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IV. — Politique dans les Marches de l'Est 27G

Domaine politique et possession nationale 276

L'œuvre colonisatrice dans l'Est allemand 2S0

Tâche de la Prusse 291

La lutte pour le sol 297

La lutte en faveur de la culture allemande 301

Résultats de la politique suivie dans les Marches

de l'Est 302

La politique suivie dans les Marches de l'Est est

un devoir national allomand 306

CONCLUSIOX 309

A Monsieur Maurice HERBETTE.

Paris, le 1" juin 1914.

Mon cher Ami,

Je vous remercie de m'avoir communiqué la traduction que vous venez de faire du livre du prince de Bùlow.

Les sentiments qui vous ont guidé en assumant le rôle toujours délicat de traducteur, me sont connus. Vous avez voulu permettre à l'opinion française de pénétrer plus aisément les sentiments et les pensées de l'homme d'Etat qui fut, de 1897 à 1909, le collaborateur et le confident de l'Empereur Guillaume IL Vous avez estimé, aussi qu'il y avait à tirer de cette étude de la politique allemande d'utiles enseignements.

Ce but patriotique devait vous tenter. C'est, en effet, rendre un service à notre pays que de l'instruire des aspirations et des tendances de son puissant voisin de l'Est.

Je souhaite donc que le plus grand nombre possible de Français prennent à leur tour connaissance d'un ouvrage dont ils apprécieront,

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comme moi, j'en suis convaincu, le particulier intérêt.

Tel qu'il a été conçu et écrit, l'exposé objectif de l'ancien Chancelier constitue un document de valeur. C'est une synthèse d'idées éparses dans des discours prononcés au Reichstag.

C'est aussi un ensemble de considérations sur la psychologie des partis politiques allemands et, en particulier, une étude critique des conceptions socialistes. Des aperçus d'économie politique complètent celte œuvre parfois un peu nébuleuse de forme, mais dont le but patriotique inspire le. respect.

Les chapitres consacrés à la politique extérieure doivent appeler toute l'attention.

Le prince de Bùlow n'emprunte pas au prince de Bismarck la vivacité primesautière de l'expression. Son langage nuancé s'inspire des traditions du style diplomatique. L'épée reste plus volontiers au fourreau si l'on sent qu'elle est toujours aiguisée. Le sentiment de la supériorité allemande n'y perce qu'entre les lignes et ne s'affirme pas dans des formules définitives.

L'auteur poursuit, d'ailleurs, la démonstration d'une thèse avec le ferme propos de ne pas en affaiblir la portée par des exagérations de termes. Cette thèse est celle de la modération des visées allemandes, modération qui n'aurait pourtant pas empêché certaines grandes puissances, notamment l'Angleterre, de contrecarrer les ef-

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forts de l'Allemagne pour s'assurer la place à laquelle la nation germanique prétend.

L'aigle impérial, si l'on interprète bien la pensée du prince de Bulow, réclame seulement le droit de voler de par le monde. Aucune allusion n'est faite à la maîtrise éventuelle des terres et des mers. N'est-il pas sage de procéder par étapes ? L'Empire allemand, nous dit-on, devait d'abord renaître, et il y a réussi en dépit de la mauvaise grâce des puissances européennes. Puis il s'est affirmé et, par la forte politique du prince de Bismarck, il a progressivement atteint, en Europe, l'apogée de sa puissance. Son cadre étant devenu trop étroit pour un développement économique nécessaire, il s'est engagé, sous la direction de l'Empereur Guillaume et de ses conseillers, dans la voie mondiale. Il l'a fait avec prudence, pas à pas, soucieux de n'éveiller aucune méfiance, en particulier celle de l'Angleterre, aussi longtemps qu'il ne disposait pas des moyens matériels d'imposer le respect et d'assurer la protection sur les mers de ses intérêts croissants. Aujourd'hui, l'Allemagne peut envisager l'avenir avec confiance et mesurer avec fierté le chemin parcouru.

Le tableau peint par le prince de Bûlow de , cette évolution de la politique allemande répondil à la réalité des choses ? Il est difficile de le concéder.

En admettant même que l'Empire allemand ait

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cherché seulement à augmenter son cube d'air respirable et qu'il n'ait jamais souhaité étouffer personne, les apparences ont bien souvent démenti des ambitions aussi mesurées. Les procédés employés n'ont pas toujours répondu au but assigné. Ne peut-on d'ailleurs penser que le jeune chêne germanique eût étiolé, sous son ombrage, des arbres centenaires, si les bûcherons de la Triple-Entente ne s'étaient pas trouvés là pour pratiquer parfois d'utiles émondages?...

Après les événements des quinze dernières années, parler encore de V encerclement de l'Empire de Guillaume II prémédité par l'Angleterre, n'est-ce pas, au surplus, ressusciter une légende qui a fait son temps? Le roi Edouard VII fut un prince trop averti pour avoir nourri le dessein d'arrêter l'expansion allemande, conséquence forcée d'un formidable accroissement de natalité. Ignorer ce phénomène naturel eût été commettre une faute aussi impardonnable que de ne pas se protéger contre les effets d'une politique agressive de l'Allemagne. Cette faute a été évitée par la Triple-Entente et le prince de Bûlow ne semble pas encore en avoir pris son parti.

En voulant établir, à tout prix, le caractère inoffensif de la politique extérieure qu'il a suivie, avec ténacité et succès, cet homme d'Etat prétend évidemment convaincre le lecteur. Mais on est tenté de rapprocher ce désir de l'ironique

affirmation du prince de Bismarck disant, avec un sourire : « Loin d'être un poids qui écrase l'Europe, je suis l'éventail qui la fait respirer. »

L'exposé détaillé des rapports de l'Allemagne avec les grandes puissances qui, dans l'esprit du prince de Bùlow, doit prouver la modération allemande, provoquera peut-être certaines surprises, à en juger par le chapitre concernant les relations franco-allemandes.

La France républicaine n'a jamais poursuivi, depuis quarante-trois ans, de politique menaçante pour sa voisine de l'Est. La forme même de ses institutions, le régime parlementaire qu'elle a adopté et conserve avec un soin jaloux, constitueraient, le cas échéant, un contre-poids suffisant à des velléités offensives. Les alliances et amitiés qu'elle a nouées et qu'elle cultive n'ont jamais eu de pointe dirigée contre personne. La dénoncer comme un irréductible facteur d'agitation, c'est méconnaître son rôle dans les crises qui ont secoué l'Europe en ces dernières années. Il est exact — et le patriotisme ardent du prince de Bùlow ne saurait s'en offusquer — qu'un grand peuple comme le nbtre ne peut, sans déchoir, oublier le passé. Il a le droit de souffrir du présent et d'espérer dans l'avenir. La France use de ce droit parce que, elle aussi, désire vivre comme nation. Et l'ancien Chancelier s'illusionne lorsqu'il escompte l'excès du mal pour provoquer en France la guérison de ce qu'il appelle

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<c la folie des armemenls ». Le service de trois ans, dont il parle, a été considéré chez nous comme une mesure de protection nationale, et alors même qu'en résulterait, comme semble le souhaiter le prince de Bûlow, l'établissement d'un impôt global sur le revenu, nous aimons à penser que le peuple français n'y trouverait pas un motif suffisant pour diminuer la force défensive de son armée.

Comme on l'a dit, avec tant de justesse et de force, il entend « être », sans subir aucune atteinte à son honneur.

La deuxième partie du livre de l'ancien Chancelier présente un caractère trop spécial pour qu'un étranger soit en mesure d'en apprécier l'exactitude.

Discuter l'opinion du prince de Bûlow sur la mentalité, les facultés et l'esprit politique du peuple allemand et des divers partis de l'Empire, serait s'exposer à commettre de fâcheuses erreurs. Il convient aussi de s'abstenir de tout jugement sur le meilleur régime intérieur de l'Allemagne, sur la lutte contre les démocratessocialistes et autres questions d'ordre purement allemand dont traite l'ouvrage du prince de Bûlow. Ce sont là affaires dans lesquelles on ne saurait s'immiscer.

Mais qu'on ne conclue pas de cette discrétion que la deuxième partie de l'exposé de l'ancien

Chancelier ne présente aucun intérêt pour les Français.

Nous avons grand avantage, au contraire, à nous tenir exactement informés des difficultés intérieures qui risquent de se produire dans l'Empire voisin, car les répercussions extérieures en seraient inévitables et dangereuses.

Au surplus, l'éventualité d'une guerre n'échappe à aucun moment au prince de Bûlow. Il s'en préoccupe et en fait même état dans la troisième partie de son livre, qui détermine la meilleure politique économique à suivre en Allemagne.

Puissent tous les Français retenir et méditer ses paroles :

« Un événement qu'il faut faire entrer dans tout calcul politique, c'est la guerre. Nul homme sensé ne la désire. Tout gouvernement consciencieux cherche de toutes ses forces à l'empêcher, aussi longtemps que l'honneur et les intérêts vitaux de la nation le permettent. Mais tout Etat

DOIT être dirigé DANS TOUTES SES PARTIES COMME SI, DEMAIN, IL DEVAIT AVOIR UNE GUERRE A SOUTE- NIR. »

L'avertissement et le conseil ne sont pas à négliger.

Affectueusement à vous,

J. DE Selves.

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