‹ La politique allemandeChapitre 29 sur 68 · PROGRAMMES DE PARTI · texte numérisé non relu

PROGRAMMES DE PARTI

générosité de notre esprit, qui ont assuré à la culture de rAllemagne la première place dans le monde civilisé.

En Allemagne, on est toujours prêt à lancer ce reproche : absence de principes, quand un homme politique ou un homme d'Etat, sous la pression d'une situation modifiée, change son opinion précédemment exprimée ou fait valoir la justesse des idées de plus d'un parti. Or, l'évolution s'accomplit sans souci des programmes et des principes. Mis dans la nécessité de choisir entre le sacrifice de son opinion ou le risque d'une folie, l'homme pratique fera bien de prendre le premier parti. En tout cas, un ministre responsable de ses résolutions devant la nation ne pourra pas s'offrir le luxe d'une opinion préconçue, quand il s'agira pour lui de répondre à une juste exigence de l'actualité. Et si on lui reprochait ensuite une contradiction entre sa façon de voir présente et ses professions de foi antérieures, on ne peut que lui recommander la peau de rhinocéros, indispensable dans la vie publique moderne, pour se rendre insensible aux reproches d'inconséquence, de louvoiement, de chavirement, et autres termes plaisants de la polémique vulgaire. C'est un fait corroboré par toutes les expériences, que le véritable intérêt national n'a jamais pu être trouvé dans la seule voie d'un parti. Cet intérêt se trouvait toujours entre les voies de plusieurs partis. Il faut tirer la bissectrice des forces. Elle conduira tantôt vers un parti, tantôt vers un autre. Un

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mijiislre, quel que soit le parti de ses préférences personnelles, cherchera le véritable compromis entre toutes les justes demandes des partis. Au cours de fonctions assez longues et dans la suite de ses tâches changeantes, il sera naturellement attaqué tour à tour par tous les partis. Il n'y a pas de mal à cela, pourvu que l'Etat prospère. Quant à moi, je n'ai jamais pris au tragique le reproche de manquer de principes politiques; je l'ai même, à l'occasion, considéré comme un éloge, car j'y reconnaissais l'aveu que la raison d'Etat était ma boussole. Les principes politiques que peut appliquer un ministre sont, dans leur essence, tout différents de ceux qui ont de la valeur pour un homme de parti; ils appartiennent à la politique ë'Etat, et non à la politique de parti. Il faut que le ministre reste fidèle à l'intérêt général de l'Etat et du peuple confiés à sa direction, sans égard pour les programmes des partis, et, au besoin, en entrant en lutte contre tous les partis, peut-être même contre celui dont il se rapproche le plus par l'ensemble de ses idées politiques. Fermeté dans les principes, pas d'attache de parti : voilà la règle qui convient, qui s'impose même à un ministre. Bismarck avait des principes inflexibles, et, en les suivant, il a conduit notre patrie à l'unité, à la gloire et à la grandeur. Comme député, il a été homme de parti; comme ministre, il a dû entendre de la part de son ancien parti le reproche d'avoir fait une volte-face politique. Dix ans plus tard, on l'accusa d'avoir de nouveau changé d'opinion. En réalité, il n'a jamais dévié de la roule

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qui menait à son but,. et il n'avait qu'un but, celui de conquérir pour l'Empire et le peuple toutes les prospérités, tous les avantages possibles. Ce but, il ne pouvait l'atteindre dans l'ornière d'un parti, car l'intérêt de la généralité ne correspond que rarement ou jamais avec l'intérêt d'un parti pris à part.

On ne saurait poser des maximes générales pour la meilleure politique à suivre. Les buts et les moyens de la politique varient avec les circonstances et il n'est pas permis de s'attacher servilement à un modèle, serait-il même le plus grand. En tant que la diversité d'une vie ondoyante se peut résumer en une courte formule, la formule de la politique pourrait s'exprimer ainsi : « Du fanatisme, quand la prospérité et l'intérêt du pays, la raison d'Etat sont en jeu; de l'idéalisme dans les buts à fixer; du réalisme dans la pratique politique; du scepticisme, dès qu'il s'agit des hommes, de la confiance à avoir en eux, et de leur reconnaissance. »

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