PROTECTION DE L AGRICULTURE
Protection de l'agriculture.
Un savant libéral, avec lequel je suis lié d'amitié depuis des années, me disait jadis à Norderney, en voyant les navires qui passaient devant ma demeure, qu'il ne comprenait pas comment un homme comme moi, éclairé d'ailleurs pour les autres questions, avait pu donner à notre politique économique, par le tarif douanier, une direction aussi agrarienne. Lui montrant un navire qui passait, je lui dis : « Un bateaiJ sans lest suffisant, à mâts trop élevés et à gréemenl trop lourd, chavire. L'agriculture est et reste notre lest. Que l'industrie et le commerce soient la mâture et la voilure. Sans eux, le bateau n'avance pas. Mais sans lest, il fait la culbute. » Le capitaine d'un navire doit certainement chercher à naviguer rapidement. Mais il ne doit pas vouloir acheter la rapidité de la course en sacrifiant la sécurité. Si notre vaisseau impérial doit continuer avec vitesse et sûreté son fier voyage, son conducteur doit, pour cela, veiller à ce que l'agriculture constitue un lest suffisamment lourd dans la cale.
La protection de l'agriculture est un devoir national de premier ordre. Devoir qu'il faudrait remplir, même si, au point de vue économique pur, l'agriculture avait moins d'importance que ce n'est, en réalité, le cas. Bien que l'agriculture n'ait plus son ancienne importance prédominante dans l'ensemble de notre vie économique, elle reste quand même encore sur le
même plan que les autres professions. Sans doute, d'après le recensement de celles-ci, établi en 1907, elle n'a plus à son actif que 17,68 millions de la population contre 26,38 millions qui vivent de l'industrie, mais la valeur de sa production contrebalance celle de l'industrie, ou la dépasse même. La statistique des produits ne contient pas de données suffisantes, et la question de productivité de l'agriculture ou de l'industrie ne saurait être tranchée d'une manière concluante en faveur de l'une ou de l'autre de ces deux branches d'activité. Maint citadin sera cependant surpris d'apprendre que la valeur d'un seul produit agricole, le lait, s'éleva, en 1906, à 2 milliards 600 millions de marks, tandis que la valeur de tous les produits miniers réunis n'atteignait dans la même année que le chiffre de 1 milliard 600 millions de marks. Il y a contradiction entre les estimations entreprises par les agrariens et les industriels sur la valeur respective de leurs produits. Mais qu'au point de vue de la valeur de la production ce soit l'agriculture ou l'industrie qui occupe la première place, cela ne signifie au fond absolument rien ni pour ni contre Tune ou l'autre de ces deux grandes branches d'activité. Nous avons besoin des deux et le déclin de l'une ne pourrait jamais être compensé complètement par l'ascension de l'autre. Pour calculer la véritable valeur économique des productions, il faudrait, en outre, déterminer encore de quelle façon la production agricole <?t la production industrielle agissent sur l'activité commerciale et les chiffres d'affaires qui en résultent.