COMPROMIS ANGLO-ALLEMAND
maritime anglaise la nouvelle puissance mondiale et navale n'existent que dans le domaine des possibilités, ou, plus exactement, de l'imagination, et non dans le domaine des réalités tangibles. La position de la France vis-à-vis de l'Allemagne n'est pas comparable à celle de l'Angleterre vis-à-vis de nous. La France se meut autour de l'idée fixe de l'Alsace-Lorraine. La politique anglaise est sans doute sous l'influence des soucis qu'inspirent à une foule d'Anglais l'expansion économique et la marine croissante de l'Allemagne. Mais depuis la fin de la politique d'encerclement en 1908, l'Angleterre ne pense plus à faire dépendre de son antagonisme avec l'Allemagne toute sa politique internationale, ou encore chaque détail de ses relations avec l'empire d'Allemagne. Quoique, depuis notre entrée dans la politique mondiale, l'Angleterre ait été souvent une adversaire pour nous, nous pouvons, maintenant que nous possédons la force défensive nécessaire sur mer, entretenir avec elle des relations sincèrement amicales et cordiales sans arrière-pensée. Persuadé que la paix et l'amitié entre l'Allemagne et l'Angleterre sont salutaires aux deux nations, tandis que l'inimitié et les querelles leur sont également nuisibles à toutes deux, l'empereur Guillaume II a, depuis son avènement, travaillé, du fond du cœur et avec un zèle inlassable, au rétablissement d'une bonne entente entre les deux grandes nations germaniques. Il y a beaucoup de domaines où les peuples ont des intérêts parallèles. Partout où une coopération avantageuse pour les deux est
possible, il n'y a pas de raison pour eux de ne pas marcher côte à côte et la main dans la main. A mesure qu'ici et là-bas se répandra davantage la notion que les intérêts nationaux des deux peuples ont tout à gagner à une pareille coopération, les chances relatives à l'établissement de rapports solides et loyaux de confiance et d'amitié gagneront du terrain. De ce que le danger d'un conflit armé entre l'Allemagne et l'Angleterre ait paru imminent dans l'été de 1911, cela ne signifie nullement que ce conflit ne soit que retardé et non pas définitivement écarté. Il est arrivé fréquemment déjà que la. diplomatie, à bout d'arguments pacifiques, parut en être réduite à la nécessité de laisser à la force armée le soin de résoudre certains démêlés. Mais précisément la vision de l'approche de ce moment critique a maintes fois suffi pour faire reprendre les pourparlers interrompus, et amener une solution pacifique : une solution écartant non pas seulement d'une façon momentanée, mais pour longtemps, les antagonismes périlleux. Les nuages de guerre font partie du ciel politique. Mais le nombre des nuages qui provoquent la foudre est incomparablement plus faible que le nombre de ceux qui se dissipent. Des dangers également sérieux, sinon plus graves, ont menacé la paix entre l'Angleterre et la France vers 1840-1848, pendant la Monarchie de Juillet, et de temps en temps aussi à l'époque du second Empire. La guerre parut inévitable en 1885 entre l'Angleterre et la Russie, lors de la période aiguë de la question afghane. Tous ces nuages menaçants
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se sont dissipés, sans qu'une seule fois la foudre soit tombée. La conduite de nos rapports avec l'Angleterre demande une main particulièrement ferme et persévérante. Nous désirons des relations agréables, amicales même, sans nous effrayer d'un manque d'amabilité. Voilà sur quoi l'Allemagne doit réçlor son attitude vis-à-vis de l'Angleterre, l'Allemagne officielle aussi bien queia nation elle-même. Une politique d'obséquiosité est aussi défectueuse qu'une politique de brusquerie. Le peuple anglais, le plus mûr politiquement parlant, ne se laisserait pas détourner, par les plus ardentes protestations d'amitié, de résolutions qu'il aurait reconnues avantageuses, et il ne verrait qu'un aveu de notre faiblesse dans les preuves d'amitié qui n'auraient pas pour base un intérêt reconnaissable. D'autre part, un peuple vaillant et fier comme le peuple anglais ne se laisserait, pas plus que le peuple allemand, intimider par des menaces ouvertes ou dissimulées. Appuyés aujourd'hui sur une flotte respectable, nous sommes vis-à-vis de l'Angleterre dans une autre posture qu'il y a quinze ans, où il nous fallait autant que possible éviter un conflit avec cette puissance, jusqu'à ce que nous eussions construit notre flotte. A cette époque, notre politique extérieure se trouvait jusqu'à un certain point sous la dépendance de nos armements : il lui fallait travailler dans une situation anormale. Aujourd'hui l'état normal est rétabli : les armements dépendent de la politique. L'amitié comme l'hostilité de l'Empire allemand, appuyé sur une flotte puissante, ont main-
tenant pour l'Angleterre, cela va de soi, une importance autre que l'amitié et l'hostilité de l'Allemagne dépourvue de moyens d'action sur mer, comme elle l'était à la fin du xix* siècle. La diminution de l'écart entre les forces anglaises et allemandes représente une décharge importante en faveur de notre politique extérieure vis-à-vis de l'Angleterre. Nous n'avons plus besoin de songer à éviter avec soin que l'Angleterre ne porte atteinte à notre sécurité et à notre dignité, mais nous pouvons, comme il convient au tempérament allemand, intervenir sur mer avec toute notre force pour la sauvegarde de notre dignité et de nos intérêts vis-à-vis de l'Angleterre, comme nous le faisons sur terre depuis des siècles vis-à-vis des puissances du continent. Il faut une longue recherche rétrospective dans l'histoire de l'Allemagne pour trouver une égale ou analogue modification de la puissance allemande dans le monde.
Succès de la politique mondiale de l'Allemagne.
Avant même d'avoir créé une flotte puissante, la politique allemande a su nous assurer pour nos intérêts mondiaux des points d'appui de grand avenir. Nous avons étendu et fait progresser nos anciennes colonies. Cest au prix de grands frais et de douloureux sacrifices que fut réprimée la grave révolte des Heréros dans l'Afrique du Sud-Ouest, grâce à la ténacité et à la bravoure de nos troupes dans de longs et pénibles combats. Les noms des braves qui com-