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dans ce vaste projet indique, encore une fois, la volonté déterminée de mettre, pour toujours à l’ahri de toute atteinte, de toute dispute,les droits et lex privilèges de toutes les classes decitoyens.
L'union de tous les chefs de parti en 1865 et, plus tard, la conduite des négociations, une a‘késion pleine et entière au pacte ainsi conclu, enfin la sanction impériale ajoutant à ce grand acte un caractère de solennité qui le rendait doublement sacré, tout marque qu'on a eu cette fin.
Non seulement la Constitution de 1867 est une garantie de nos droits dans cette Province, mais elle a encore étendu ou assuré ce privilége aux catholiques de toute la Puissance. Elle constitue donc non seulement une reconnaissance, mais il semble une extension de privilèges et de droits restreints auparavant à Québec, et, de plus, la plupart du temps, attaqués, contestes et niés.
Je ne crains pas d'affirmer conséquemment que cette constitution de 1867 implique de soi la victoire politique la plus glorieuse, la plus étendue et la mieux consacrée que jamais les Canadiens-Fran çais aient remportée dans tout lecours de leur histoire. L'on peut appeler à bon droit ce pacte Le Traité des Traités, en ce qu'il contient ceux du passé, dans ses dispositions qu’il affirme et étend encore davantage.
L'on dit en certains quartiers qu’il faut que la Province de Québec cesse d’être province confédérée. Un tel propos nous semble inepte au dernier point. Pour étayer pareille thèse, l’on cite les écoles du'N.-Brunswick, de l'Ile du P.-E., et celles du Manitoba et du Nord-Uuest, la auestion Riel, e.tc Malgré tout soin apporté à la rédaction d’ui anssi grand acte que celni de 67, qu’il y ait des lacunes, c’est très-possible. Toute constitution. écrite surtout, est nécessairément imparfaite. Il faudrait graver en lettres ineffaçables sur toutes les institutions, surtont les constitutions, qu’elles ne sont rien presque sans les hornmes. La constitution la plus parfaite, sans les hommes, peut devenir une source permanente de dangers ou d'oppression, tandis que la moins parfaite, la plus défectueuse peut, en pratique, faire le bonheur des peuples, avec des hommes. La question est donc principalement une question d'hommes.
Que gagnerions-nous, la Province de Québec, dans une sécession ? Notre religion serait-elle plus considérée ou acquerrait-elle, par hasard, dés privilèges qu'elle n’a point ? Ici, dans la Proviuce, ayant tout, qu'aurions-nous donc à gagner? Ail-
leurs ? Que serait-ce, quand les Catholiques de Manitoba, du N.-Ouest et des autres Provinces, n'auraient plus de parlement central où, dans tous les cas, ils ont quelques voix pour s’y faire entendre et où la Province de Québec en a 65 pour leur aider au besoin ? Sait-on ce que produirait un tel abandon?
Du côté de la langue ? Du côté du droit ? Aujourd'hui, les lois s’impriment dans les deux langues. La langue française est officielle à Ottawa, à Winnipeg, à Regina.
Cesser d’être de la Confédération, serait un suicide pour les Can.-Fr. et peut-être pour Les catholiques. Ce serait admettre qu’ils ne peuvent lutter, comme autrefois, pour la défenseet la conservation de tout ce qui leur est cher, pour leur extension, leur influence comme peuple. Ce serait manquer ainsi à leur mission providentielle et briser avec leurs traditions.
Cartier, Taché,Langevin, Madonald eux-mêmes,n’étaient pas sans doute sans appréhension. Quand Cartier disait qu’il n'y avait pas à craindre que l’on cherchât jamais à priver les minorités de leurs droits; quand John-A Macdonald, dans son fameux discours d'Halitax, disait qu'il aurait honte desonger àune union qui ne contint la parfaite sauvegarde, la garantie absolue des minorités, ils n’ignoraient pas cette histoire dont ils avaient été les principaux acteurs. Mais quand Cartier,en particulier, portait son regard dans le passé, qu’il voyait combien sa Province avait fait preuve de tolérance, de calme, de générosité et de ferme énergie, il avait droit de compter sur une même conduite à l'avenir. Il prévoyait bien les tocades et les aventures, lui qui avait conduit si longtemps la barque de l'Etat à travers les écueils et Les périls. Mais il ne prévoyait peut-être pas toutes nos divisions intestines, ni une insurrection à main armée, etc Vous dites : Et le droit de désaveu qu’en faites-vous ? Et je réponds : Que pensez-vous des déclamations concernant l'autonomie des provinces, autonomie envers et contre tout ? Que pensez vous de la fameuse conférence interprovinciale, où une résolution fut passée spéciament pour transférer ce droit de désaveu d'Ottawa à Londres ? En vérité, messieurs, nous sommes chez nous, ici, et il n’est peut-être pas déplacé d’avoir de la franchise; mais quandlaguerre prit feu dans l'Ouest et qu’ensuite eut lieu le mouvement national, l'assemblée du Champ de Mars, à Montréal ; que l'on vitles rues pavoisées de drapeaux, etc. etc. Nous crûme:s, un moment, aux préliminaires d’un nouveau 37, à une ‘“ Nouveile-[rlande ” de 1813. Quelles que fussent les intentions généreuses du grand nombre,
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jamais, il semble, l'on n'avait montré moins de sang-froid, de tactique, moins de prudence ; jamais l’on n'avait fait preuve de plus de légèreté, de provocation inutile ou intempestive. Et, pendant trois ou quatre ans, il semble qne l’on prit plaisir à ce genre de politique.
Nous récoltons peut-être aujourd’hui ce qui fut semé alors. Je ne veux rien dissimuler. Nous tous les régimes dits de liberté, il faut s'attendre à de l'agitation. Il y a aussi friction dans tout rouage. Mais nous traversons en ce moment, sous notre régime confédératif, une période bien troublée. Persécution ouverte ou déguisée dans l'Ouest, fanatisme organisé à Ontario. Il faut dédaigner jusqu’à un certain point ce qui se passe dans la grande Province-sœur. Ce qui est beaucoup plus grave, à notre humble avis, c'est la gaerre sur le terrain de l'éducation. Je ne sais rien de sale dans la nature comme un persécuteur, surtout un gouvernement de persécuteurs. Qu'en plein XIXe siècle, à la fin, il reste encore de quoi alimenter pareille intolérance, il y a de quoi stupéfier.
Un politique éminent écrivait dernièrement d’Ontario à l’un de ses amis de Québec, qu’il atait honte de sa Province. C'est M. Blake. Que faut-il dire de ce qui se passe au Manitoba et au Nord-Ouest ? Là, il y a eu violation du pacte de la Confédération. L'on dirait une tentative de protestantiser les catholiques de ces provinces. Ce n'est plus une question de parti, cela. C’est une question nationale et religieuse à laquelle la Province de Québec ne peut rester indifférente. Oui ou non, les chefs d'Ottawa sont-ils à la hauteur de leur tâche ? Et notre députation ? Que fait-elle ou qu'en faisons-nous ? Quels sont, dans la Confédération, les citoyens disposés, les partis propres à s'unir sur je terrain de la liberté civile et religieuse ? L'alliance de 1854 est-elle devenue insuffisante ? Telle est la question.
Si l’on décide dans l’affirmative, il n’y a pas de”x manières de voir: les intérêts les plus chers sont en Jeu ; suivons notre politique traditionnelle et brisons, là !
Ce serait abuser de votre bienveillance, Mesdames et Messieurs, que de revenir sur nos pas pour suivre plus longtemps Sir Greo.-Ë. Cartier et Sir John-A. Macdonald, à travers les divers incidents de l’histoire. Ce que j'en ai dit suffira pour ma thèse, j'espère. L'amitié qui unit longtemps ces grands hommes, leur union pour mener à bien les intérêts respectifs de leurs Provinces, pour contenir leur ardeur, éteindreles préjugés de part
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et d'autre, diriger leurs aspirations ; leurs travaux sans relà- la : che, pendant un si grand nombre d'années, pour mener à bien ren l'œuvre de 1867; leur désintéressement sans bornes : voilà, il lui me semble, le secret de toute la prospérité dont nous avons pu ho jouir jusqu'ici. Voilà l'exemple que nous ponvons proposer à la la génération présente. L’harmonie ne peut exister que dans la tin tolérance et l’union des races qui habitent ce pays. au
Contractueiiement, le Traité de 1867 est le dernier coup por- fai té aux querelles du pas-é. La lutte dont parle Garneau dans qu
son histoire n’en devrait plus être une que d’émulation pour le bien-être, la prospérité générale. Pourquoi faut-il qu’il en soit momentanément advenu autrement? .
Possédant la constitution la plus libre du monde, un territoire dont la fertilité est sans bornes comme l’éteudue , appelé par sa situation à jouer un rôle éminent dans ce Nord-Amérique, le Canada ne pourrait-il se développer, prospérer, comme tant d’autre contrées, la Suisse, l'Autriche, l'Allemagne et méme la Mère-Patrie, malgré la variété des races qui habitent son territoire, la variété des coutumes, du langage, de la religion, des mœurs et des traditions de sés habitants ?
Les Canadiens-Français occupent sans doute un rang à part dans la famille commune. Mais la race d’où ils descendent leur a donné aussi une place à part sur cette terre du Canada qu'ils ont, les premiers, occupée, colonisée, défrichée, arrosée de leurs sueurs et de leur sang. En même temps, ils ont bien des motifs d'admirer cette noble souche de la famille humaine, aussi, la race anglo-saxonne.
Un prédicateur dominicain distingué, le P. Mothon. dit qu'un vieux nègre des bords du Mississipi lui racanta, un jour, la fable suivante de la création du monde : se
“Au commencement, le bon Dieu, pour eupler laterre, voulut créer un homme de chaque nation. Il prit pour cela une motte de terre, la pétrit, et, en détachant un morceau, en façonna successivement un nègre, un chinoise, un indien, et ainsi de tous lesautres peuples. Quand la motte de terre fut épuisée, il manquait encore deux hommes pour arriver au nombre qu'il s'était fixé. Que faire ? Ne trouvant pas de terre à son gré, le bon Dieu étendit le bras et saisit le premier animal qui lui tomba sous la main Il lui rogna les ailes, lui forma des bras et des jambes, souffla sur lui pour lui donner une âme. et le plaça dans un coin de la terre. Ce fut le premier Français. D’un second mouvement semblible au premier, le Créateur étendit encore
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la main, et, saisissant de nouveau le premier animal qu'il rencontra, cette fois, il se trouva que c'était une fourmi. Il lui fit subir les mêmes opérations, lui donna la figure d’un homme, lui insuffla une âme, et le plaça dans un autre coin de la terre. Ce fut le premier Anglais” Et voilà pourquoi, continue l’orateur, les Anglais et les Français, sortis d’un animal, au lieu d’être sortis d’un morceau de terre, ont toujours mieux fait leur chemin que les autres dans ce bas-monde ; mais voilà qui peint, aussi, leur caractère. L'Anglais est demeuré toujours quelque peu fourmi, et le Français toujours un peu papillon”.
Les Anglais sont d'une race supérieure. Nul ne déploie plus d'intelligence, de ressources, d’habileté, dans le commerce, l’industrie et la spéculation. En cela, ils n’ont pas d'égaux, nulle part probablement. Leur moralité, leurs vertus de famille même sont à imiter. Que dire de leur esprit public ? Regardez ce qu'ils font, dans ce pays, par exemple, pour leurs institutions, pour le nom britannique Ils sont dominateurs par nature. Qui ne le serait avec de pareilles qualités ; leur tempérament est de fer et, je vous l'avoue, quand j'examine ce qui se passe ailleurs en certains pays, je me sens fier d’être sujet de l'Empire. Et je ne suis pas seul. Le voyageur qui parcourt les mers, à couvert du drapeau britannique, se sent, malgré lui, orgueilleux d’être sous une telle dépendance. C’est un glorieux empire, Messieurs, que l’Empire britannique, sous sa Majesté Victoria 1re. Dans ce siècle, les Anglais se sont partout illustrés, dans le champ immense de l’activité humaine. Dans la politique, nommez un peuple qui puisse lui disputer la palme. Du fond de son île, il gouverne le monde. Ses sujets sont partout, son domaine illimité comme ses richesses.
Ah! nous sommes loin d’être de ceux qui voudraient l’humiliation de la race anglaise, au Canada ou ailleurs. J'un des premiers facteurs actuels de la civilisation dans le monde, la race anglaise, si elle disparaissait seulement de cette Province, ce serait un malheur public, et le progrès matériel reculerait de cinquante ans. Sans doute, ils ont joui d'avantages exceptionnels et que nous, nous n’avons pas eus, dans le passé. Mais, comme ils savent profiter de ce qu'ils acquièrent, partout où ils se trouvent! Un Anglais s'enrichit dans le commerce ou l’industrie, son établissement finit-il ovec sa fortune ? Oh! non, ses enfants, au lieu de dissiper ce que le père a ramassé, rivalisent d'ardeur pour accroître le patrimoine commun. Nous gagnerions à les imiter sur plus d’un point ; mais ils pourraient
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nous emprunter, sur plus d’un autre. Je suis d'autant plus à l'aise pour leur dire de dures vérités, que ce Club leur est commun avec nous etque nous sommes en famille. Nous gagnons à nous connaître.
Les Anglais voient le côté pratique en toute chose. Ils n'ont pas l'esprit des hautes spéculations. L'un des grands côtés de l’âme humaine leur échappe. La haute culture intellectuelle, celle des Lettres et des Arts, ne sera peut-être jamais leur trait distinctif non plus. Leur désintéressement n’est pas ce qu'il y a de mieux. Car les Anglais de ce continent reproduisent le type européen dont ils descendent, de même que les Français d'Amérique révêlent partout les qualités éminentes ou les défauts de leurs premiers ancêtres. Les Anglais sont égoistes, et le british fair play, l'on dirait parfois, n’est fait que pour eux. Les Canadiens-Français sont désintéressés, au contraire, d’une générosité qui ne compte pas. Les causes les plus sacrées de l'humanité les passionnent et trouvent un écho dans levr âme. Ils éprouvent le besoin de socialiser, si je puis dire ainsi. Ils inclinent à la diffusion des idées et sont nés missionnaires. Ils font la guerre avec entrain, gaieté, sont sûrs dans l'amitié et n’ont jamais désespéré. Leur force d'expansion ne connaît pas d’entraves.
Deux civilisations se développent et sont appelées à se déployer parallèlement dans ce Dominion du Canada Les rivalités ennemies doivent disparaître, une bonne fois, pour faire place au travail et à l'émulation. C’est l’idée qu'ont eue Cartier et Macdonald, qu'avait entrevue Lafontaine, que nous sommes appelé à réaliser. Nous sommes les plus faibles. Soyons fidèles à nous-mêmes et à notre histoire. 11] y aura toujours des alliances sur le terrain politique ;et la politique, quoi qu’on puisse faire, c’est, surtout pour nous, l’art de concilier. La situation des peuples contemporains est autrement favorable aujourd'hui, qn'elle le fut autrefois. Un facteur important
nouveau, : wnifestation si rapide, aujourd’hui, de l’opinion : !,
Les , : n'es causes acquièrent ainsi un appui et une force sur iest.…- . utrefois, ilfallait à peine compter. Oui,
justice pour tous, droits égaux pour tous. Ces causes feront toujours battre, chez nous et autour de nous, des cœurs généreux. Vous l'avez vu, aux mauvais jours de l’histoire, et j'ai vouiu en proposer un exemple dans deux des hommes les plus illustres que la cause nationale ait jamais eus.
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Tout semble perdu quelquefois, dans la vie des peuples comme dans celle des individus, et il vient un temps où l’injustice triomphe. Mais, derrière les événements, il faut bien se souvenir qu'il est une Providence souveraine qui mène tout et que c'est ;, ors que l'on croit tout perdu que, souvent, tout est gagné.
Quel que soit son avenir, notre nation ne fait que prendre place parmi les autres. Notre pius grand ennemi à combattre, c’est nous - mêmes. ‘ Franc et sans dol.”’ la devise de Cartier, peut fort bien £'allier à celle de Macdonald—Per mare, per terras—qui marque l'empire. Elles se complètent l’une l’autre. Les espérances de la seconde sont contenues dans la première, et c’est la main dans la main qu'il faut marcher vers l'avenir.