‹ La politique allemandeChapitre 10 sur 68 · I.\ POLITIQUE ANGLAISE d'eNCEIICLEMEXT · texte numérisé non relu

I.\ POLITIQUE ANGLAISE d'eNCEIICLEMEXT

de temps en temps à une crainte dénuée de tout fondement et d'une absurdité qui allait presque jusqu'à la panique, la crainte de voir les Allemands débarquer en Angleterre. Une partie importante de la presse anglaise, presse puissante et possédant de lointaines ramifications, alimentait systématiquement cette inquiétude.

La politique anglaise d'encerclement.

Dès le début du nouveau siècle se fit sentir dans la politique anglaise l'influence du roi Edouard \ll, qui joignait à une connaissance, peu commune des hommes l'art de les manier, et qui possédait une vaste et riche expérience. La politique anglaise ne se tourna pas directement contre les intérêts allemands, elle essaya plutôt de faire peu à peu échec à l'Allemagne en déplaçant le centre de la puissance en Europe. Par une série d'ententes, auxquelles on sacrifia souvent d'assez importants intérêts anglais, elle chercha à attirer les autres Etats européens afin d'isoler ainsi l'Allemagne. Ce fut l'ère de ce qu'on appela la politique anglaise d'encerclement. Un traité avec l'Espagne avait été conclu au sujet de la Méditerranée. La France vint naturellement au-devant des désirs de l'adversaire de l'Empire allemand, et l'accord anglo-français de 190i au sujet de l'Egypte et du Maroc rejeta complètement à l'arrièrc-plan le souvenir de Fachoda. Sous l'effet des graves défaites subies sur terre et sur mer dans la guerre avec le Japon,

ainsi que sous celui de graves troubles intérieurs, la Russie s'était décidée à une convention avec l'Angleterre sur les sphères d'intérêts en Asie, se rapprochant ainsi de l'Angleterre. L'Italie devint l'objet d ardentes intrigues. Des tentatives du môme genre vis-à-vis de l'Autriche échouèrent à l'occasion de l'entrevue des monarques à Ischl, grâce à l'inébranlable lîdélité d'allié du vénérable empereur François- Joseph. A Algésiras, nous eûmes de graves difficultés, bien que la politique de l'Allemagne représentât son propre intérêt national comme partie intégrante des intérêts généraux de toutes les nations, contre les prétentions françaises appuyées par l'Angleterre. La politique d'encerclement présenta alors l'apparence de tenir ferme dans la constellation des puissances, bien que les vues de la politique allemande ayant trait au Maroc aient été réalisées dans leurs parties essentielles par la réunion de la Conférence môme et par les décisions les plus importantes cfui y furent prises. Restait la question de savoir comment se comporterait le système des ententes sur le terrain de la politique européenne proprement dite.

La crise bosniaque.

L'annexion définitive des provinces de Bosnie et jd'Herzégovine, que l'Autriche occupait depuis 1878 conformément aux stipulations du congrès de Berlin, provoqua une grande crise européenne. La Russie protesta contre l'acte de l'Autriche. Comptant sur

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rimminence d'une liquidation par les armes de la vieille rivalité austro-russe dans les Balkans, la Serbie, qui voyait contrecarrés ses plans de grandeur, crut pouvoir se préparer à la guerre contre la monarchie danubienne. L'xVngleterre se mit du côté de la Russie, et le langage de la presse anglaise prit un ton presque plus passionné que les voix russes qui résonnaient à nos oreilles. La pointe aiguisée de la politique anglaise parut se tourner moins contre l'Autriche que contre l'Allemagne, son alliée. C'était la première fois que ralliance austro-allemande devait, en présence d'un grave conflit, prouver sa solidité et sa force. J'annonçai sans ambages, dans mes discours au Reichstag, que l'Allemagne était résolue à rester attachée à tout prix à l'alliance avec l'Autriche-Hongrie. L'épée allemande était jetée dans la balance de la décision européenne, directement en faveur de notre allié austro-hongrois, indirectement pour le maintien de la paix en Europe et avant tout pour le prestige et la position de l'Allemagne dans le monde. L'heure allait sonner qui devait montrer si l'Allemagne était vraiment mise en échec par la politique d'encerclement, si les puissances attirées dans le cercle de la politique anti-allemande trouveraient ou non leurs intérêts vitaux en Europe conciliables avec une attitude et des actes hostiles à l'Empire allemand et ses alliés. Les péripéties de la crise bosniaque marquèrent en réalité la fin de la politique d'encerclement. Aucune puissance ne parut d'humeur à subordonner ses propres intérêts européens à des

intérêts étrangers de politique générale, et à exposer ses os pour autrui. La constellation très surfaite d'Algésiras se brisa contre le roc de la politique continentale. L'Italie resta aux côtés de ses alliés; la France demeura dans l'expectative et ne se montra pas désobligeante pour l'Allemagne; l'empereur Nicolas donna au monde une nouvelle preuve de sa sagesse et de son amour de la paix, en se prononçant pour un règlement à l'amiable des difficultés existantes. Le savant encerclement et l'isolement de TAllemagne, cpouvantail passager d'esprits pusillanimes, se dévoila comme une fantasmagorie diplomatique, établie sur des conceptions politiques dénuées de réalité. L'erreur de calcul qui avait présidé à sa création avait été la suivante : on n'avait pas fait entrer en ligne de compte, avec son entière valeur comme facteur, la position de grande puissance européenne de l'Empire allemand. Assurément, si l'on réussissait à porter un coup sensible à notre position en Europe, notre politique mondiale, elle aussi, serait frappée à mort. A cet égard, le calcul de la politique d'encerclement était juste. Mais il n'est guère facile de nous atteindre sur le continent. La Triplice est une force contre laquelle aucune puissance ne se laissera pousser en avant, même par une adroite diplomatie, au bénéfice d'intérêts lointains; elle est une force contre laquelle une puissance quelconque ne risquera la lutte que pour de suprêmes questions vitales. Last nol leasi les puissances du continent sont reliées par de multiples intérêts, qui ne se lais-

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sent pas subordonner à la rivalité anglo-allemande sur mer et dans le domaine du commerce mondial. Ce n'est qu'avec l'Angleterre que l'Allemagne a son compte à faire au sujet de la politique mondiale. Chez toutes les autres puissances européennes, la contrepartie en matière de politique continentale joue un rôle décisif en ce qui concerne l'élal de leurs relations avec l'Empire allemand.

Ce fut la grande leçon de la crise bosniaque, que notre politique mondiale repose en fin de compte sur notre politique continentale. Notre politique mondiale nous avait mis en opposition avec l'Angleterre. C'est contre la puissance commerciale et navale de l'Allemagne que fut dirigée la politique d'encerclement, qui parut compromettre gravement notre sécurité. Grâce à notre force comme puissance continentale, nous avons déchiré les mailles du filet qui nous envcloppail, de telle sorte que, de l'autre côté de la Manche, put se produire ce désenchantement qui devait précéder une période de paisibles échanges de vues et de règlements raisonnables d'intérêts entre les deux nations. La visite que le roi Edouard vint, pendant l'hiver de 1909, faire au couple impérial allemand dans la capitale de l'Empire, immédiatement après la fin de la crise bosniaque, se passa d'une manière satisfaisante. Le roi reçut un accueil cordial. De son côté, il sut souligner et rendre profonde l'impression favorable produite par sa visite, en parlant à différentes reprises de son sincère amour pour la paix et en exprimant sa chaude ami-

tié, sentiments confirmés bientôt après dans le discours du Trône anglais comme dans le débat sur l'Adresse qui eut lieu au Parlement anglais. Celte dernière visite du roi Edouard à Berlin jeta une lumière favorable et pleine de promesses d'avenir non seulement sur les sentiments personnels du Roi visà-vis de l'Allemagne, mais encore sur les relations entre deux grands peuples qui ont tant de raisons de «'estimer réciproquement et de rivaliser pacifiquement dans les travaux de la paix. Des contre-coups pouvaient naturellement se produire. Et, de fait, ils n'ont pas manqué. La réaction de l'été 1911 fut même assez violente. Mais la tentative de donner à l'antagonisme anglo-allemand l'ampleur d'im système général de politique internationale ne se reproduira plus. Et si on y revenait, on serait de nouveau arrêté par les rudes réalités de la politique continentale, dont la plus rude est la Triple Alliance.

La Triple Alliance.

Rarement, sinon jamais, riiistoirc de l'Europe n'a vu une alliance aussi solide que la Triplice. C'est en 1879 que Bismarck conclut une alliance avec l'Autriche, en 1883 que l'Italie y entra. Depuis trente ans, les traités de cette alliance se renouvellent avec régularité, et chaque fois les espérances des malveillants et les craintes des gens bien intentionnés se sont trouvées dénuées de fondement. Si une épithète appartenant au langage de la politique des partis

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peut s'appliquer à la politique internationale, qui en est si différente dans ses causes, dans ses effets et dans ses buts, on pourra dire que la Triplice a des tendances nettement conservatrices, et qu'il faut y chercher la raison primordiale de sa solidité. Ce n'est ni un esprit de conquête, ni une ambition inassouvie qui a rapproché et qui tient réunis les Etats de la Triple Alliance. La ferme volonté de maintenir la répartition existante de la puissance en Europe, d'en empêcher, au besoin par la force, une modification brutale, voilà ce qui a soudé ensemble les trois empires du centre de l'Europe. Toute politique européenne révolutionnaire, qui voudrait par exemple se lancer sur les voies suivies par Louis XIV et Napoléon !*"■, se heurterait à la force compacte de l'Europe centrale, qui coupe le continent comme une énorme forteresse. Vouloir maintenir ce qui existe, cela signifie, en politique internationale, vouloir la paix. Les fondateurs de la Triplice ont créé en connaissance de cause une garantie de paix. Ils n'ont pas été déçus dans leurs espérances, car la fermeté de la Triple Alliance a plus d'une fois, pendant les dernières trente années, écarté les dangers de guerre qui surgissaient.

L'Italie.

La situation de l'Italie vis-à-vis de la Triplice a, depuis trente années, subi maintes oscillations, qui furent en partie le contre-coup d'incidents de politi-

que intérieure, en partie la résultante du développement particulier de certaines questions méditerranéennes. Les efforts acharnés de nos adversaires n'ont jamais réussi à détacher l'Italie de la Triple Alliance.

Les relations de l'Italie avec l'Autriche sont naturellement plus con^pliquées que nos propres rapports avec l'Italie. Point n'est encore éteint le souvenir des luttes passionnées que le peuple italien a soutenues pendant la moitié d'un siècle contre la domination autrichienne en Italie. Des monuments et des inscriptions, une abondante littérature et l'ardent patriotisme des Italiens ont soin de tenir éveillés les souvenirs de ce genre. Le fait que près d'un million d'Italiens appartiennent à la monarchie des Habsbourg a souvent influencé d'une façon fâcheuse les rapports austro-italiens. Ce fait reste aussi un point délicat pour l'avenir. Nombre d'Italiens, en tournant leurs yeux vers leurs frères de race qui se trouvent de l'autre côté des poteaux-frontières noirs et jaunes, n'ont pas le calme que notre plus grand homme d'Etat a recommandé au peuple allemand au sujet de nos frères à l'étranger et surtout en Autriche-Hongrie. Italiens comme Autrichiens devraient toujours avoir présente à la mémoire cette vérité qu'un homme d'Etat italien considérable, l'ambassadeur comte Nigra, m'exprima un jour en ces ternies : « L'Autriche et l'Italie ne peuvent être qu'alliées ou ennemies. » L'intérêt bien compris des deux pays veut qu'ils restent alliés.

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