DOMAINE POLITIQUE ET POSSESSION' NATIONALE
et de conquête sur sa conviction de la supériorité de la culture anglo-saxonne et des institutions anglo-saxonnes. La grandiose création de l'Empire britannique, du plus grand empire que le monde ait vu depuis l'Empire romain, création pour laquelle ne furent jamais ménagés ni le sang, ni l'argent, a eu et a pour fondement l'inébranlable conviction et la volonté du peuple anglais d'être, partout où atteint la puissance anglaise, le représentant d'une culture supérieure. La croyance de l'Anglais en la supériorité de sa vie intellectuelle, morale, religieuse, juridique et économique, est la force vitale de la politique nationale anglaise.
Une civilisation supérieure a, de tout temps, donné un droit politique. Lorsque la France de la grande Révolution inonda l'Europe de ses armées, elle se créa un droit à la conquête sur la base des prétendus bienfaits des libertés républicaines. Elle se sentait l'agent propagateur d'une civilisation politique supérieure vis-à-vis des autres peuples, et surtout des Allemands et des Italiens. Il y avait, particulièrement dans notre pays, assez de gens qui reconnaissaient ce droit, et qui ne furent guéris de leur erreur que par l'expérience amère du despotisme napoléonien. La mission civilisatrice de la Révolution française reposait sur une méconnaissance systématique de l'essence de la civilisation, au sein de laquelle, à côté de la religion, de la coutume, du droit et de l'instruction, les institutions politiques n'ont qu'une valeur secondaire, et elle, se condamna elle-
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même par la brutalité croissante de la domination napoléonienne. Mais il y a des missions civilisatrices justifiées. Les puissances coloniales chrétiennes du temps présent en ont de semblables à remplir en Afrique. La Russie est, du côté de l'Asie, l'agent autorisé d'une culture supérieure. Et si la lutte entre les deux degrés de civilisation devait un jour cesser dans l'histoire, notre foi au progrès de l'humanité perdrait du terrain. Nous serions plus pauvres dune grande espéranée idéale.
L'œuvre colonisatrica dans l'Est allemand.
C'est une mission civilisatrice qui, jadis, nous a conduits, nous Allemands, au delà de l'Elbe et de L'Oder vers l'Est. L'œuvre colonisatrice dans l'Est allemand, commencée il y a environ un millier d'années, et qui n'est pas encore achevée aujourd'hui, est non seulement la plus grande, mais la seule qui nous ait réussi. Jamais dans l'Histoire une colonisation de pareille étendue n'a coûté moins de sang, moins de violences. Cela est vrai, en particulier, de la colonisation allemande dans la Pologne de jadis. Là, pendant des siècles, les colons allemands, souvent appelés dans le pays par les rois de Pologne, ont vécu en fidèles sujets polonais et on{ été pour les Polonais les maîtres enseignants d'une civilisation supérieure. Même les époques où les Allemands furent opprimés et maintes fois dépossédés en Pologne ne connaissent aucune rébellion d'Allemands
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dans ce pays. Lorsque les Polonais eux-mêmes se montrèrent incapables de conserver une vie politique, et que l'Etat prussien, fort par l'ordre et le droit, plaça sous sa domination des parties de l'ancien royaume de Pologne, on y avait déjà commencé depuis des siècles le travail civilisateur allemand. Il se produisit ce rare phénomène, que l'établissement de la domination politique ne précéda point, mais suivit la conquête colonisatrice et civilisatrice. L'incorporation de nos provinces de l'Est, Pologne et Prusse orientale, n'eût pas eu lieu et n'aurait pu avoir lieu, si la République patricienne polonaise avait été un corps politique viable. Lorsque se produisit cette annexion, ce fut comme une application tardive du droit politique depuis longtemps créé par le travail civilisateur des Allemands habitant la Prusse orientale et la Pologne. Sans compter que si la Prusse n'avait pas placé les Allemands de Pologne sous la domination allemande, ils auraient passé sous la domination russe.
Nos provinces de l'Est sont notre nouvelle Allemagne. Bien qu'annexées d'un âge d'homme plus tôt que l'Alsace-Lorraine et le Schleswig-Holstein, elles sont pourtant des acquisitions nationales plus jeunes. Dans l'Ouest, on n'a fait que reprendre, au point de vue politique, une ancienne propriété de l'Empire allemand, où les empereurs allemands régnaient déjà sans conteste, alors qu'à l'est de l'Elbe ni une épée allemande ne s'était croisée avec l'épée wende, ni une charrue allemande n'avait enfoncé son
SOC dans la terre Avcnde. Ce nouveau territoire de l'Est, conquis à l'époque de l'apogée de la puissance impériale allemande, devait bientôt devenir pour nous une compensation politique, et avant tout nationale, à la perte d'un ancien territoire à l'Ouest. « Il y eut un temps, disais-je, en janvier 1902, dans la Chambre prussienne, où l'on était obligé de reprendre longuement haleine, quand on parlait du Saint- Empire, époque où l'Empire allemand s'étendait au Sud et à rOuest plus loin qu'aujourd'hui. Nous ne songeons pas à rappeler de nos vœux celte époque; nous ne songeons pas â reculer nos frontières dans quelque direction que ce soit. Mais ce que la Providence nous a accordé comme dédommagement et compensation pour des perles subies ailleurs, nos possessions à l'Est, nous les garderons. »
Considéré de loin, le mouvement allemand de l'Est vers l'Ouest et de nouveau vers l'Est semble apparaître comme un tout suivi. Au vii° siècle, nous avons, nous Allemands, évacué toute la région à droite de l'Elbe et nous avons pénétré au loin dans l'Ouest jusqu'au cœur de la France. La Hollande, les Flandres, le Brabant, la Bourgogne, le Luxembourg et la Suisse étaient pays impériaux, et en partie de nationalité allemande. Au xiv* siècle encore, le cours supérieur du Rhône formait la frontière de l'Empire allemand. Mais ces domaines furent perdus, politiquement par la chute de la puissance impériale allemande, ethniquement parce que notre corps national ne pouvait, en effet, remplir le vaste
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vêlemenl du Saint-Empire. Nul homme sensé ne nourrira la pensée de reprendre, au point de vue national ou politique, les pays occidentaux et méridionaux perdus il y a des siècles. A l'époque où nous cédions du terrain à l'Ouest, nous avions déjà trouvé à le remplacer dans l'Est; les Allemands refluaient déjà dans l'antique patrie germanique, qui avait été quittée lors de ce que l'on appelle la migration des peuples, et où les peuplades slaves étaient venues s'installer. Et les colons allemands qui s'établirent à lest de l'Elbe, au delà de l'Oder, sur les bords de la Vistule et du Prégel, provenaient des territoires de l'Ouest, -beaucoup d'entre eux i)récisémcnt des régions que nous perdîmes plus tard. C'est à bon droit que l'on peut parler d'un reflux du peuple allemand. L'énorme travail de colonisation dans l'Est est le meilleur, le plus durable résultat de notre glorieuse histoire au moyen âge, travail qui n'a pas été fourni par une seule des races allemandes, mais par toutes en commun. Tous les peuples allemands, Saxons^ Franconiens, Bavarois, Souabes, Thuringiens, Lorrains, Flamands et Frisons, ont envoyé leurs compatriotes dans l'Est allemand, laïques et ecclésiastiques, chevaliers et paysans. Ce nouveau territoire de^ colonisation à l'est de l'Elbe aplanit d'abord les contrastes, souvent encore profonds à cette époque, entre les races allemandes. Ce fut un pays commun à tous les Allemands, avec une population qui n'était pas et ne voulait pas être autre chose qu'allemande, par opposition aux Wendes et aux Polonais. Si, plus
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tard, ces provinces situées à l'est de l'Elbe, qui virent naître la monarchie prusso-brandebourgeoise, furent les premières à retrouver, dans des temps troublés, une volonté allemande contre l'étranger; si, à notre époque, elles réalisèrent, sous le drapeau noir et blanc de l'Etat allemand, l'unification des régions et des peuples allemands dans le nouvel Empire, c'est dans l'histoire de leur formation, de leur peuplement, de leur colonisation qu'il faut en chercher les causes profondes. Ce que les familles allemandes de l'Ouest et du Sud donnèrent pendant le moyen âge à l'Est inhospitalier, l'Est le leur rendit ■avec usure, lorsque la Prusse apporta l'unité politique à l'Allemagne tout entière.
Les siècles des Othon, des Saliens et des Hohenslaufen ont vu des actions et des événements d'un éclat plus éblouissant que la vaillante et laborieuse colonisation de l'est de l'Elbe, mais n'ont rien vu de plus grand. De la splendeur romane des Croisades et des expéditions vers Rome, la conquête du vieux pays des Borusses par les chevaliers de l'Ordre Teutonique n'est qu'un faible reflet. Et l'acharné travail civilisateur des ordres monastiques dans les forêts et les marécages de l'Est, des bourgeois allemands dans les villes naissantes de l'Est, ont un air absolument prosaïque et vulgaire à côté des grandioses, mais malHeureuses aventures de l'ancienne politique impériale. Mais, comme bien souvent dans l'histoire, l'éclat fascinateur de ces dernières ne dura qu'un instant, tandis que l'événement de peu d'ap-
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paieiice, qui s'accomplissait pour ainsi dire sur un rameau de l'histoire de l'Allemagne, était le véritable fait destiné à survivre dans l'avenir. Nous devons aujourd'hui penser avec plus de reconnaissance à l'Ordre Teutonique, qui nous donna la Prusse, aux Guelfes, qui nous conquirent le llolstein et le Mecklembourg, et aux Ascaniens (1) brandebourgeois, qu'aux victoires remportées en Italie et en Palestine. Le malheur national qui entraîna le plus de conséquences, ce ne fut pas la triste chute des Hohenstaufen, amenée par les intrigues papales et françaises, mais la journée de Tannenberg (2), qui eut pour conséquence la perte d'une grande partie d'un travail colonisateur de plusieurs siècles, la perte de la Prusse occidentale et de1)antzig, occupés par les Polonais, et qui mit fin à la fière indépendance de l'Etat fondé par l'Ordre Teutonique. La sage politique des princes de Hohenzollern empêcha que la propriété nationale à l'extrémité orientale nous échappât complètement. Là, aux avant-postes de l'Est allemand, cette politique unit de bonne heure l'intérêt général de la nation allemande à l'intérêt du Brandebourg et de la Prusse. On peut se demander si, sans ce jour fatal de Tannenberg, l'Ordre Teutonique serait resté en état de conserver longtemps
(!) Les comtes d'Ascanie régnèrent sur le Brandebourg depuis 1134 jusqu'à 1319.
(2) Village situé non loin de Kœnigsberg; 250 habitants; connu par la défaite de l'armée de l'Ordre Teutonique, qui fut battue par les Polonais et les Lithuaniens le 15 juil'et lilO. (/V. du Trad.)
l'Est allemand contre la prépondérance polonaise. Mais on ne peut mettre en doute que nous aurions perdu à jamais la Prusse orientale et occidentale comme auparavant nos domaines de l'Ouest et du Sud, s'il n'était pas venu à l'Allemagne, dans la maison des Hohenzollem, un gardien des Marches allemandes aussi infatigable que perspicace, aussi vaillant que décidé. Ses droits à la Prusse orientale, droits créés par une politique familiale avisée, le Grand Electeur les a soutenus l'épée à la main, lorsqu'à la bataille de Varsovie il conduisit victorieusement l'aigle rouge de Brandebourg contre l'aigle blanc du roi de Pologne, et brisa les chaînes de la suzeraineté polonaise. Le premier roi s'intitula sagement roi en Prusse, exprimant ainsi pour ses successeurs l'espoir de devenir rois de Prusse par la future possession de la Prusse occidentale. Cet espoir se réalisa lorsque, au moment du premier partage de la Pologne, le grand Roi reçut la Prusse occidentale, comme trophée de la guerre de Sept ans, ainsi que le dit excellemment Reinhold Koser, le biographe de Frédéric le Grand. Ce n'est qu'au vainqueur de Rossbach, de Leuthen et de Zorndorf que la tsarine Catherine accorda une part du pays polonais qui avait cessé d'avoir droit à une existence politique, depuis que la situation gouvernementale de la République aristocratique avait tourné à l'anarchie.
Ce n'est pas comme un pays étranger nouvellement acquis, mais comme un pays allemand reron-
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quis, que fut considérée la Prusse occidentale. Et à bon droit. Car ce pays avait été allemand au point de vue politique sous la domination de l'Ordre Teutonique, et il l'était devenu grâce au labeur des colons allemands, dans les villes comme dans les campagnes. Mais la Prusse ne valut pas seulement aux Allemands de la Prusse occidentale un souverain allemand et le beau privilège d'être citoyens allemands d'un Etat allemand, elle apporta aussi la justice et la liberté à ses nouveaux sujets polonais. Le roi Stanislas Leszczinski avait, avec chagrin, désigné son pays comme étant le seul où la masse du peuple était privée de tous les droits de l'humanité. Le gouvernement doux et sévère, libéral et exigeant, mais juste, du grand Roi de Prusse, apporta à la population polonaise ce qui lui avait manqué jusqu'alors. « Le moyen le plus sûr de donner à ces gens asservis des idées et des mœurs meilleures, ce sera toujours de les mêler à des Allemands, ne serait-ce même po&sible au début qu'avec deux ou trois des nôtres par village », écrivait Frédéric le Grand l'année même qui précéda le partage de 1772. Avant même qu'un pied du territoire polonais appartînt à la Prusse, à une époque où le problème des nationalités n'existait pas encore, le grand Roi caractérisait comme une germanisation du pays la tâche civilisatrice qui s'offrait à la Prusse dans les régions polonaises. Aussitôt après la prise de possession, il commença l'œuvre de colonisation, pour laquelle il chercha et trouva ses collaborateurs en Allemagne.
Le roi, d'ailleurs, ne fit que poursuivre une œuvre entreprise au moyen âge, la conquête nationale de l'Est allemand par l'installation d'agriculteurs allemands dans les campagnes, d'ouvriers, de marchands, d'industriels allemands dans les villes. Et lorsque Bismarck procéda sur une plus vaste échelle à sa politique de colonisation en 1880, il ne fit que reprendre, comme dans une quantité de ses résolutions nationales, les rênes qu'avait tenues le grand Roi, et qui, après sa mort, avaient traîné à terre. C'est là une preuve, parmi beaucoup d'autres, de l'unité de l'histoire nationale des peuples, une preuve qu'au point de vue national il n'y a pas deux possibilités également justifiées, mais une seule avec son propre droit. S'il est vrai que, dans la modification de l'ordre des choses, nous ne devons pas imiter servilement les grands modèles du passé, il est vrai aussi que les grands points de vue nationaux qui ont guidé nos plus grands hommes gardent leur valeur pour tous les temps et en toute occasion, et qu'on ne peut pas pécher impunément contre eux.
Il est notoire que, de l'immense portion de territoire polonais échue par le deuxième et le troisième partage à la Prusse, celle-ci, lors de sa reconstitution en 1815, n'a gardé qu'une faible partie : outre la Prusse occidentale, la Posnanie actuelle, soit au total guère plus de 7 1/2 p. 100 de l'ancien royaume de Pologne. Bien que la province de Posnanie, avec son archevêché qui existait depuis l'an 1000, ait été le cœur du royaume polonais, elle était pourtant deve-
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nue, au cours des siècles, la partie de ce grand Etal la plus fortement imprégnée par l'élément allemand. Avec l'incorporation de cette population allemande, depuis longtemps établie dans les régions de 1 Est, la Prusse remplissait un devoir national allemand, tout en se chargeant des devoirs politiques naturels à l'égard des Polonais qui habitent son territoire et sont devenus des nationaux prussiens.
Bien que les Polonais aient perdu toute existence politique indépendante, après s'être pendant des siècles montrés incapables de créer un puissant Etat sur la base du droit et de l'ordre politiques, personne ne fermera les yeux sur la tragique destinée de ce vaillant peuple si bien doué. De même quil est inique de s'en prendre aux classes ouvrières dans la lutte justifiée et nécessaire contre la Social-Démocratie, de même il est faux et injuste de se faire, de la lutte imposée par la raison d'Etat contre la propagande panpolonaise, une arme contre nos concitoyens de Pologne, qui ont si vaillamment combattu sous les drapeaux prussiens dans les guerres de 1866 et 1870. Il faut que nous ayons du respect, et précisément parce que nous avons une haute idée de notre propre nationalité, que nous ayons aussi de la sympathie pour l'attachement que le Polonais montre à ses souvenirs nationaux. Mais ce respect et cette sympathie ont leur limite au point où les vœux conscients et les tendances de la propagande panpolonaise interviennent pour mettre en question l'existence de la monarchie prussienne et pour chercher à ébranler
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son unité et sa solidité. Tout noire respect pour la nationalité polonaise ne nous empêchera pas de veiller au maintien et au renforcement du régime allemand dans les territoires qui furent autrefois polonais. Personne ne songe à expulser nos Polonais do FEtat prussien. Sous l'administration prussienne, la situation des Polonais s'est considérablement améliorée : les adversaires allemands d"une politique résolue dans les Marches de l'Est le concèdent, et les Polonais eux-mêmes ne peuvent pas le contester sérieusement. Mais c'est le devoir allemand, et le droit allemand de l'Etat prussien, de veiller à ce que nos Allemands ne soient pas évincés par les Polonais dans TEst de l'Allemagne. La politique dans les Marches de l'Est n'a nullement pour tâche une lutte contre les Polonais, mais la protection, le maintien et le renforcement du régime allemand à côté des Polonais, et, par conséquent, un combat pour la cause allemande. Ce combat, mené avec des succès et des moyens divers, remplit le siècle qui s'est écoulé depuis qu'ont été fixées les limites de l'Etat prussien reconstitué au Congrès de Vienne. La tâche de solutionner la question polonaise eût été peutêtre plus aisée pour la Prusse, comme pour les Polonais, si l'artificielle et fragile création napoléonienne du grand-duché de Varsovie n'avait pas éveillé chez les Polonais la fallacieuse espérance qu'au cours des complications européennes le rétablissement de l'indépendance polonaise serait possible. Les douloureuses épreuves de 1830, 18i8 et 1863
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eussent été peut-être épargnées aux Polonais des deux côtés de la frontière de Prusse, si le souvenir de l'éphémère création du premier Napoléon n'avait pas survécu en eux. La pensée que le partage de la République polonaise entre les puissances de l'Est, de 1793 à 1807, n'avait été qu'une mesure provisoire, rendait naturellement difficile pour les Polonais de considérer comme définitif le fait accompli après la chute de Napoléon et des Etats qu'il avait fondés pour satisfaire les desstins militaires de la France.
Tâche de la jPrusse.
Assez simple était la tâche que la Prusse avait à remplir dans ceux des territoires, jadis polonais, qu'elle avait regagnés en 1815 et qui étaient sa propriété depuis 1772. Elle devait, d'une part, s'opposer avec force à la propagande des partisans d'une grande Pologne indépendante; d'autre part, s'occuper de maintenir et de développer l'influence allemande dans les régions de l'Est. Les deux devoirs s'enchaînaient, en tant que les espérances nationales des Polonais devaient forcément perdre du terrain à mesure qu'elles seraient contrebalancées par les énergies allemandes accumulées dans les provinces de l'Est. Si celte mission de la Prusse avait été dès le début, après les guerres de l'Lidépendance, reconnue aussi clairement et entreprise avec autant de fermeté que Frédéric le Grand l'avait fait, si le gou vernement prussien ne s'était pas, au cours de ma-
lentendus passagers, laissé à différentes reprises détourner d'une direction si nettement indiquée, nous serions aujourd'hui bien plus avancés dans la voie de la solution de notre problème des Marches de l'Est. Que de fois, en politique, commit-on des fautes, non point en poursuivant avec rapidité et décision l'inspiration première, mais en ne trouvant pas, par excès de sentimentalité et de scrupules, une résolution claire et sans hésitation. En politique aussi, le parti le plus simple est, sinon toujours, du moins en général, le meilleur.
Les mots de « politique de conciliation » et de « politique des rigueurs à outrance » dont se servent les adversaires et les partisans d'une politique nationale raisonnée dans les Marches de lEst, ne caractérisent que superficiellement les différentes phases de notre politique prussienne en Pologne. Le but de cette politique a toujours été la réconciliation des sujets de nationalité polonaise avec l'Etat prussien et la nation allemande. Il ne peut y avoir divergence de vue que sur les moyens par lesquels ce rapprochement doit être obtenu. Il n'a jamais été question d'autre chose, quel que soit le caractère imprimé successivement à cette politique par Zerboni, les consf^illers de Frédéric-Guillaume IV, Caprivi ou Flottwell, Grolmann, Bismarck, Miquel et mon humble personne. Le but à atteindre en fin de compte, c'est que nos concitoyens de Pologne fassent cesser leur hostilité envers l'Etat prussien et l'Empire allemand. Seulement cette réconciliation ne doit pas s'effectuer