RICHESSE ET SANIÉ D UNE NATION
comme qualité, de la vie intellectuelle et morale. La santé des hommes et la fécondité des femmes souffrent beaucoup de l'influence de la vie urbaine, surtout dans les grandes villes. De 1876 à 1880, dans le royaume de Prusse, pour 1.000 femmes âgées de moins de 45 ans, il y eut en moyenne par année, dans les villes, 160, à la campagne, 182 naissances d'enfants vivants. De 1906 à 1910, ces chiffres s'abaissèrent, dans les villes, à 117; dans les campagnes, à 168. C'est pour les villes un déficit de 43 naissances pour 1.000 femmes. Dans la circonscription de Berlin seule, les chiffres tombèrent dans le même temps de 149 à 84, accusant par conséquent une diminution de 65. Le rapide accroissement de la population urbaine ne signifie pas une augmentation, mais une constante diminution du peuple; en effet, les femmes émigrant de la campagne à la ville, les femmes grandissant dans les villes contribuent à la réduction du nombre des naissances dans l'Empire. La situation est la même pour la santé des hommes, dont témoigne le plus ou moins grand nombre d'aptitudes au service militaire. D'après les statistiques provenant des délibérations d'une commission nommée par moi en 1906, les campagnes, c'est-à-dire les communes au-dessous de 2.000 habitants, présentèrent 114 conscrits bons pour le service; les grandes villes au-dessus de 100.000 habitants, 65; les villes moyennes de 20 à 100.000 habitants, 83, pour un contingent dû de 100 hommes bons pour le service, déterminé proportionnellement au chiffre de la population. Parmi les père
et mère de ces hommes bons pour le service, 74,97 p. 100 provenaient de la campagne, 1,68 p. 100 des grandes villes. En outre, l'Allemagne compte 48 villes de plus de 100.000 habitants; la France, 15 seulement; l'Italie, 13; l'Autriche-Hongrie, 9. Les deux tiers environ de noire population vivent dans des villes et des centres industriels. L'agriculture représentait : en 1850, 65 p. 100; en 1870, 47 p. 100; en 1899, 32 p. 100, et, en 1912, 28,6 p. 100 seulement de la population totale. Ces chiffres parlent un langage très alarmant. Ils ne disent ni plus ni moins que ceci : tout affaiblissement de l'agriculture est un affaiblissement de notre force défensive, une diminution de notre puissance et de notre sécurité nationales. Le commerce et l'industrie n'ont pu se développer avec tant d'éclat que parce que la paix nous a été conservée grâce à la force de notre armement, et ils ne pourront désormais continuer à prospérer que si la protection de notre force armée ne subit pas de réduction. Mais il faut, à cet effet, une population d'agriculteurs vigoureuse et nombreuse, qui trouve du travail et de la nourriture en suffisance dans une agriculture très développée. L'industrie et le commerce sont, pour leur propre bien, les premiers intéressés à la prospérité de l'agriculture en Allemagne. Comme l'indique la statistique, c'est à la population des campagnes que reviendra dans l'avenir, encore plus que ce n'est déjà le cas depuis 1890, la tâche de protéger la richesse et la propriété dans l'Empire allemand.