‹ La politique allemandeChapitre 18 sur 68 · ALLEMAGNE FRANCE ANGLETERRE H · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE FRANCE ANGLETERRE H

Allemagne. — France. — Angleterre.

Certainement elles sont sérieuses, les inquiétudes inspirées à l'Angleterre par le mouvement ascensionnel de notre puissance navale et par notre concurrence, qui la gêne sur beaucoup de points. Certainement il y a encore aujourd'hui des Anglais qui croient que, si l'importun rival allemand disparaissait de ce monde, l'Angleterre ne pourrait que gagner, d'après l'aphorisme de Montaigne « que le dommage de Vun est le profit de Vautre (1) ». Mais entre ces opinions anglaises et le fond de la pensée des Français à notre égard, il y a pourtant une différence marquée, qui trouve son expression correspondante dans la politique. La France nous attaquerait, si elle se croyait assez forte pour le faire, et l'Angleterre seulement si elle arrivait à la conviction qu'elle ne pourrait faire triompher que par des moyens violents ses intérêts économiques et politiques. Le mobile de la politique anglaise vis-à-vis de nous est l'égoïsme national; celui de la politique française, l'idéalisme national. Celui qui poursuit ses intérêts restera généralement plus réfléchi que celui qui pourchasse une idée.

(1) En français dans le texte.

Bûlow.

114 I.A POMTIQUE ALLEMANDE

Compromis anglo-allemand.

Assurément le négociant anglais d'outre-mer a parfois trouvé gênante la concurrence de son collègue allemand; assurément les intérêts économiques de l'Allemagne se heurtent de par le monde en maint endroit aux intérêts économiques de l'Angleterre,

Mais dans ses grandes voies mondiales, l'Angleterre a rarement vu devant elle une grande puissance la gêner aussi rarement que l'Empire allemand. Ce fait n'a pas échappé aux Anglais malgré leurs préoccupations au sujet de la flotte allemande. L'Allemagne et l'Angleterre sont, je crois, les seules grandes puissances européennes entre lesquelles jamais une goutte de sang n'a été répandue. Il y a eu entre elles des frottements et des tensions, jamais une guerre. Il faut se réjouir de ce qu'en Angleterre aussi cette idée gagne du terrain, que l'Angleterre, en prolongeant son antagonisme à notre égard, en suivant une politique antiallemande artificiellement entretenue, ne nuit qu'à elle-même. Enfin ce peuple, le plus grand des peuples commerçants, sait fort bien quelle excellente cliente l'Allemagne est pour lui, et vice versa. Il sait aussi que la vie économique de la Grande-Bretagne se ressentirait cruellement de la disparition de la clientèle allemande. En face des oppositions d'intérêts, entre l'Allemagne et l'Angleterre se présentent de très vitales communautés d'intérêts. Et au fond, les dangers que peut faire courir à la prépondérance

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