‹ La politique allemandeChapitre 48 sur 68 · INDUSTRIE ET AGRICULTURE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE ET AGRICULTURE

compendiums les plus approfondis. Je suis porté à croire que c'est en s entretenant avec des hommes d'un avis contraire au sien et qui savent défendre leur opinion, que l'on apprend le plus. Du choc des opinions iaillit la vérilé (1). Je m'entretenais, il y a un certain nombre d'années, avec un parlementaire de la gauche libérale sur des problèmes économiques. Je lui demandai à la fin : « Et si les mauvais jours survenaient, une guerre acharnée ou une révolution sérieuse, pensez-vous qu'à l'heure du danger les forces qui ont fait la grandeur de la Prusse puissent être complètement remplacées par nos nouvelles couches sociales, commerçantes et industrielles, quelles que soient leurs qualités et leurs capacités ? » Mon antagoniste politique et ami personnel réfléchit un instant et dit : « Vous avez raison, gardez-nous l'agriculture et même le hobereau. »

Nous devons beaucoup à l'industrie et au commerce. Ils ont fait de nous un pays riche et nous permettent en première ligne de supporter financièrement nos armements considérables sur terre et sur mer. Un homme qui occupe une place éminonte dans notre vie économique, le prince Guido Henckel, disait volontiers que c'est à l'agriculture à nous fournir r.os soldats, à l'industrie de les payer. L'industrie et le commerce, ces deux sources modernes de la richesse, nourrissent et occupent le grand surcroît do population que nous perdions jadis par l'émigration.

(1) En français dans le teile.

C'est sur les épaules de l'industrie et du commerce que nous nous sommes haussés jusqu'à la puissance mondiale. Mais les profits réalisés dans un sens par notre évolution nationale ont toutefois été souvent achetés par des pertes dans l'autre sens. Afin de pouvoir mesurer le véritable gain résultant pour la nation de son industrialisation, il faut placer en regard les perles et les dommages causés par cette dernière. On ne tarde pas à voir que l'évolution de la vie économique moderne nous impose encore d'autres devoirs, des devoirs plus lourds que la tâche de développer de plus en plus, de toutes nos forces, l'industrie et le commerce. L'évolution moderne recèle de graves dangers pour la vie nationale, et ce n'est que si l'on réussissait à les écarter, que nous pourrions nous réjouir sans remords des conquêtes nouvelles. Il s'agissait de procéder comme un prudent médecin, qui s'inquiète de maintenir l'organisme sain et vigoureux dans toutes ses parties et dans toutes ses fonctions, et qui intervient en temps opportim, quand il s'aperçoit que le développement exagéré d'un seul organe retire des forces aux autres. L'industrie allemande s'est, en réalité, fortifiée aux dépens de l'agriculture dans les premières dizaines d'années de son développement. Si on n'y avait pas mis le holà, l'agriculture risquait de tomber sous les marteaux de l'industrie et d'être écrasée. C'était non seulement un préjudice pour l'agriculture, mais encore une perte pour la nation. Les forces qui émanent de l'agriculture pour agir sur notre vie nationale sont trop précieuses et trop indis-

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pensables pour que nous puissions cesser de nous inquiéter, avec loule énergie, du bien et du mal de l'agriculture allemande. La vie économique d'un peuple ne ressemble pas à une maison de commerce aux multiples ramifications, pour laquelle chaque branche spéciale mérite un intérêt plus ou moins grand selon les chances de gain du moment.

Richesse et santé d'une nation.

Abstraction faite de cette considération que l'agri culture, en tant qu'elle produit et qu'elle consomme, marche de pair avec l'industrie, des considérations autres que les considérations économiques entrent en ligne de compte si Ton veut faire une juste estimation des forces économiques d'un peuple. L'économie nationale d'un peuple a une importance non seulement économique, mais aussi nationale. Il ne s'agit pas uniquement des profits matériels tirés des différentes manières d'acquérir. Il faut aussi s'inquiéter de la façon dont ces manières d'acquérir agissent sur le maintien et le développement des forces physiques et intellectuelles du peuple. Certes, un peuple a besoin d'augmenter sa prospérité, sa productivité financière. Les Etats actuels en ont encore plus besoin que ceux des époques antérieures. I..'adminislration de l'Etat moderne, avec son immense cercle d'action, et avant tout les armements modernes, exigent de tout autres ressources matérielles que celles dont on avait besoin auparavant. Mais avec les seuls moyens matériels, un

peuple ne peut ni maintenir, ni agrandir sa^lace dans le monde. La santé physique, morale et intellectuelle est encore aujourd'hui la plus grande richesse pour un peuple. Ce qu'un peuple pauvre, mais sain de corps et d'esprit, est capable de faire, la Prusse l'a glorieusement montré dans la guerre de Sept Ans et dans la guerre d'Indépendance, tandis que la supériorité de la richesse n'a jamais pu empêcher les fatales conséquences d'une santé nationale en décadence. Un Etat n'est pas une société commerciale. Pour la lutte entre les peuples de la terre, la force économique prend une importance considérable, mais les résultats décisifs dépendent finalement d'autres forces, et ne se remportent pas sur le champ de bataille économique. Cette vérité de La Palice, que l'argent seul ne fait pas le bonheur, s'applique aussi aux nations. Elles aussi ne peuvent se réjouir de l'augmentation de leur prospérité, que quand un esprit sain anime chez elles un corps sain. Dans ses résolutions économiques, le gouvernement ne peut pas, à l'instar d'un négociant adroit Spéculateur, se régler sur les conjonctures favorables qui ouvrent de brillantes perspectives à l'un ou à l'autre domaine économique; il faut qu'il subordonne sa politique économique à l'ensemble de la politique nationale et qu'il prenne ses résolutions de façon à ce que non seulement la prospérité actuelle du peuple soit augmentée, mais encore de façon à ce qu'avant tout un sain développement de la nation se trouve garanti dans l'avenir. La question que s'est souvent posée l'économie-

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