‹ La politique allemandeChapitre 9 sur 68 · POLITIQUE CONTINENTALE ET MONDIALE · texte numérisé non relu

POLITIQUE CONTINENTALE ET MONDIALE

l'Angleterre et nous rien d'irréparable. Voilà pourquoi je n'ai cessé de repousser les attaques inconvenantes et blessantes pour notre susceptibilité nationale, de quelque côté qu'elles vinssent, tout en résistant à toute velléité d'intervention dans la guerre des Boërs, car une pareille intervention aurait fait à l'amour-propre anglais une telle blessure que la plaie ne se serait pas refermée; 5" si nous refrénions enfin toute nervosité et gardions notre sang-froid, si nous ne provoquions pas l'Angleterre, mais si, d'autre part, nous ne courions pas après elle.

« La base d'une politique mondiale saine et sensée, c'est une vigoureuse politique nationale chez soi. » Voilà ce que je disais en décembre 1901, lorsque le député Eugène Richter voulut établir une opposition entre la politique dont s'inspirait le nouveau tarif douanier d'une part, politique qui avait pour but la protection du travail national, de l'agriculture en particulier, et la nouvelle politique mondiale d'autre part, déterminée par les intérêts du commerce. Cette apparente opposition était en réalité un compromis, car notre activité économique à travers le monde était issue de notre activité économique nationale parvenue à l'apogée de son développement. Les rapports entre la politique et l'économie politique sont plus étroits dans nos temps modernes que dans le passé. Les Etats modernes réagissent directement par leur politique intérieure, comme par leur politique extérieure, sur les oscillations et les variations d'une vie économique très intense, et chaque intérêt éco-

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nomique d'une certaine importance exige aussitôt d'une façon quelconque son expression politique. Le commerce mondial avec tous les intérêts vitaux qui en dépendent a rendu indispensable notre politique mondiale. La vie économique nationale du pays ,demande une politique gouvernementale correspondante. Dans un perpétuel mouvement de va-et-vient, il faut chercher et trouver une entente, un compromis.

Sept années après les débats sur le tarif douanier, ce compromis entre la politique continentale et la politique mondiale de l'Allemagne, compromis qui était alors très discuté au point de vue de nos intérêts économiques, fît sentir toute sa valeur dans la grande politique, à l'occasion de la crise bosniaque en 1908. Cet événement est peut-être, plus que toute explication académique, propre à élucider la vraie relation entre notre politique d'outre-mer et notre politique en Europe. Jusqu'à l'ouverture de la question bosniaque, la politique allemande était dominée avant tout par les préoccupations de notre politique mondiale. Non point que l'Allemagne orientât ses relations extérieures d'après ses intérêts d'outre-mer, mais parce que le déplaisir causé en Angleterre par l'expansion du commerce maritime et mondial do l'Allemagne et surtout par le renforcement de la marine de guerre allemande > influençait le groupement des puissances et leur situation vis-ù-vis de l'Empire allemand. L'opinion publique du peuple anglais, d'ordinaire si réfléchi et si impassible, s'abandonnait

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