρὸς τὴν φιλίαν τοῦ δήμου προσῆλor, ταῦτα ἔχωσ])ιν χρατῶσιν χρῶνται καρπίζωνταί τε πάντων πραγμάτων ἀτεΪλεῖς ὄντες.3

En dehors de la Carie, les exemples de kômai subordonnées abondent. Nous pouvons remonter jusqu’à l’époque d’Alexandre: les Priéniens possèdent des χῶμαι qui leur payent Pimpôt foncier. Plus tard, les actes de donation et de vente de Didymes et d’Ilion montrent que les domaines royaux comprenaient des χῶμαι dont les habitants étaient des serfs attachés à la glèbe. Il faudrait se garder de conclure que telle fut, partout et toujours, la situation des habitants des x@uœ; mais je suis porté à croire que le servage était en Asie plus répandu qu'on ne le pouvait savoir jusqu’en ces dernières années.

Buresch a réuni un grand nombre d'inscriptions relatives à des kômai de Lydie: xatouxia Τατικωμητῶν à Kassaba entre Magnésie du Sipyle et Sardes; elle ἃ à sa tête deux κωμάρχαι; Castollos, kômè de Philadelphie, etc. Dans LBW, 1669, la κώμη Μυλειτῶν dépendant de Philadelphie.‘ M. Fougères” signale dans des inscriptions funéraires des mentions comme celle-ci: κούμης Καπροζαβαδέων ὁρῶν Απαμέων."

1 Il semblerait que l’on retrouve la même clause dans le 5. C. de Tabae: ὕσ[ας τέ τινας]... [αὐτοῖς] . . . Aevxios [Κορνήλιος Σύλλ]ας αὐτοχράτωρ συνεχώρησεν [π]όλ[εις ὅπως ἰδί]οις τοῖς νόμοις αἱρέσεσίν τε ὦσιν; mais, d’après M. Mommsen, Hermes, 26, p. 146, le 5. C. concerne non une ville, mais un koinon, peut-être même le σύστημα Xovcaogixov. Cf. Viereck, Hermes, 25, p. 624.

2Dittenberger ΟΟΙ; τ 5,1 013.

8 Dittenberger, ΘΟΙΣ τὐζξξ Τρ ν. τὰ ΕΥΤΘΗΡ, 1) 221, 225.

5 Dict. ant. gr. et rom., s. v. kome.

6 CIG, 9893. IG, XIV, 117, 1794, 2265—2268, 2293-2334, etc. Une liste de kômai de Cibyra, Balboura, Oenoanda, dans Heberdey-Kalinka, Bericht, Denkschr. Akad. Wien, Phil.-hist. Klasse, 1896, XLV, p. 51, n. 69.

Cités, confédérations et ligues en Carie. 221

Ceci nous ramène à l'interprétation du passage de Strabon, relatif à Stratonicée, où il dit que les Stratonicéens participent à la Ligue carienne, bien qu’ils ne soient pas Cariens, ὅτε κώμας ἔχουσι τοῦ Χρυσαορικοῦ συστήματος. Toute la question est de savoir quel est le sens du mot χαύμη et quelle est la portée du mot ἔχουσι.

Il faut distinguer. D’abord, dans un précédent travail, nous avons traduit x@um par «village», par opposition à δῆμος, une commune. Ainsi, dans le dème, dans la commune de Phalère, il y a des villages ou hameaux. Ensuite, en Asie-Mineure, dans les inscriptions, κώμη, une agglomération rurale, un village encore, mais dont les habitants ne sont pas citoyens. Aussi M. Foucart écrit-il:! «le mot κώμη désigne un vicus dont les habitants avaient leurs magistrats, leurs revenus et rendaient des décrets, au moins honorifiques, maïs faisaient partie d’une cité à laquelle ils payaient des impôts et à la juridiction de laquelle ils étaient soumis.» Il reproduit la doctrine de Marquardt:? toutes les κῶμαι seraient donc en dehors de la cité.

Nos inscriptions emploient les mots dans leur sens précis: à Stratonicée, à Panamara, le mot δῆμος s’applique à des communes; à Stratonicée encore, à Aphrodisias, le mot κωμαι, à des bourgades sous la dépendance de la cité.ÿ

Dédicace de statues à Apamée par les kômai de cette ville en l’honneur de Tib. Claudius Pison Mithridatianus, Ephem. epigr., VII p. 436.

1 BCH, 1885, p. 394.

? Rômische Staatsverwaltung, 1, p. 17. Voir aussi Chapot, La Province sous-proconsulaire d’Asie, Paris, 1904, p. 96.

3 On rencontre fréquemment aussi le mot χατοιχία. D’après M. Foucart, il est synonyme de χώμη, BCH, 1885, p. 394, et il s'appuie sur cette inscription d’une χατοικία du territoire d'Éphèse: χαταλείπω τῇ Θει]ρηνῶν χατοιχίᾳ . .. [ἵνα οἱ κω]μῆται χρῶνται. Lui-même publie des inscriptions de la χατοικία Ὀυμοιτηνῶν, de la κατ. Τυανωλλειτῶν, de la κατ. Δαρειουκωμητῶν et il insiste sur le nom même de cette dernière qui semble bien ne laisser aucun doute sur la synonymie. Remarquez que, IG, Ι, 37, parmi les tributaires d'Athènes, on lit 4αρεῖον.

La synonymie, au point de vue du droit public, me paraît certaine: il est facile d’en rendre compte, si on traduit χατοιχία par «établissement». Les Romains, χατοιχοῦντες à Délos, y sont établis: ils sont à Délos sans faire partie de la cité. De même, les soldats de Magnésie du Sipyle forment un établissement qui ne relève d’aucune cité, Ch. Michel, 19.

De même encore, les habitants d’une kômé forment un établissement

222 Cités, confédérations et ligues en Carie.

Enfin, le témoignage de Strabon. Kuhn prend le mot dans le sens qui vient d’être signalé: «cette ville, Stratonicée, bien qu’elle fût une colonie macédonienne, appartenait à la ligue carienne, parce qu’elle possédait des kômai cariennes: ce sont les paroles de Strabon. Comment expliquera-t-on donc que Stratonicée comprenait un certain nombre des kômai chrysaoréennes? Le plus probable est qu’Antiochus Soter attribua à la cité fondée par lui le territoire nécessaire à lexistence d’une cité grecque. L’attribution à une ville, de kômai ou de petites peuplades s’est renouvelée nombre de fois à l’époque romaine où la réunion des petits peuples en une ville n’a cessé de faire des progrès. La langue latine accorde au mot attribuere à peu près le même sens que les Grecs au mot συροικίζει», réunir en une ville. Cette attribution est aussi une sorte de synœcisme; car les peuplades attribuées à une ville en deviennent au point de vue politique des membres».!

Est-ce bien là ce que Strabon a voulu dire? Il en résulterait que les cités grecques n’admirent pas dans leur sein les

d'individus fixés sur le territoire d’une cité, sans en être citoyens. Mais pourquoi certaines χῶμαι s’appellent-elles χατοιχίαιϑ Il doit y avoir à cela une raison: dans les cas des Romains à Délos, des Samiens à [4505, les individus, qui «se sont établis» χατοιχοῦντες, viennent du dehors: ils ne forment pas une colonie, au sens juridique du mot, comme font les soldats de Magnésie, mais une colonie au sens large, comme quand nous disons: la «colonie allemande d'Anvers». Nos χάτοιχοι, habitant des χῶμαι, sont-ils, eux aussi, des immigrants? Ou plutôt la fondation de l'établissement, quelle que soit la nationalité de ces résidants, n’est-elle pas relativement récente ὃ

Il a surgi sur ce point un débat entre MM. Schuiten et Ed. Meyer, Hermes, 32 et 33. M. Schuiten voit dans la plupart des χατοικίαι d'Asie Mineure, des colonies proprement dites et la même erreur avait été commise par Radet, De colonïis a Macedonibus in Asiam οἷς Taurum deductis. Paris, 1892. M. Ed. Meyer prouve que ces prétendues colonies ne sont souvent que des χῶώμαι, mais n’aborde pas la question de savoir pourquoi elles s’intitulent χατοιχίαι. Voici l'opinion de Buresch, Aus Lydien, p.2: Der ursprüngliche ganz farblose Ausdruck κατοικίαι — d.h. allgemein «Wobnsit, Ortschaft» ... scheint im späteren Altertum xur Bexeichnung der besonders in Asia xahlreichen hôchst blübenden und äuBerlich ganx städtischen, nur nicht mit Stadtrecht begabten Gemeinden aufgekommen zu sein, für welche die alte Bexeichnung als κώμη (— vicus) wenig passend schien.

1 Entstehung der Städte, p. 252.

Cités, confédérations et ligues en Carie. 225

Cariens, que les deux populations, les Grecs et les indigènes, restèrent complètement séparées. Cependant nos inscriptions permettent de croire qu’il y eut fusion, tout au moins partielle, entre les deux éléments. Remarquons qu’à en juger d’après les noms, certains dèmes de Stratonicée sont Cariens. Remarquons encore que les cultes cariens furent adoptés par les Grecs, devinrent les cultes ofhciels de la cité et qu’en conséquence leurs sacerdoces furent accessibles aux Grecs.

Il est donc assez probable qu'il ne faut pas attacher un sens trop précis au passage de Strabon: il dit que les Stratonicéens ont, ἔχουσι, un grand nombre de χώμαι cariennes. Que signifie ἔχουσι Que les Stratonicéens possèdent mais aussi que leur cité comprend ces κῶμαι. Et le mot καύμη " Strabon Pemploie souvent comme un synonyme de duos, les deux mots dans un sens large, comme village en français par opposition à la ville. C’est ainsi qu'il dit que Labraunda n’est plus qu’une kômè, un village, de Mylasa.

En résumé, les Stratonicéens participent à la Ligue carienne, soit parce qu'ils comptent parmi leurs sujets des indigènes, — c’est l'opinion de Kuhn —, soit parce qu’une partie de leurs citoyens sont d'origine carienne; et le texte de Strabon ne permet pas de se prononcer à coup sùr entre les deux opinions; car rien ne prouve que χαύμη y soit pris dans le sens précis qu'il a dans les inscriptions, c’est à dire village dont les habitants ne sont pas citoyens, ou seulement dans son sens large, c’est-à-dire village.

Comme on le voit, la cité carienne est autrement compliquée que la cité de la Grèce d'Europe. Il y faut donc reconnaître d’abord les citoyens et les habitants des κῶμαι subordonnées, j’employe ici le mot dans son sens technique. Les premiers sont généralement répartis en phylai subdivisées en dèmes: on trouve des groupes de dèmes, koïna, probablement des cités qui, avant le synœcisme étaient indépendantes.

Parmi les localités subordonnées, il en est qui occupent une situation toute particulière. On peut encore les appeler κῶμαι, si lon veut marquer par là leur dépendance; mais elles ont été autrefois des cités indépendantes, et certaines d’entre elles au moins continuent à se distinguer des kômai ordinaires,

en ce que celles-ci sont de simples villages de paysans, tandis que les anciennes cités sont des villes au sens géographique du mot. Et il semble que le langage du droit public reconnaisse cette distinction, en désignant ces cités autrefois indépendantes sous le nom de xovov.

Mausole, au dire de Callisthène,! avait incorporé à Halicarnasse six des huit villes des Lélèges. Pline? attribue la même mesure à Alexandre le Grand: il cite Théangela, Sibde, Euranion, Medmasa, Pédasos, Telmessos. Les Telmisséens, comme le rappelle M. Hicks,® étaient très versés dans la science augurale et c’est ce qui leur valut sans doute d’obtenir limmunité, ἀτέλεια. Ce privilège fut défendu avec énergie par un certain Posidéos, dont une inscription‘ vante les services. Le décret est rendu par le koinon des Telmisséens, é[d]o[$e]r τῶ ἢ] xouw[@r| Τελμισσέων. L'obligation de payer tribut ne prouve pas, à elle seule, que Telmissos ait perdu son autonomie. Ce qui, me semble-t-il, ne laisse à cet égard aucun doute, c’est la façon dont est nommée la πόλις suzeraine: ἐχαλλιέρησεν ὑπέρ TE τοῦ κοινοῦ Τελμισσέων καὶ τῆς πόλεος. Cette cité, à laquelle on réserve le nom de «πόλις», tandis que Telmissos se contente modestement de xowo», est Halicarnasse.?

Est-ce tout? Pas encore. Il faut enfin rattacher à la cité d’autres cités, qui ayant conservé leur indépendance, leur autonomie, lui doivent tribut. L’autonomie, en effet, n'implique pas nécessairement l’immunité. Telle est, semble-t-il, la situation de Céramos, vis-à-vis de Stratonicée, dans le sénatus-consulte. Céramos n’appartient pas au territoire de cette dernière; elle est, il est vrai, une petite ville, πολίχνιον, comme dit Strabon; ὅ

1 Strab., XIII, p. 611: τῶν δ᾽ ὀχτὼ πόλεων τὰς ἕξ Μαύσωλος εἰς μίαν τὴν Ἁλιχαρνασὸν συνήγαγεν; il ne respecta que Syangela et Myndos.

2? HN. V, 29, 107: sex oppida contributa. Kuhn, Entstehung der Städte, p.268, croit que Pline a confondu Alexandre le Grand avec Mausole.

3 Journ. of Hell. Stud., 1894, p. 378. + Ibid. = Ch. Michel, 459.

5 M. Cousin, BCH, 1887, p. 308, a découvert à Kys une inscription du χοινὸν τὸ Aayvwxéwv. Il y voit une association religieuse, maïs ce koinon me paraît plutôt une kômè dépendant de la cité.

8 Strab., XIV, p. 656: εἶτα μετὰ Κνίδον Kéoauos χαὶ Βάργασα πολίχνια ὑπὲρ ϑαλάττης.

Cités, confédérations et ligues en Carie. 225

mais elle n’en ἃ pas moins conservé son indépendance; ellemême possède des x@uæ cariennes, qu’elles lui soient subordonnées ou que, parmi les citoyens de Céramos, il y en aient qui soient Cariens d’origine et forment la population de ces anciennes x@uæ. (Comme elle en possède ou en comprend un grand nombre, elle détient le plus de suffrages dans la Ligue chrysaoréenne.

Le 5. C. de Stratonicée distingue, comme nous l'avons dit, entre les concessions que fait Sylla: d’un côté, les χῶμαι; de l’autre, les revenus que Stratonicée tire des πόλεις, c’est-àdire des cités autonomes; il nomme spécialement Céramos où nous croyons reconnaître l’une de ces cités et Pédasos, qui elle aussi, fait partie du territoire de Stratonicée.t

Ceci soulève une dernière question. Nous avons reconnu dans les cités cariennes, quatre éléments: les dèmes (Mylasa, Stratonicée se divisent en un certain nombre de communes); les anciennes cités qui ne sont pas dissoutes par le synœcisme (Olymos dans Mylasa); les bourgs dépendant de la cité, κώμη; les anciennes cités redescendues au rang de koina; enfin, la cité peut avoir des tributaires.

Quelle est l’organisation politique de ces diverses localités?

En ce qui regarde les cités entrées par synœcisme dans une autre cité, tout a été dit précédemment, à propos d’Olymos et de Panamara et je puis aussi renvoyer au chapitre qui concerne Rhodes. Dans la forme, les anciennes cités subsistent telles qu’elles étaient, mais leur compétence a été réduite.

Nous n'avons rien à ajouter non plus à ce que nous avons dit des cités autonomes mais tributaires, comme l'était, à l’époque de Sylla, Céramos.

1 En quelle qualité? C'est ce que nous ne savons pas.

Strabon, XIII, p. 611 écrit: Πήδασον δὲ χαὶ ἐν τῇ νῦν Στρατογιχέων πολίχνιόν ἐστιν. Pédasos n’est donc plus qu’un village; mais ses habitants sont-ils ou non citoyens?

MM. Paton et Myres, Journ. of Hell. Stud., 1896, p. 192, croient qu’il y avait deux localités du nom de Pédasos. Strabon, 1. ]., parle d’une ville, Pédasos, située dans une région qui s'appelle Pédasis et où les Lélèges avaient eu huit villes. Cf. Kuhn, Entstehung der Städte, p. 252, et aussi à propos des textes d'Hérodote, I, 175, VIII, τος. Francotte, La Polis grecque. 15

220 Cités, confédérations et ligues en Carie.

Si nous considérons les institutions municipales de la Grèce propre, nous trouvons les dèmes ou communes organisées sur le modèle qu’ont reproduit les cités: une Assemblée populaire, des magistrats peu nombreux, puisque les intérêts à manier sont minimes: nous ne trouvons pas de Conseil. Et que viendrait faire un corps permanent dans un village, où lPadministration est simple, où les questions soumises à l’Assemblée populaire ne requièrent pas l’examen préalable d’une Boule? Je pense qu'il en est de même dans nos dèmes cariens.

Il doit encore en être de même dans les kômai subordonnées. Elles ont, semble-t-il, une organisation purement communale: les inscriptions nous font connaître leurs magistrats: les xœuapyæ; dans la κατοικία des Hormoiténoi dépendant de Magnésie du Sipyle, un λογιστής; dans celle des Tyanolleitoi, un OtTepaynpopoc;! ailleurs des BoaBevtai.? Dans les communes proprement dites, δῆμος, nous rencontrons par contre les δημαρχοι: ainsi dans les dèmes du koinon de Panamara.5

D’anciennes cités, devenues des koina, occupent dans Pétat la même situation que les kômai; mais elles s’en distinguent peut-être par leurs institutions. Une commune d’un État ne peut avoir un Conseil ou du moins, en fait, elle n’en a pas: pourquoi une localité subordonnée n’en aurait-elle pas un? Qu'importe à l’État souverain! Que la localité s’administre comme elle veut, qu’elle mette en mouvement, pour régler des questions très simples, une machine administrative très compliquée, qu’elle se donne ainsi une importance apparente, l’État souverain ne peut en souffrir: l’essentiel pour lui est qu’elle s’acquitte de ses devoirs, surtout de ses obligations financières; pour le reste, il peut la laisser faire.t

1 BCH, 1895, pp. 395 —6.

? Buresch, Aus Lydien, p. 41.

3 BCH, 1890, p. 373, et 1904, p. 362.

4 M. Chapot, o./., p. 98, rappelle l’histoire curieuse d’Orcistus dans la Phrygie Salutaire, d’abord ville assez importante, puis, après Marc-Aurèle, kômè de la ville voisine de Nacoleia à laquelle ses propriétaires fonciers devaient payer l’impôt; enfin, par la faveur de Constantin, de nouveau érigée en cité. Les institutions ont pu, aux différents moments, rester les mêmes; seule leur sphère d’action ἃ diminué ou s’est élargie.

Cités, confédérations et ligues en Carie. 227

Reconnaissons cependant que cette exception n’est pas très bien établie: nous ignorons si le Koinon des Telmisséens avait une Boulè; c’est là un koinon dépendant d’une cité. Nous sommes dans la même ignorance pour les koina, comme celui des Tarmianoi, qui sont une partie intégrante de la cité.

D’autre part, M. Dittenberger étend cette exception aux kômai ou du moins à certaines d’entre elles; car il voit un Conseil dans la Gérousie de Castollos, l’une des kômai de Philadelphie! et à Tiris, M. Buresch signale une inscription: ἡ βουλὴ καὶ ὁ δῆμος, mais ces expressions n’indiquent-elles pas un état indépendant? ?

Il faut remarquer d’ailleurs que la terminologie rigoureuse que nous venons d'établir ἃ pu ne pas toujours être suivie: duos — cité et aussi commune; χοώμη — un village habité par des non-citoyens; χοιρόν — une cité autrefois indépendante, que ses habitants soient devenus citoyens d’une autre cité ou qu'ils soient sous la dépendance de celle-ci. Dans ce dernier cas, il n’y a plus de différence bien sensible entre koinon et kômè et il se comprend que les deux mots aient pu être employés l’un pour lPautre. Il se comprend aussi que la commune, duos, étant le plus souvent un village puisse être appelée xœun.

Les synœcismes de Carie ont leur originalité: ils sont beaucoup moins complets, moins absorbants que ceux de la Grèce propre: en cela, ils ressemblent à celui de Rhodes. Cette Cité a été formée par la réunion d’lalysos, Lindos, Camiros: ces trois cités ne disparaissent pas: nous ne possédons pas d'elles, cela est vrai, de décrets de naturalisation; mais elles subsistent tout au moins comme corporations religieuses, elles gardent leur organisation ancienne, Ekklésie et mastroi.

το ας ἢ; Æus Lydien,\p. 109, n. 50 — Dittenberger, OGI, 488.

? Aus Lydien, p. 2. D’après Buresch, die Verfassung dieser von πόλεις (= civitates) abhängigen χατοιχίαι (d. i. etwa «Land-, Provinzialstädte») war der von selbständigen Städten genau nachgebildet. Cette opinion me paraît trop large. Les institutions des χῶμαι ou χατοικίαι mériteraient un examen plus approfondi; mais il faudrait être sûr d’avoir réuni tous les textes.

228 Cités, confédérations et ligues en Carie.

La cité carienne, en se fondant avec une autre, conserve ses cadres: à Olymos, les anciennes phylai, devenue des syn- Q Le A 1 3 A ! 3 2 La 2 geneiai. De même à Rhodes, d’un côté, l’organisation de l’état nouveau, dont nous connaissons les éléments, phylai et dèmes, et d’un autre côté, les ctoinai, les patrai, peut-être aussi les phylai, qui sont les vestiges de l’ancienne organisation de Camiros et, probablement aussi, d’Ialysos et de Lindos.

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