ESQUISSE HISTORIQUE
Conférence prononcée au Club Cartier-Macdonald, le ler mars 1894, par le président M. J.-E. PRINCE, avocat.
Monsieur le Vice-Président, (;) Mesdames, Messieurs :
Les Canadiens-Français occupent une position unique dans la Confédération. Quoique chez eux, dans leur Province, ils sont un contre cinq dans ce vaste Dominion. À cette infériorité numérique, il faut joindre les différences marquées de race, de religion, de langage, de traditions. C’est ainsi que les accidents de l’histoire nous ont condamnés à vivre au milieu de divers antagonismes, et, pour ainsi dire, en état de siège, même en temps de paix. Evoluer comme peuple, dans de telles conditions et conserver notre autonomie, voilà, si je ne me trompe, le problème de notre destinée nationale.
Poser simplement la question, mettre en lumière divers éléments qui la composent, faire appel au secours de l’histoire pour nous guider dans ce rapide examen, tel est le but de cette causerie, qui ne vise aucunement à l'élégance littéraire ou à la nouveauté des aperçus, encore moins à une leçon de sociologie.
(1) M. J.-I. Lavery, avocat.
J'avoue que j'éprouve un peu d'embarras. Le Club Oartier- ! ont Macdonald, qui se compose de galants hommes, a cru devoir ! cal admettre les dames à cette réunion, et, d’autres parts, il a aussi ! Lé: lancé des invitations à des personnages considérables de : de notre monde politique. Ils ont songé sans doute que si, d'un ! Frs côté, l’on désirait donner quelques marques d'intérêt à leur modeste Association, l'on saurait bien faire la part de l'inex- ! sén
érience dans ia personne du discoureur,et que, d’un autre, sans | jar e concours de l'éternel féminin, une compagnie est incomplète, ! ïito
mutilée, et la politique elle-même sans charmes. | suc
C'est l’excuse que j'invoque pour eux et pour moi, en com- # l’on
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Grarneau a dit, quelque part dans sa grande Histoire, que la Msur condition d'existence pour les Canadiens-Français est de lutter Lilo 1 sans cesse contre l'élément anglo-saxon qui les entoure. “plu
Cette vérité est si évidente qu'il suffit, pour s’en’convaincre Man de parcourir quelques pages de cette même histoire. En cffet, Mu: que sont les divers événements dela Domination française, ceux Me , qui sé sont déroulés ensuite, depuis la Cession, sous la Domi- “qe |’ nation anglaise jusqu’à nos jours, sinon, à peu de chose près, une put lutte perpétuelle des deux éléments en présence ? où l:
Sous la Domination française, c’est la lutte pour la civilisa- M tion, le commerce, 1e territoire, et finalement la mattrise abso-{ les du pays 1
Les Français luttent d'abord pour répandre les lumières de M l'Evangile chez les naturels ; mais ils sont aussitôt forcés" d'épouser la querelle de ces derniers dans leurs conflits avec les Indiens de la Nouvelle-Angleterre. Ceux-ci, à leur tour, ne tardent pas à recevoir du secours de l’Anglo-Saxon qui envahit déjà les états voisins. À mesure que le territoire se peuple des sujets de la fière Albion, la lutte prend un caractère nouveau. Les # Indiens s’effacent peu à peu, en attendant leur prochaine dispa- “hi rition de la scène, alors que les événements européens se préci: pitent, que l'Angleterre va se rendre maîtresse de tout le nord pi du continent et déposséder la France. . 9
A partir de 1763 et surtout des événements de 1789, qui ou # vrent une ère nouvelle sur le monde, le sort des Canadiens est irrévocablemens fixé. 4
Après la bataille de Ste-Foye et le traité de 1768, l’on serait tenté de croire toute hcstilité finie. Les brillants officiers qui
nb Cartiercru devoir s, il a aussi érables de que si, d’un érêt à leur | de l’inexautre, Sans incomplète,
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ont conduit la guerre du côté de la France, les uns, comme Mont-
calm, sont tombés sur le champ de bataille ; les autres, comme | Lévis, ont traversé les mers pour ne plus revenir. Le Fort : de Québec est ruiné. Nos familles influentes retournent en ; France, et la colonie, bouleversée par une longue guerre,est réduite à une population d'environ 60,000 habitants, la plupart disséminés sur leurs terres. La lutte n'est-elle pas terminée à jamais ? Non, non. À ceile pour le commerce, la domination ter- | ritoriale ; à celle contre ou pourles aborigènes, une autre va * succéder, autrement meurtrière, si je puis dire ainsi ; lutte que : l’on considèrera en quelque sorte comme le règlement de celle qui vient d'avoir lieu.
| Pour avoir changé de terrain, elle n’en sera pas moins vive ni ‘menée avec moins d'acharnement. Nous n'entendons plus, “sur nos bords, le cliquetis des armes. L'ombre de Bourlamaque, de Montcalm, de Lévis, de Wolfe et de Bourgoyne, ne plane “plus sur la vieille cité de Champlain Le silence dort “au milieu des camps et la pirogue indienne, qui ne reconnait “plus ses vieux guerriers, glisse en paix maintenant sur l’on- “de couranie des rivières..…....Mais voici le temps de la légalité, de hé arte politique et civile. Le droit du vaincu est disputé, les garanties des traités foulées aux pieds. C’est le temps
où la tribune politique résonne de ses plus mâles accents. Ce
en ét:
ont les flèches de la parole et l’épée du patriotisme qui sont appelées, cette fois, à dénouer la nouvelle querelle cent fois éteinte et cent fois renouvelée, rocher de Sisyphe menaçant sans cesse de nous écraser sous les décombres, Phœnix de la fable renais- Msant toujours de ses cundres. Quelle lutte, Messieurs, que celle ue nons imposa le sort des anciennes batailles ! Les luttes main armée se dénouent bien vite ; mais la victoire qui attend de paisibles lutteurs pour la liberté politique, est bien tardive parfois. Quelles dates que celles de 1791, 1774, 1840, 1367 ! à Ainsi, Messieurs, jusqu'ici s’est réalisée la parole du grand historien ; et, quand on songe au présent époque de fermentation Toujours la même, où les mêmes éléments sont aux prises, en dépit des alliances, qui peut dire que la lutte qui fut la loi du passé, ne sera pas celle de l'avenir ?
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: #*x 4 Certes, lafusiondes races, voilà qui forait disparaitrebien des obstacles du chemin ; maïs leur assimilation est-elle possible ? Il est des races qui se sont fondues ensemble.à l'origine des
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peuples, pour faire un tout plus ou moins homogène et fonder une famille commune. D’autres ont résisté, comme la nôtre, à la fusion, de même que ces éléments chimiques qui se refusent à former un composé dans lequel leurs propriétés particulières disparaîtraient. Mais s’il en est qui ont pu s'associer dans une certaine mesure, comme on l’a vu parfois dans le cours de l’histoire, grâce à certaines révolutions, sous la main d'un fondateur d'empire, par exemple, elles ont gardé dans leur alliance leur caractère distinctif que rien n'a pu effacer et sont demeurées de ces races dignes d'elles dont un publiciste a dit qu'elles ne meurent jamais.
“ Quoi qu'on fasse, dit Garneau, la destruction d'un peue le n’est pas chose aussi facile qu'on pourrait se l'imaginer. ” Ét il observe justement, en la comparant à celle des antres, dans la République voisine, la force irréductible de la race française. Puis il ramène la question à l'Angleterre même, où Guillaume-le-Conquérant n'avait que 50,000 hommes à sa suite, quand il en fit la conquête. Or, si l’on considère le fait que, dans cette invasion, toute rapide qu'elle fut, il dut perdre assez de monde dans les combats, à la bataille d'Hastings surtout qui décida du sort de l'expédition normande, l’on s'étonne à bon droit qu'il ait fallu quatre siècles à l’Anglo-Saxon pour absorber ce petit noyau d'étrangers dans son sein. Et encore, la race normande disparut à la vérité, mais non sans laisser après elle, partout, dans les lois, le langage et même la constitution du pays,— car ce furent les barons normands qui signèrent la grande charte—des traces indestructibles de son passage. De l'arbre abattu au centre même de la vieille a des rameaux furent implantés ailleurs, et c’est ainsi que les Iles de la Manche sont encore, aujourd'hui, peuplées des descendants de ceux qui avaient suivi, autrefois, Guillaume-le-Conquérant.
Selon toute apparence, disait, il n’y a pas longtemps M. Bourinot, alors président de la Société Royale du Canada, devant l'élite de la société d'Ottawa, l'épreuve d’une conquête normande n’est pas près de se faire au pays.
Non, selon toutes les prévisions de l’histoire, le déclin dela race en Amérique n’est pas près de sonner , et, aujourd’hui plus que jamais, il faut que nos compatriotes des Provinces voisines en prennent sérieusement leur parti.
Quel que soit, du reste, l'avenir, messieurs, notre devoir à nous Canadiens-Français, est tout tracé : conserver à tout prix l’illustre et grande part d’héritage quenous ont lézuée nos ancêtres.
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Mais, il ne faut pas se le dissimuler, à, personne plus qu'à nous s'applique la maxime connue—"‘ Eternal vigilance is the price of liberty." La lutte, quelles que soient les conditions duns les-
+ quelles elle se présente, quels que soient les progrès que nous en
Lo =, en
| ayons tirés jusqu'ici,
quelles que soient les pertes qu'elle ait pu nous faire subir, est une de nos obligations permanentes, et la question, toute la question, à notre humble avis, n'est pas si
+ nous devons faire face aux éventualités qu’elle présente, mais de
quelle manière nous devons combattre, dut-elle, du reste, se
Put à Sœus
prolonger indéfiniment, parce que, encore une fois, les intérêts à sauver sont de ces intérêts primordiaux qu'il n’est permis à aucun peuple sur terre de délaisser, sous peine de déshonneur, d'infamie et de mort.
C'est ainsi que les anciens Canadiens comnrirent leurs devoirs civiques et que, par degrés, ils arrachè: ut aux vainqueurs ces victoires partielles qui forment aujourd'h::i je faisceau de nos libertés.
Voyez. Aussitôt après la Cession, le Régime militair. nous est imposé. C'est celui des révolutions : régime autocratique, absolu et sans contre-poids. Puis, vient le Gouvernement militaire, un peu moins rude que le premier et qui dure, aussi, plus longtemps. Le troisième est désigné sous le nom de “ Gouvernement civil absolu ”. Chacun de ces règnes dure en proportion de sa légitimité. Le premier vit 8 ans, de 1760 à 1768 ; le deuxième, 11 ans, de 1763 à 1774, à l’Acte de Québec , le troisième, 17 ans, de 1774 à 1791. ‘“L’Acte de Québec” constituait un progrès sur ce que l'on a appelé “ Le Gouvernement militaire” ; et ‘“ le Gouvernement civil absolu ”, un progrès sur le dernier. La Charte de 1791, malgré de nombreuses imperfections, donne au moins un gouvernement, dit Garneau, où le peuple va avoir une voix pour faire connaître les abus, s’il ne peut obliger absolument l'Exécutif à les réformer, car c’est un parlement sans ministère. Avec tous ces défauts, la Constitution de 1791 marque une date mémorable dans l’histoire politique du pays. Cette constitution dite libre est célébrée, à Québec, par des réjouissances publiques. Il se donne un grand banquet. Une association est en même temps formée sous le nom de “Club Constitutionel”, dont le but est la diffusion des connaissances politiques dans tout le pays. Toutes les semaines, pendant long-
temps, ses membres se réunissent pour y traiter commerce, politique, science et littérature. L’instruction publique, l’hérédi-
tédela noblesse, l'ar: élioration de l’agriculture, sont, ur mo-s4,e ment, discutées avec enthousiasme. Mais la Presse est encore nati muette. À peine l'opinion la plus innocente peut-elle se faire en- 40m tendre à couvert de l’anonyme. La Guzette de Montréal parle du ban-#+ quet sans oser mentionner les noms des assistants, ni le licu Liéc où il est tenu. Elle annonce simplement que cette constitu-"
tion a été fêtée par un banquet de jeunes citoyens, à Québec...h »,
Toutefois, messienrs, nous datons vraiment de cette époque, 4 au point de vue politique, sous la Domination anglaise. La ge Constitution de 1791 est la première charte de nos libertés. Elle accordait au Bas-Canada, qu’elle divisait du Haut-Canada, dip un Conseil législatif de 15 membresnommés à vie par la Couron-* peet ure Assemblée Législative de 50 députés élus par le peuple. # Mais, à cette époque, nons sommes 160,000, dit Garneau, dans®# cette Province, quand,dans l’autre, ils ne sont que 40,000. Sur 200-% « 000 âmes, il s’en trouvait seulement 25,000 de race étrangère à la 4»; nôtre; et cependant, en dépit de cette énorme disproportion, sur g 15 Conseillers législatifs, 9 d’origine anglaise sont nommés. Aux élections de 1792, 15 députés d’origine étrangère parvien-” nent à se faire élire, et peu s’en faut qu'ils n’imposent le prési- ÿ, dent de l’Assemblée au début de la session. Quel progrès, toutefois, sur les régimes disparus ! Sous le régime militaire, en 8 ans, les lois françaises abolies, pour n'être rétablies qu’en 1774, à; lors de l'‘“‘Acte de Québec”, alors aussi, que les Canadiens sont dispensés du serment du Test et que le libre exercice de leur re- b ligion leur est assuré.
Pour compléter nos considérations sur l’époque qui s'écoule ( de 1760 à 1791, et tirer les conclusions qui en découlent, écoutez, je vous prie, notre historien lui-même :
“Nous voilà, dit-il, arrivé à la fin du XVIIIeme siècle et à l’époque de l'introduction du régime représentatif en Canada. Depuis 1755, toutes les ealamités qui peuvent frapper un peuple, se sont réunies pour accabler les Canadiens. La guerre, la famine, la conquête, le despotisme militaire et civil, la privation des droits politiques, l'abolition desinstitutions % et des lois a..ciennes, tous les maux enfin se sont appesantis à la fois ou successivement sur notre pays, dans l'espace d'un demi-siècle. On devait croire que le ja à canadien, si jeune, si faible en nombre, disparaîtrait dans ce terrible temps d’orages et de tempêtes, et que. semblable à l’esquif qui s’engloutit au milieu des flots, il ne laisserait aucune trace après lui. Abandonné, oublié par la Mère-Patrie, pour lequel son nom est peut-
sont, un mose est encore Ile se faire enal parle du bants, ni le licu ette constitu-"
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être devenu un remords ; connu à peine du reste des autres nations, dont il n’a pu exciter ni l’intérêt, ni la sympathie, il a ‘combattu, seul, toutes les tentatives faites contre son existence, ‘et il s’est maintenu à la surprise de ses oppresseurs, vaincus et ‘découragés.
É Admirable de persévérance, de courage et de résignation, il n'a jamais, un moment, cessé d'espérer. Fidèle à la religion de ses pères, révérant les lois qu'ils lui ont laissées en héritage, chérissant la langue dont l'harmonie a frappé son oreille au berceau, cette langue qu’adoptent les philosophes et les diplomates étrangers, pas un seul Canadien-Français n'a encore, dans le B.-C., renié ces trois symboles de sa nationalité: a religion, sa langue et ses lois.”
! Vous avez tous lu cette histoire qui précède l’Union.
« ‘“ Malgré les échecs que leur attiraient sanscessel’arbitraireet l'injustice de leurs prétentions, a dit unécrivain, les députés anglais ne se rebutaient pas et en émettaient tous les jours de nouvelles”. Le général Prescott, qui avait succédé à Lord Dor- Chester en 1796, fut rappel“, 8 ans après seulement, en 1799. n 1800, sous l'administration de Milnes, le gouvernement établit une loi d'éducation qui a pour effet de mettre l'instruction po sous le contrôle exclusif des protestants. Les Cana-
iens désertent ces écoles. La même année, les biens des Jé- Suites sont confisqués et un journal anglais déciare, à Québec, “ que le temps est venu où tous les moyens doivent être employés pour obtenir l’anglification de toute la Province”. C'est vers ce temps, en 1806, qu'est fondé ‘ Le Canadien ” qui, depuis,.….mais alors
En 1807, le gouverneur Craig casse le Parlement. En 1810, MM. Bédard, Papineau et l'aschereau sont jetés en prison, de même que plusieurs autres du parti français. La Métropole rappelle son gouverneur en 1811. L'on venait de passer par le
# Règne de la Terreur ”,
Sous l'administration de Sir George Prevost, le pays respire un peu et les Canadiens font, sous ce règne, la guerre de 1812. De 1814 à 1820, sous Drummond, Sherbrooke, Richmond et Maitpu les luttes de race et de religion recommencent avec plus d'acharnement que jamais. Elles sont à leur comble sous Lord Dalhousie, qui faillit faire renverser, en 1822, la Constitution de 1791, à la Chambre des Communes, en Angleterre. En 1826, Lord Dalhousie casse le Parlement, qui avait refusé de voter
des subsides au gré du gouvernement. De nouvelles requêtes
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sont cnvoyées en Angleterre, signées de 80,000 noms. Lord Dalhousie est en conséquencetransféré au gouvernement des Indes. En 1880, c’est Lord Aylmer qui est gouverneur. Trois ans après, ont lieu les 92 résolutions dirigées contre lui et tous ses prédécesseurs. O'Connell, Ellenborough, Hume et autres se font nos défenseurs, à Londres. Les troubles de 1837 arrivent bientôt, puis le fameux Acte de l'Union de 1840, destiné à en finir à jamais avec les nôtres.
Il est fâcheux d’avoir à rappeler d'aussi tristes souvenirs. Quand on lit le rapport de Lord Durham'et les conseils qu’il donne à Londres, dans le dessein de nous faire disparaître, l’on est saisi de stupeuret d'indignation à la fois.
L’Acte de 1791 donnait au pays une chambreélective etun gouvernement séparé, mais qui permettait néanmoins une ma- Jorité aux Canadiens-Français, sinon dans le Conseil, du moins dans l’Assemblée. Sans ministère, ce n’était pas grande chose au point de vue responsable. Toutefois, l'Angleterre s’obstine toujours à accorder des réformes. Quand l’Union des deux provinces sera consommée, que la majorité des Canadiens- Français sera réduite à une minorité, convaincue qu'il n’y aura plus rien à craindre, elle accordera tout, plus même qu'ils ne demandèrent jamais. A-t-elle oublié qu’en 1791 les Canadiens ne sont qu'une population de 180,000 seulement, tandis qu’en 1840 ils sont 500,000 ? Elle ne songe pas qu’il y a déjà au pays 64 collèges ou institutions supérieures, et, outre cela encore, 1500 écoles, etc...
Pendant ces dernières cinquante années, quels furent les éléments de notre conservation? Je pourrais vous relire cette grande page de Garneau qui trouve son application en 1840 comme en 1791. Ce qui a été cause que nous avons résisté ViCtorieusement à toute attaque dirigée contre nous, c'est ce fait particulier à notre histoire qu’on ne trouve presque nulle part : l’union intime du patriotisme et de la religion. Qu'il Y aurait de choses à dire sur ce sujet qui, à force d’avoir été traité et probablement aussi à force d’être oublié, est devenu un peu démodé de nos jours ! Qn aurait fort surpris Mgr Ples- SiS siégeant alors au Conseil Exécutif, si on était venu lui dire que son affaire était dans lasacristie et nuile part ailleurs. O’eût été la même chose que si l’on eût donné avis à Mgr de La- Val,sous la Domination française, de ne pas siéger au Conseil-
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