CASA SAVOIA SEMPRE AVANTI
Le roi Carlo Alberto, après la bataille (perdue) de Novara, a répondu à l’envoyé autrichien qui lui proposait une alliance : « l’ïtalia farà da sè ». En effet, ce pays s’est relevé merveilleusement. Il a dû payer à la France « libératrice » un courtage, en lui cédant une partie de la Savoie et Nice ; mais il a profité plus tard des campagnes victorieuses successives de l’Allemagne contre l’Autriche et la France en 1866 et 1870. Chaque fois, il a gagné en territoire et importance politique, en même temps que linancièreinent et industriellement, grâce à son alliance avec T Allemagne et l’Autriche, si bien que les emprunts italiens qui se trouvaient placés à l’étranger sont rentrés peu à peu et que le taux de la rente a pu être réduit. L’Italie a même réussi à s'emparer de la province turque de Tripoli, en 1912, avec le consentement de ses anciens alliés. Maintenant, elle est en train, par sa politique de casse-cou, de perdre cette province et son équilibre financier. Elle avait voulu trop embrasser et a oublié qu’elle a été battue par les Autrichiens à Custozza et à Lissa (bien que dans ce combat sur mer elle eut 12 vaisseaux de guerre contre 7 au-
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trichions et une artillerie supérieure) ; elle a même été battue par le roi Ménéiik d’Abyssinie, qui a mis en fuite l’armée italienne sous le général Barattieri, renvoyé après sa défaite. Quatre-vingts généraux ont eu le même sort dans la guerre actuelle jusqu’à présent.
Au moment où tous les mauvais éléments fomentaient le conflit, les socialistes ont été seuls, à la tribune et dans leur presse, à se prononcer contre cette participation si dangereuse, superflue pour cette raison aussi que l’Italie aurait pu gagner pacifiquement ce qui, à l’heure qu’il est, serait un résultat qui satisferait hautement son gouvernement irréfléchi.
Cette situation nous rappelle le mot du jeune homme à qui, dans une soirée, on avait offert des pistolets fourrés qu’il refusait, mais qui, ne voyant plus le serveur revenir avec le plateau et ayant faim, s’adressait à lui en disant : « Qu’est-ce
que vous disiez donc tout à l’heure ? »
L’Italie, qui n’a pas gagné de terrain en huit mois de combats acharnés et n’étant arrivée qu’à mettre en ruines la ville de Goerz pour tout succès, serait contente de se voir céder une partie de ce que F Autriche lui avait offert avant la guerre. Avec cela, elle voit croître le déficit, de 2 milliards déjà avant la guerre, à la somme de 12 milliards si elle se prolonge jusqu’en juillet.
Le romancier Gabriel d’Annunzio, l in tigateur principal à cette guerre, venu expressément de Paris et qui a eu une si funeste part dans l’émeute, est devenu bien tranquille, après avoir touché les deux millions de l’Entente comme prix de son travail d’agent provocateur, et on n’a pas
Casa Savoia sêmpre avanti L\~
entendu nun plus qu’il se soit distingué comme officier par un fait d’arme contre les Autrichiens ; il se trouve auprès de sa mère. Ce poète, dont la réputation est d’ailleurs surfaite, a, tout en prenant largement son argent, dit du mal de la Duse, la grande comédienne, comme il 4 exploité d’autres dames au vu et au su de tout le monde. Il a empoché les épithètes les plus grossiers sans y riposter et il les méritait certainement. Ce triste sire, dont la maxime était « vivere bene e crepare a tempo », s’est vanté d’être le Tyrtée moderne et la Providence de l’Italie, et que c’est grâce à lui qu elle a retrouvé le bon chemin. En cela, il était d’accord avec notre compatriote Jules Destrée, qui a cru] devoir se rendre immortellement ridicule, en déclarant que « les masses italiennes, dans leur instinct sûr de la politique, ont eu raison d’être pour la guerre, tandis que les intellectuels lui étaient contraires. » Or, tout le monde en Italie voit déjà que ce sont précisément ceux de la « Piazza » qui ont fait fausse route, mais ni Gabriel d’Annunzio, ni Jules Destrée ne rendront au Roi les légions sacrifiées inutilement sur l’Isonzo et dans le Tyrol.
Maintenant que la Serbie est vaincue et que son nom disparaîtra de la carte géographique, après avoir été laissée sans secours par 1 Entente, le ministre Salandra a encore eu le toupet de déclarer à la tribune de Montecitorio que « l’indépendance politique et économique de ce pays a toujours formé un paragraphe dans le programme italien sur les Balkans et que son rétablissement complet sera l'objet de l’action commune des puissances de l’En-
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tente ». Le roi Pierre, en fuite, tout en ayant eu soin d’envoyer le trésor de la Serbie à Paris, s’est exprimé tout autrement sur la situation qui est faite à son pays ; il a dit au député italien Cassoletti « qu’il a été honteusement délaissé par les Alliés et que c’est surtout l’Angleterre qui lui a menti et l’a trompé ignominieusement ». Gomme le personnage nommé n’a pas eu le tact de ne pas publier cette conversation dans le Corriere délia Sera, les Italiens, alliés de la Serbie au même titre, seront maintenant édifiés, et auront « un po piu di luce » (titre d’un livre de feu le général Lamarmora). L’Italie qui a eu au moins assez de « sacro égoïsmo » pour ne pas participer à la campagne des Dardanelles ni à celle contre les Bulgares, ni à celle pour la Serbie, et qui a laissé le Monténégro sans secours, ira cependant encore en Albanie où elle complétera la série de ses gaffes. Celle-là lui restait encore à essuyer et elle ne manquera pas de s’y faire attraper par les vainqueurs de la Serbie, au lieu de trouver une compensation dans ce pays sauvage et inaccessible.
L’Italie, en somme, n’a jamais été victorieuse seule dans les temps modernes. Elle a été battue par l’Autriche, comme nous avons dit plus haut, et ce n’est qu’après que celle-ci a été vaincue par la France et la Prusse, que l’Italie a pu s’aggrandir. Elle ne le devait donc qu’aux victoires des autres, car le combat de Porta Salara était bien pauvre et dépourvu de gloire. La prudence la plus élémentaire — nous ne parlons pas de sa mauvaise foi visà-vis de ses anciens alliés — commandait donc de ne pas sortir de l’expectative
Casa Savoia sempre avanti
en 1914, d’autant plus que les actions de l’Entente avaient déjà baissé notablement quand on est entré en guerre.
De plus, l’enthousiasme factice a fait voir de suite un revers de la médaille de mauvais augure. La bienfaisance, qui dans d’autres pays a montré un esprit magnifique de sacrifice, a fourni en Italie des résultats profondément humiliants. A Gênes, cette ville si riche, la liste des dons en argent 11’a produit que 3o,ooo francs. À Rome, d’une somme recueillie de 1,100,000 francs, 800,000 francs ont disparu on ne sait dans quelles poches. Les procès contre des fournisseurs voleurs atteignent des montants formidables et ne finissent pas. Le charbon y coûte quatre fois autant qu’auparavant, les médecins font défaut dans les hôpitaux et les médicaments sont reconnus comme falsifiés, si bien que les malades restent sans remèdes ; des listes des soldats tombés ne sont pas publiées, comme en France.
Nous avons rendu justice au parti socialiste italien de s’être déclaré courageusement hostile à la guerre, au Parlement et dans les réunions publiques. Cependant, cette opposition n’a pas suffi, et plus tard il s’est abstenu de toute résistance. Pour faire rentrer le pays dans la paix, on ne pourra donc pas compter sur le parti ouvrier. Les pertes énormes dans cette campagne et les souffrances du peuple qui appelle déjà les ministres « Governo ladro » font craindre un soulèvement. Le ministre Giolitti, le seul adversaire résolu de la guerre, a été renversé et il n’est guère probable qu’appelé au
Pouvoir il se prêtera à tirer le char de Etat de la boue où il s’est enfoncé.
Frédéric-Thomas Gratndorge
L’Amérique, de sou côté, qui a déjà contribué sciemment à prolonger la guerre d’une année par ses fournitures d’armes et de munitions et qui a tout intérêt à la voir continuer pour gagner les milliards que les peuples empruntent à des intérêts de plus en plus onéreux, ne peut pas servir davantage d’intermédiaire en faveur de la paix. Il ne restera donc que le pape Benoît XV, le seul Italien, au-dessus de tous, impartial et debout dans ce brouhaha, clairvoyant et charitable. L’autre jour, il a qualifié cette guerre de boucherie criminelle et inutile et dit que l’Europe est devenue un hôpital et un cimetière. A bout de forces le Roi, pour sauver son pays et sa dynastie, sera peutêtre obligé de s’adresser au Saint-Pére pour implorer sa médiation auprès de l’empereur François-Joseph.
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