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ISOLEMENT DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE

La nature spéciale de nos institutions politiques, ainsi que la forme de notre socialisme, s'opposent également à une politique de réconciliation. Extirper le socialisme par la manière violente, il n'y faut pas songer. Ce n'est point par ces deux moyens directs que nous arriverons à résoudre le problème socialiste, à conjurer ce danger qui nous menace. Il ne nous reste donc que l'espoir de vaincre par des voies indirectes, en attaquant le socialisme dans ses causes et dans ses forces motrices.

Isolement de la Social-Démocratie.

Le mouvement socialiste est de caractère révolutionnaire. Passons sur la question de savoir si elle procédera à des actes révolutionnaires. Son but est révolutionnaire sans phrase (1), car, pour qu'il fût atteint, il faudrait bouleverser de fond en comble notre vie publique. Pour cette agitation, il conviendrait donc de mettre à profit les expériences faites à chaque mouvement révolutionnaire. L'histoire montre qu'un courant radical est rarement devenu plus mesuré sans poussée extérieure, que les nouveaux adhérents gagnés par un parti radical exercent rarement à "la longue un effet modérateur, qu'ils sont plutôt propres à augmenter la .force d'impulsion et disposés à se soumettre de plus en plus à la direction radicale. Dans le socialisme, comme dans tout

(1) En français dans le texte.

Bûlow. K

parti, les éléments radicaux ont jusqu'ici gardé la direction dans les moments décisifs, parce que la masse des membres du parti les trouvait les plus logiques de tous. On exprime souvent cette idée que le socialisme deviendra moins dangereux et plus pondéré à mesure que des gens instruits se rallieront à lui. Cette idée est réfutée par l'expérience. Les gens instruits dans le socialisme ne constituent pas le pont par lequel les masses du prolétariat se rapprocheront des représentants de l'ordre établi, mais elles forment un pont par lequel l'intelligence va rejoindre les masses. Or, l'adhésion des gens instruits fait d'un mouvement révolutionnaire un sérieux danger. L'histoire nous apprend que les mouvements révolutionnaires peuvent être victorieux quand les tendances des intellectuels, de l'intelligence bourgeoise s'allient à la poussée des masses. Il en fut ainsi dans la grande Révolution. Tant que la perspicacité supérieure, la forte volonté d'un Mirabeau attachèrent la bourgeoisie libérale à la monarchie et la retinrent loin des Jacobins, le passage relativement paisible de la France aux formes de la royauté constitutionnelle resta dans le domaine des possibilités. Lorsque, après sa mort, les Girondins se rapprochèrent des Montagnards, et que la bourgeoisie se coalisa avec les foules des villes contre les partisans de l'ancien régime et les monarchistes constitutionnels, la ruine de la monarchie et de la vieille France était scellée, et scellée à jamais. Une coalition semblable entre la tête et le bras fit succomber, eti- 1830, après une exis-

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tence d'à peine quinze ans, la Restauration de la monarchie légitime; Dans les orages de mars 1848, la révolution triompha parce que les masses trouvèrent appui et direction dans les couches cultivées. Chaque fois que le prolétariat a combattu isolément, comme dans les journées de Juin à Paris et pendant la Commune, il a succombé. Un prolétariat isolé, quel qu'en soit le nombre, est toujours une minorité dans le peuple. Aux quatre millions d'électeurs socialistes de 1912 s'opposent tpujours huit millions d'électeurs non socialistes. Réduit à lui-môme, le prolétariat ne peut pas atteindre la supériorité numérique dans le peuple. Cela ne lui est possible que lorsqu'il lui vient du secours de la bourgeoisie. Voilà ce qu'il s'agit d'empêcher en première ligne. La Social-Démocratie ne peut être isolée que quand le libéralisme est maintenu loin d'elle et rallié au gouvernement et à la droite. Mais on n'y arrive point par d'onctueuses exhortations au libéralisme : qu'il évite à tout prix ses voisins rouges. La séparation du libéralisme et du socialisme ne peut être obtenue au cours d'une politique pratique que par un groupement correspondant des partis. La tâche de séparer le socialisme de l'intelligence bourgeoise constitue l'un des motifs pour lesquels des ministres, conservateurs au fond, doivent gouverner de façon à ne pas repousser le libéralisme.

Socialisme et ouvriers.

Les rêves socialistes doivent avoir je ne sais quoi de corrupteur pour l'ouvrier, généralement encore dan& la misère et luttant péniblement pour sa propre existence et pour celle de sa famille. Mon prédécesseur,, le prince de Hohenlohe, appelait le socialisme le rêve du pauvre. Le jugement peu exercé de l'homme simple ne succombera que trop aisément aux sophismes ensorceleurs des doctrines socialistes. Ce sont de grandes espérances, que celles que le socialisme fait luire aux yeux des ouvriers, des promesses éblouissantes que celles qu'il leur fait. Et c'est une vérité vieille comme le monde que les hommes n'aiment rien tant que leurs espérances, que placés entre une grande espérance et une petite réalisation, ils choisissent l'espérance. Nous ne devons pas cesser de montrer la vérité à nos concitoyens salariés, de leur dire que les promesses socialistes sont décevantes, que le socialisme n'accomplira pas le grand prodige de supprimer la misère, les soucis, la bataille économique,, que la tangible sollicitude sociale de l'Etat existant,, de la société existante, a plus de valeur que les promesses irréalisables de la Social-Démocratie. Il faut que nous luttions sans trêve pour conquérir les âmes de nos ouvriers, il faut que nous cherchions à ramener le travailleur socialiste à l'Etat, à la monarchie, ♦ à retenir l'ouvrier non socialiste loin du socialisme. il y a encore un grand nombre d'ouvriers qui n'ont

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