LA LUTTE EN FAVEL'H DE LA CULTURE ALLEMANDE
hectares en 190S et 21.093 en 1909. Mais l'achat de propriétés se trouvant aux mains des Polonais se heurta à des difficultés de plus en plus considérables, car les Polonais ne lâchèrent plus leur terre, et l'activité du Comité de colonisation d'une part, la politique de morcellement des Polonais d'autre part, eurent pour conséquence une spéculation sur les terrains, qui amena un rapide renchérissement. Si l'on voulait que l'œuvre de colonisation entreprise avec de pareils sacrifices et au prix de luttes cruelles ne fût pas finalement condamnée à la stérilité, il fallait réaliser une idée que Bismarck avait déjà exprimée en 1886 et qu'on n'a pas oublié de reprendre plus tard : l'idée de l'expropriation. La loi de 1908 donna à l'Etat le droit d'acquérir des terres de colonisation par la voie de l'expropriation. La loi était la conséquence logique de la politique de colonisation inaugurée en 1886; elle affranchit l'action du Comité des variations du marché foncier, et assure finalement à un gouvernement résolu la supériorité dans la lutte économique pour la possession du sol.
La lutte en faveur de la culture allemande.
La lutte pour la possession du sol, qui, dans son essence, a pour but de répandre en quantité suffisante des habitants allemands dans les provinces de l'Est, sera toujours l'alpha et l'oméga de notre politique nationale allemande dans lEst. Elle doit être soutenue par la lutte en faveur de la culture et de
l'éducation allemandes. Certes, nous ne voulons pas enlever aux Polonais leur langue maternelle, mais il faut que nous tâcliions de leur inculquer, .par le moyen de la langue allemande, l'intelligence de la vie intellectuelle allemande. Par la politique de colonisation, nous luttons pour l'élément allemand dans l'Est; par la politique scolaire, nous luttons au fond pour l'élément polonais que nous désirons faire pénétrer dans la vie intellectuelle allemande. Les rigueurs sont inévitables; elles augmenteront ou s'adouciront, selon que les Polonais tendront ou relâcheront leurs résistances. La fondation de l'Ecole des Hautes Etudes techniques en 1904, et, auparavant, celle de l'Académie Impériale à Posen en 1903, créa des centres de vie intellectuelle allemande dans les provinces de l'Est, centres qui, nous en avons le ferme espoir, manifesteront petit à petit leur force d'attraction.
Résultats de la politique suivie dans les Marchei de l'Est.
La politique prussienne suivie dans les Marches de l'Est a toujours été en butte à de violentes criti ques du côté allemand. L'argument le plus proban en apparence de la critique, c'est que la politiqu( suivie de ce côté n'a pas eu de résultat tangible, puis que, après vingt ans environ d'application, cette po litique n'a pas modifié d'une façon essentielle le pour centage de la population allemande et de la popula
IlÉSULTATS DE LA POLITIQUE SUIVIE 303
tion polonaise des provinces de l'Est. Or comme c'était là le but fixé par Bismarck, il faudrait considérer comme ayant échoué notre politique à cet égard, et surtout l'œuvre de colonisation. Il est exact que nous n'avons pas encore beaucoup approché du but. Nous ne pouvons avoir l'espérance d'arriver à remplir, dans un laps de temps encore long, notre tâche nationale dans l'Est, que si nous avançons, sur le chemin tracé par Frédéric le Grand, puis suivi à nouveau par Bismarck, sans chicanes mesquines sans brutalités maladroites, mais avec persévérance et avec logique. Ce qu'il nous faut avant tout dans notre Marche orientale, c'est l'esprit de suite. Lorsque je séjournai à Posen en 1902, le Directeur général de la province, qui fut de longues années député conservateur au Reichstag, M. de Staudy, chez lequel j'étais descendu, me dit à la fin d'un long entretien sur les Marches de l'Est : « Et maintenant, un seul mot encore : de l'esprit de suite ! C'est de cela que tout dépend ici; rien ne nous a fait autant de tort que nos oscillations, qui nous ont fait si souvent tomber. Allons maintenant jusqu'au bout ! ,, On ne peut pas mener à bonne fin en peu d'années le travail de colonisation allemande commencé il y a dix siècles interrompu pendant quatre cents ans, et repris depuis trente ans à peine. Il ne s'agit pas ici d'une résoluion politique d'espèce habituelle, que suit sans tarder le succès ou l'échec, mais nous nous trouvons au centre dune évolution historique à laquelle mainte génération aura encore à contribuer. Si l'on consi-
dère notre travail dans l'Est comme une étape du développement de la grande œuvre poursuivie, nous avons le droit de dire que le succès ne nous a pas été refusé. De 1886 à 1911, l'Etat a acheté 394.398 hectares de terres pour y établir des paysans allemands, et, sur ce total, 112.116 hectares ont été achetés aux Polonais. On compte 150.000 âmes allemandes dans les propriétés de colonisation. On a fondé 450 nouveaux villages, et la population allemande s'est augmentée dans 300 villages. Les résultats obtenus dans l'Est grâce à la politique de colonisation ont été exposés d'une façon convaincante, dans les discussions de la Chambre des Seigneurs sur la loi d'expropriation en 1908, par un des hommes d'Etat les plus estimables de notre temps, le comte Botho Eulenbourg. Le recul des Allemands au bénéfice des Polonais s'est arrêté, malgré la puissance prolifique supérieure des Polonais, ainsi que le prouvent les derniers recensements. Ce sont là des résultats d'une valeur appréciable; ce sont les premiers pas sûrs vers un but encore éloigné, qui peut être atteint, si nous ne nous lassons pas de cette lutte coûteuse et certainement incommode, et si des périodes passagères de politique du moment ne refoulent pas derechef à l'arrière-plan les grandes et permanentes exigences de la politique nationale. Nous ne devons pas non plus nous faire illusion sur ce point, que l'Allemand, dans la lutte des nationalités, ne possède pas encore partout la force de résistance désirable, que dans celte lutte, il court encore trop souvent le risque