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Si l'on voulait avoir la franchise d'en convenir. telle serait effectivement la déduction qui devrait découler de notre histoire coloniale depuis la Révolution.
Eh bien, c'est précisément contre cette opinion que nous avons l'intention de nous inscrire ici.
Nous voudrions faire toucher du doigt que, si la politique coloniale et les colonies ont été de nos jours tellement onéreuses à la France que le moindre souci de l'intérêt publie aurait dù nous conseiller depuis longtemps d’y renoncer, cela a purement été par ce motif que, depuis 1789, nous nous sommes départis en cette matière des règles et des principes que l'ancien régime nous avait légués. À
Lorsque dans un instant nous aurons expliqué en quoi consistaient ces règles et ces principes, que l'Allemagne n’a pas manqué d'adopter pour ses colonies et que l'Angleterre, de son côté, après nous les avoir empruntés, s’est bien gardée d'abandonner, nos lecteurs seront émerveillés de les trouver aussi simples, aussi efficaces et aussi pratiques. Et,
1. Cette question a été traitée avec une grande puissance d'analyse par M. Yves Guyot dans son récent volume: Lettres sur la polilique coloniale.
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12 NOTRE POLITIQUE COLONIALE AU XIXe SIÈCLE
dès lors, ils comprendront comment il se fait que, sans engager les finances de l'État ou augmenter ses responsabilités, la France du xvu® et du xvin siècle ait pu couvrir de ses essaims la plupart des terres situées au delà de l'Océan. Après les publications qui ont vu le jour depuis ces dernières années, il n’est plus permis, en effet, d'ignorer aujourd'hui que si, pendant ces deux siècles, notre expansion coloniale n'avait pas été annulée à Paris par une politique continentale des plus imprévoyantes, l'Amérique du Nord, toutes les Antilles sans exccption, la majeure partie des Indes, nous appartiendraient en propre et seraient à cette heure habitées par une population d’origine française.
Et, en nommant ici l'Amérique du Nord, les Indes et les Antilles, nous n'entendons citer que les contrées où nous étions déjà établis à l'époque néfaste du règne de Louis XV, sans tenir compte des pays découverts avant ou après, et sur le territoire desquels, par la suite des temps, comme ont fait les autres peuples, 1l nous aurait également été possible de nous implanter.
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Ever dans laquelle on est quand on prétend que là France n'est pas un pays colonisateur, — Preuves tirées de Fhisto’re ancienne, de celle du moyen âge et de histoire moderne, — Si, depuis la Révolution, nous ne colonisons plus, e'est que notre force d'expansion subit un temps d'arrêt, — Nécessité pour comparer la politique coloniale de l'ancien régime à celle ce la France de la Révolution, de connaissances préliminaires sur les pays où la France alla fonder des colonies au xvH ct au XVIe siècle,
Nous ne serions pas surpris Si, en nous voyant parler ainsi de l'expansion et de la puissance colo nisatrice de la France, quelques-uns de nos lecteurs étaicnt portés à nous accuser d'erreur où à tout le moins d'exagéraltion ; car actuellement, lorsqu'il est question de colonies ou de poiitique coloniale, on se heurte sur-le-champ à une idée toute faite, qui a tormé le fond de la plupart des discours ou des écrits auxquels ont donné lieu les expéditions du Tonkin et de Madagascar : à savoir que la nation
française n'appartenait pas à une race colonisatrice.
On doit se souvenir, en effet, que cette assertion a été répétée à lenvi tant à la tribune que dans la presse; en dernière analyse, c'est même à lassentiment universel qu'elle a rencontré et que du reste elle rencontre encore, que cette question de colonies et de politique coloniale a dû de n'avoir pas été examinée alors, notamment par l'extrême gauche, avec toute l'attention qu'elle méritait.
Assurément il n’est pas contestable que, depuis la Révolution, les Français n'ont pas fait preuve d'une grande tendance à sortir de leur pays et à émigrer. et il faudrait en vérité être bien osé pour élever le moindre doute à cet égard, Mais le mal a été que personne ne s'est avisé de se demander si ce fait ne provenait pas de quelque cause spéciale, d'ordre tout temporaire, qu'on devait essayer de découvrir. Tout le monde s'est comme donné le mot pour raisonner comme si nous n'existions que depuis 1789, et, de ce qu'il était avéré que nous ne colonisions plus depuis la Révolution, chacun s'est empressé d'en conclure que nous n’étions pas un peuple colonisateur ; et cela, chose curieuse, quand linverse est attesté par un passé de plusieurs milliers d'années, et quand notre histoire, prise au point de vue
de la colonisation, n’est qu'un long témoignage de ce
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