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L ÉLÉMENT CONSERVATEUR DANS LHISTOIRE

L'élément conservateur dans l'histoire prusso-allemande.

Ce que l'élément conservateur est et a été pour no~ tre vie politique prusso-allemande ne doit jamais être méconnu. Ce serait une perte grave pour la nation, si les idées conservatrices cessaient de vivre et d'agir parmi le peuple allemand, si le parti conservateur cessait d'occuper dans la vie parlementaire et politique la place dont son passé le rend digne. Les forces agissantes du parti conservateur, ce sont les forces qui ont fait grandes la Prusse et l'Allemagne, forces que notre patrie doit se conserver pour rester grande et grandir encore, forces qui ne peuvent pas devenir anlimqdernes. L'idéal du meilleur conservatisme, le loyalisme exempt de servilité vis-à-vis du roi et de la dynastie ainsi que le tenace amour de la terre natale, ne doivent pas se perdre chez nous autres Allemands. Si, aujourd'hui, les adversaires du parti conservateur ne se contentent pas do la lutte contre la politique conservatrice basée sur l'antagonisme de parti, mais exhibent une haine de classes, toujours désagréable dans la vie politique, contre les classes de la nation représentées surtout dans le parti conservateur, on ne devrait pourtant pas oublier ce que précisément ces classes ont fait pour la Prusse et pour l'Allemagne. Ce sont surtout les hobereaux et les paysans à l'est de l'Elbe qui ont édifié à la pointe de l'épée, sous les Hohcnzollern, la grandeur

du Brandebourg et de la Prusse. Le trône royal de Prusse est cimenté avec le sang de la noblesse prussienne. Le grand roi a plus d'une fois vanté ce que ses gentilshommes ont été pour lui. Les éloges auxquels la noblesse de Prusse a des droits incontestables ne diminuent pas les services et les mérites des autres classes de la nation. Sans le dévouement absolu de la bourgeoisie, des paysans et des simples individus, la noblesse aurait peu fait. Il est également exact que la noblesse a pu jadis se distinguer d'une façon spéciale, parce que les circonstances à cette époque lui en offraient particulièrement l'occasion. Mais placée dans le service de l'Etat prussien aux postes périlleux et où sa responsabilité était engagée, elle a fait les plus grandes choses, des choses plus grandes que l'aristocratie de n'importe quel autre Etat moderne. L'injustice seule peut ne pas le reconnaître. Il est d'ailleurs absurde d'opposer encore à notre époque la noblesse et la bourgeoisie; la vie professionnelle comme la vie sociale ont si bien amalgamé les classes d'autrefois, qu'elles sont devenues inséparables. Mais si l'on apprécie l'action des classes d'autrefois dans le passé, on doit être équitable et accorder à chacune le mérite qui lui revient. La noblesse prussienne a le droit d'être fîère de son passé. Elle mérite des remerciements, si elle maintient vivantes aujourd'hui dans l'idéal des conservateurs les idées ancestrales. Et l'on ne doit pas oublier que ces idées des vieux Prussiens ont dirigé la politique du parti conservateur dans les années critiques pour notre

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vieil Empereur et son grand ministre, dans les années de conflit. Dans la mesure où l'on peut parler de gratitude en politique — et, à vrai dire, on devrait pouvoir en parler — il faut en accorder aux conservateurs pour l'appui que Bismarck a trouvé auprès d'eux en l'an 1862. J'y insiste à dessein, précisément parce qu'à la fin de ma carrière de fonctionnaire je dus me mettre en opposition avec les conservateurs, et parce que j'ai l'inébranlable conviction que la fraction conservatrice s'égara en 1909. Je voudrais distinguer et savoir que l'on dislingue entre mon attitude générale vis-à-vis des opinions conservatrices, ma pensée à l'égard du parti conservateur et mon jugement sur quelques phases de la politique conservatrice du parti. Même celui qui place aussi haut que moi les idées conservatrices fondamentales, qui désire favoriser et qui a, comme moi, souvent favorisé pour les saines conceptions conservatrices une influence très étendue sur la législature, même celui-là considérera comme un événement fatal par ses conséquences que les ponts aient été rompus en 1909 entre la droite et la gauche. Les périodes les plus fécondes de notre politique intérieure furent toujours celles de la coopération entre la droite et la gauche. Je songe, en disant cela, non seulement à l'époque de ce qu'on a appelé la politique du bloc, mais rétrospectivement à des phases connues et importantes de la période bismarckienne.

Conservatisme et libéralisme.

Le conservatisme et le libéralisme n'ont pas seulement le droit de vivre tous deux, mais ils sont encore indispensables à notre vie politique. La difficulté de gouverner chez nous ressort déjà de cette constatation qu'on ne saurait le faire longtemps en Prusse sans les conservateurs, et dans l'Empire sans les libéraux. Les conceptions libérales aussi ne doivent jamais disparaître dans la nation. De fortes constitutions de partis libéraux nous sont également indispensables. Si le conservatisme a ses racines principalement dans le vieil esprit gouvernemental prussien, le libéralisme a les siennes dans les habitudes intellectuelles spéciales au peuple allemand. Les meilleures choses dans son idéal ont aussi leur impérissable valeur. Nous Allemands, nous ne nous passerions pas de l'énergique défense de la liberté individuelle en face des entraves d'Etat, telle que le libéralisme l'a toujours représentée. Le libéralisme aussi a un droit historique et ses titres à la reconnaissance. Les libéraux ont exprimé les premiers l'idée de l'unité allemande et l'ont répandue dans la nation. Ils ont fait l'indispensable travail préparatoire. Le but ne pouvait être atteint par leurs moyens. Il fallut l'intervention de la politique conservatrice pour réaliser, selon l'expression de Bismarck, l'idée libérale au moyen de l'action conservatrice. On peut à bon droit considérer l'Empire allemand lui-même comme la partie la plus grande

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