‹ La politique allemandeChapitre 31 sur 68 · CONSERVATISME · texte numérisé non relu

CONSERVATISME

s'écarteront de celles du parti conservateur quand la politique du parti ne correspondra pas à l'intérêt général, dont le gouvernement a la garde. Cela n'empêchera pas le gouvernement de pouvoir être plus conservateur contre le parti que le parti contre le gouvernement. Plus conservateur en ce sens qu'il remplira mieux les lâches proprement dites de conservation de l'Etat. Dans de pareilles situations, le prince de Bismarck, qui était un homme d'Etat conservateur par conviction et en connaissance de cause, tomba aussi dans le plus vif désaccord avec ses anciens amis de parti. On sait qu'il s'est expliqué en détail précisément sur ces incidents de sa politique, aussi bien dans son livre Pensées et Souvenirs, que dans les entretiens que Poschinger nous a légués.

La tâche d'une politique conservatrice a été incidemment fort bien définie par le comte de Posadowsky : il faut qu'une politique conservatrice conserve l'Etat de façon à ce que les citoyens s'y trouvent à leur aise. Cette conservation de l'Etat n'est souvent pas possible sans changement dans les institutions existantes. Il faut que l'Etat s'adapte aux conditions de la vie moderne pour rester habitable, partant viable. Ce serait un grave tort de vouloir contester que le parti conservateur ait souvent prêté la main aux innovations, parfois même avec plus de complaisance -que les partis qui ont inscrit le progrès sur leur bannière. Ainsi en 1878, lorsque la situation économique «xigeait une grande réforme de la politique douanière •et économique. Ainsi à l'inauguration de la politique

sociale qui fit entrer en ligne de compte le changement de situation du prolétariat salarié. Mais parfois les intérêts représentés par le parti conservateur étaient en opposition avec les intérêts que représentait le gouvernement, pour conserver à l'Etat les bonnes grâces des citoyens en général. Comme tous les partis, le parti conservateur, à cause de l'âpreté croissante des antagonismes économiques, est devenu dans un certain sens le représentant d'intérêts. Je ne veux pas rechercher ^il l'est devenu plus qu'il n'est bon pour lui. Mais nul ne contestera qu'il l'est plus que de raison pour la marche des affaires gouvernementales, pour peu qu'il ait été assis sur le banc ministériel dans ces dernières vingt années. Je dus m'^oigner du parti conservateur dans la mesure où il se montra représentant d'intérêts, et où je ne trouvai pas moi-même les intérêts défendus par lui compatibles avec ceux de la généralité. Dans les discussions sur le tarif douanier, l'intérêt général se confondit avec celui du parti conservateur, mais non dans celles sur la réforme financière. Les incidents postérieurs l'ont prouvé dans les deux cas. Quant aux vues fondamentales du conservatisme sur l'ordre social, économique et avant tout politique, rien ne m'en a jamais séparé, rien ne m'en sépare encore aujourd'hui.

Page 1