‹ La politique coloniale sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 22 sur 126 · ANTIQUITE, MOYEN AGE, TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

ANTIQUITE, MOYEN AGE, TEMPS MODERNES

trouvés là en présence de frères venus jadis des bords de la Somme, de la Loire, de la Seine, du Rhin et du Rhône; mais, de part et d'autre, on iunorait depuis quand,

Voilà pour Fantiquité, en ce qui regarde l'Europe et l'Asie, Car nous laissons de côté FAfrique, où il est connu qu'il subsiste de nombreuses traces du séjour de nos aïeux. Des auteurs soutiennent même que les Kabyles sont les descendants d'une invasion de Celtes restés dans le pays, Maintenant, si Fon n'était pas convaincu, on pourrait nous suivre à des temps plus rapprochés, Dans les environs du xu° siècle, on assiste à un formidable essor des facultés d'émieration de notre pays,

Vers cette époque en effet, pendant deux sicles consécutifs, on voit la France à la tête d'une partie de l'Europe se ruer sur l'Orient, l'Égypte, la Syrie. l'Asie Mineure, les îles de la Méditerranée orientale, la Tunisie. Sans doute, c'était sous couleur de relieion, et ces invasions portent le nom de croisades, Mais, au fond, elles avaient st bien le caractère de migrations et de conquêtes, suivies d’une occupation permanente, et les hommes qui les composaient élaient si bien dans Fintention de s'établir définitivement dans les contrées que nous venons de nom-

mer, que ces contrées sont littéralement semées de

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ruines de châteaux forts bâtis par eux. Une preuve des plus péremptoires que la question religieuse n'était qu'un prétexte pour les croisés, c'est que les rangs de leurs troupes étaient ouverts aux sectateurs de Plslam, et que, près de sept siècles avant nos bataillons de Turcos, ils avaient des régiments de Turcoples qu'ils employaient contre les musulmans à titre d’auxiliaires, et qui se battaient fort bien, Quant à la preuve que la grande majorité des croisés |J était bien composée de purs Gaulois, elle se trouve dans ce fait que tous les actes privés ou publics émanant d'eux ét qui nous ont été conservés, sont écrits en français et la plupart en langue d'oil.

Ce ne fut pas d'ailleurs seulement dans le Levant

qu'à ce moment-là, la France alla à la recherche de

terres à prendre, Vers les mêmes temps, des émi-

erants gaulois, ayant à leur tête Henri de Bour- | gogne, passaient dans la péninsule ibérique, où ils ( fondaient 1e royaume de Portugal. D'autres encore |

semparaient du midi de Fltalie et de la Sicile, alors aux Grecs et aux Sarrasins, D'autres enfin, sous la conduite de celui qu'on devait appeler par la suite

Guillaume le Conquérant, traversant la Manche, écra-

1. Voir les Colonies franques de Syrie aux Xi cE xt siècles, par E, Rey, Paris 1883, chez Picard,

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XI'Ie

ANTIQUITÉ, MOYEN AGE, TEMPS MODERNES 1 saient les Anglo-Saxons à Hastings et se partageaient l'Angleterre.

IL nous semble que, lorsqu'un peuple a un pareil passé dans son histoire, il faut une singulière défaillance de mémoire pour prétendre qu'il ne possède pas les qualités qui constituent Fémigrant et le colonisateur. La vérité est plutôt, au contraire, qu'il fait partie d'une race tout particulièrement travaillée d'un invincible besoin d'expansion ; besoin d'expansion qu'à certaines époques et sous l'empire de certaines circonstances, on pourrait peut-être considérer comme épuisé, mais qui pour nous en ce cas ne peut jamais être qu'à l'état du repos, et avec les retours duquel, à notre avis, de véritables hommes d'État auront toujours raison de compter.

Et, quand nous parlons ici de ces retours, ce n'est pas sans motif; cest que nous avons un précédent. Au xve siècle, eneffet, on vit ce gigantesque mouvement d'émigration s'arrêter net, etrester, sans donner signe de vie, pendant près de deux cents années: car il ne nous parait pas nécessaire de citer un certain nombre de petites entreprises, comme la conquête des Canaries, que Îles historiens ont à peine jugé bon de mentionner, Mais nous ajouterons

que cette éclipse — car ce ne fut qu'une éclipse,

-- pourrait aussi bien s'expliquer que celle dont

nous subissons les effets depuis la Révolution. Elle vint d’abord de la guerre de Cent ans, qui nous obligea de nous défendre sur notre territoire ; puis, après la guerre de Cent ans, de nos expéditions d'Italie, et de nos guerres de religion. Ce qui démontre toutefois souverainement que ce besoin d'expansion n'était alors qu'assoupi chez nous, et ce qui donne en conséquence le droit de supposer qu'à l'heure actuelle, il en est de même et qu'un de ses réveils est peutêtre proche, c'est que, à peine le règne de Henri IV etle commencement de celui de Louis XHT nous avaient-1ls permis de nous refaire, il reparaissait out à coup avee une remarquable puissance, pour durer pendant tout le xvnf et pendant tout le xvint siècle, Seulement, cette fois, ce fut vers les vastes continents découverts par Christophe Colomb et Vasco de Gama qu'il devait se donner carrière, Et l'on en comprend la cause: c'est que l'état de l'Europe chrétienne aurait interdit, à ce moment-là, ces inigrations d'autrefois avec les dépossessions en masse qui en élaientlasuile; et puis, une autre raison qui fut peut-être la principale, c'estque ces nouveaux continents renfermaient des richesses qu'on aurait vainement demandées à l'ancien.

On pense bien que nous ne voulons pas raconter ici

{out ce que nos compatriotes entreprirent durant

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