‹ La politique allemandeChapitre 47 sur 68 · ESSOR ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

ESSOR ÉCONOMIQUE

d'hui la palme sur le marché mondial à l'Angleterre, qui était la première puissance commerciale du monde, à une époque déjà où l'Allemagne ne possédait encore qu'une population de paysans et d'artisans. Où sont les temps où notre Schiller ne voyait que deux puissantes nations se disputer la possession du monde : le Franc, qui jette son épée d'airain dans la balance de la justice, et l'Anglais, qui étend avidement ses flottes comme les tentacules d'un poulpe? Où sont les temps où l'Allemand, qui était resté dans le pays des rêves tandis qu'on se partageait la terre, était placé par lui avec le pauvre poète dans le ciel de l'idéal désintéressement ?

Aujourd'hui, l'industrie allemande a des clients jusque dans les régions les plus lointaines du monde. Le pavillon de notre marine marchande est une vision familière dans les ports étrangers, et il se sait en sûreté sous la protection de nos vaisseaux de guerre. Les capitaux allemands travaillent à l'étranger concurremment avec ceux des vieilles puissances financières, l'Angleterre et la France, et ils contribuent à affermir des relations d'intérêts économiques entre nous et les autres peuples. C'est: sur le terrain du travail mondial que les conséquences de notre renaissance nationale se sont jusqu'ici fait sentir de la façon , la plus tangible. Dans les chiffres des statistiques internationales du trafic et du commerce, la montée de l'Empire allemand à côté des vieilles puissances s'exprime de la façon la plus plastique.

Nous avons des raisons d'être fiers de nos énormes

succès économiques. Et la satisfaction du patriote allemand est justifiée, quand il souligne le temps extraordinairement court qu'il nous a fallu pour parcourir dans notre évolution économique la grande distance qui nous séparait encore, il y a cinquante ans, de peuples que nous avons dépassés aujourd'hui. Seule pouvait y réussir la débordante vitalité d'un peuple foncièrement sain, énergique et ambitieux. Mais nous ne pouvons nous dissimuler que l'allure presque vertigineuse de notre ascension économique a souvent troublé notre calme développement organique et créé des dissonances, qui appelaient une contre-partie. Devant les succès qui sautent aux yeux et qu'il doit à un talent spécial, Ihonmie est porté à négliger le développement harmonieux de ses autres capacités et facultés. Il lui faudra de temps en temps expier cet exclusivisme par de cruels contre-coups, quand le changement de la situation exigera d'autres facultés et d'autres productions. En Allemagne, le rapide essor économique fut une brusque floraison de l'industrie et du commerce favorisée par le soleil des circonstances du moment. La perfection des moyens modernes de communication nous ouvrit mieux qu'autrefois les marchés de pays également lointains. Les trésors de notre sol natal étaient encore inexploités; les incomparables progrès du machinisme et de Télectrotechnique mirent à la disposition de l'industrie de nouveaux moyens d'exploitation, et le rapide accroissement de notre population fournit les foules ouvrières pour la fondation et l'agrandisse-

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ment de grandes entreprises industrielles. De plus, quarante années de paix donnèrent la possibilité d'exploiter le marché mondial sous tous les rapports. Les capacités commerciales et industrielles du peuple allemand, qui avaient déjà fait de nous, il y a des siècles, le premier des peuples commerçants et industriels, et qui avaient été paralysées jusque dans le dernier tiers du XIX* siècle par notre ctiolement politique et par de pénibles luttes pour l'existence nationale, ces capacités furent tout particulièrement favorisées par les circonstances. Lorsque se trouvèrent, pour profiter de ces temps propices, des chefs d'entreprise et des n«S gociants de premier ordre, des hommes tels que Stumm et Krupp, Ballin et Rathenau, Kirdorf et Borsig, Gwinner et Siemens, ce fut forcément à l'industrie et au commerce qu'appartinrent les succès de l'avenir immédiat. La nation se tourna de plus en plus vers les perspectives nouvellement ouvertes. Les classes inférieures affluèrent de la plaine dans les établissements industriels. Dans les couches moyennes et supérieures de la bourgeoisie se forma une classe nombreuse d'employés industriels capables. L'industrialisme, qui s'était annoncé vers le milieu du XIX* siècle, s'accomplit en Allemagne après la fondation de l'Empire, et surtout depuis 1890, avec une impétuosité dont on ne trouve l'équivalent qu'aux Etats-Unis. En 1882 encore, l'agriculture allemande nourrissait presque autant de bouches que le commerce et l'industrie réunis; en 1895, elle cédait déjà le pas, rien qu'à l'industrie, pour environ 2.000.000 de

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ressortissants professionnels. Dans l'espace de treize ans s'était accompli un renversement complet de la situation.

Industrie et agriculture.

La législation économique de l'Empire avait deux moyens de tenir compte de ce bouleversement. Elle pouvait accorder toute son aide à l'industrie et au commerce, déjà favorisés par les circonstances, et qui grandissaient avec force et aisance; elle pouvait fortifier ce qui paraissait avoir le plus de vigueur, pousser TAllemagne à sa transformation en Etat exclusivement industriel et commercial, et abandonner à son sort l'agriculture allemande. Le comte de Caprivi et ses collaborateurs crurent devoir choisir cette voie. Ou bien on pouvait, par la législation, créer pour l'agriculture une compensation à la rigueur des temps, combattre la transformation de l'Allemagne en un Etat exclusivement industriel, et conserver une agriculture vigoureuse et viable à côté d'une puissante industrie. C'est ce chemin que j*ai pris, en toute connaissance de cause et par intime conviction, avec les lois douanières de 1902, car j'étais pénétré de cette idée qu'une agriculture prospère nous est indispensable au point de vue économique, avant tout au point de vue national et social, précisément parce que l'industrialisation de l'Allemagne marche sans cesse de l'avant. J'ai toujours été d'avis que l'on apprend plus par les relations personnelles et par la vie que par les

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