‹ La politique coloniale sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 23 sur 126 · ANTIQUITÉ, MOYEN AG E, TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉ, MOYEN AG E, TEMPS MODERNES

ces deux siécles d'expansion, sur tous les points du #lobe, C'est un volume entier qu'il faudrait. Mais nous signalons le sujet aux écrivains que l’abondance des matériaux ne serait pas de nature à décourager, Tout ce que nous pouvons dire, c'est que l'histoire qu'on pourrait écrire à ce propos serait la réfutation la plus décisive de tout ce que l'on a prétendu pour soutenir que la France n'était pas un pays d'émigrants et de colonisateurs.

On s'explique que nous ayons tenu dans cette courte digression à rétablir la vérité en ce qui regarde la force d'expansion coloniale de la France.

Nous allons maintenant rentrer dans la question qui nous occupe, Mais, si nous devons parler de ce dernier grand courant d'émigration. il ne faut pas que l'on compte sur de grands détails de notre part; ce sera très indirectement et d'une façon sommaire; uniquement parce que ce fut à son occasion et en vue d'ajouter à notre pays des lerritoires nouveaux qu'elle désirait faire peupler el mettre en valeur, que la royauté française édicta l'ensemble des principes et des règles que nous avons l'intention de rappeler,

Cependant, avant d'en arriver encore là, comme après toutnotre principal dessein dans cette étude est

d'établir un parallèle entre la façon dont les colonies

et la colonisation ont été comprises sous l'ancien régime et ce que nous avons fait sous le même rapport depuis la Révolution, nous croyons indispensable de donner un certain nombre de renseignements; sans quoi, nos lecteurs manqueraient des éléments les plus essentiels pour une bonne comparaison.

En premier lieu, nous devons dire dans quelle mesure, vers 1626, c’est-à-dire à l’époque où se dessina le courant d’émigration dont nous parlons, l'ancien monde ou, en d’autres termes, l’Europe, connaissait les contrées dont Vasco de Gama et Christophe Colomb avaient révélé l'existence; et nous exposerons ensuite quelle était la situation diplomatique de ces pays vis-à-vis des nations de cette même Europe, au moment où l'émigration française allait s’y porter.

Ce n'est que de cette manière que l’on pourra avoir une connaissance complète des conditions où la France de l’ancien régime et celle de la Révolution se sont respectivement trouvées pour tout ce qui a eu trait à leur œuvre de colonisation.

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41494, tous les pays découverts par les ve siècle avaient été attribués exelune, — Des guerres heules contrées appartenant ème de celles

grands navigateurs du x Gvement au Portugal et à l'Espag reuses avaient pu ouvrir à l'Europe au Portugal, mais il n'avait pu en ètre de m de l'Espagne. — Pourquoi, lors de la Réforme, l'Espagne fut l'inébranlable champion de la Papauté. — Échec des négola cour de France auprès de l'Espagne afin d'obtenir pour les colons d'Europe la liberté de Sétablir aux Indes occidentales. — Article secret du traité de Vervins, — Pourquoi, au xvIt° et au XVITT® siècle, nous eûmes un aussi grand nombre de corsaires capables et expérimentés.

ciations poursuivies par

IL faut savoir avant tout que, vers 1626, les terres habitées ou non, situées hors d'Europe et auxquelles on donna jusqu'à la fin du xvi siècle le nom générique de « Indes occidentales », étaient loin d'être complètement connues

Certes, on avait bien dressé des cartes de la plupart d’entre elles. Mais, si les côtes en avaient été plus ou moins exactement relevées, il n’en était aueunes, sauf aux Indes occidentales, le Mexique et

le Pérou, où les Européens eussent pour ainsi parler pénétré dans Pintérieur, I n'y avait de réellement connu que les points du littoral où des établissements avaient été formés; un grand nombre d'îles n'avaient même pas encore été rencontrées par Îles navires d'Europe, Quant à l'immense archipel des Antilles, qui ferme le golfe du Mexique et où lémigralion française devait plus particulièrement converger, on en savait simnlement ceci: que, dans la direction de FOues!, äuù 10° au 30° dégré de latitude, il existait plusieurs groupes d'îles, dont quelques-unes seulement avaircut éte côtoyées et décrites. En somme, à cette époque, tout demeurait en très grande partie à découvrir et à explorer. On conviendra qu'il y avait déjà de ce chef une première difficulté pour des entreprises coloniales dans ces régions. Mais on ne doit pas se figurer que ce fût la seule, De prime abord, effectivement, on serait enclin à supposer que ces contrées plus ou moins inconnues étaient des terres libres, c’est-à-dire que, de par le droit public européen, elles étaient susceptibles de devenir la propriété du premier occupant; ce qui signifie qu'une nation n'aurait dû avoir qu'à y mettre le pied la première pour en acquérir la souveraineté, Eh bien, au contraire : il n'en était rien,

Lorsque au xv° siècle en effet, Portugais et Espa-

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| FA E QUAND LA FRANCE VOULUT Y CRÉER DES COLONIES 25 (à | | parler unols avaient vu les efforts de leurs navigateurs | [| lement couronnés d'un plein succès par la découverte de 1 blisse- | la Chine, des Indes et de FAmérique, presque im- A. » d'iles médiatement ces deux peuples s'étaient pris Fun } ar les ‘ pour l'autre de la haine Ja plus féroce, S'enviant À 1 des réciproquement leurs possessions, chacun d'eux } l'émi- soutenait que les terres dominées par l'autre lui i L con- appartenaient depuis longtemps à titre de premier ‘A \ ans Îa occupant, De là des conflits sanglants toutes les À » Jali- fois qu'un navire espagnol rencontrait un vaisseau 4 | quel- portugais, et vice versa. Les rapports du Portugal à | rites, et de l'Espagne s'étaient à la longue si bien enved'très nimés et aigris, qu'une guerre implacable était sur n vien- le point de les mettre aux prises, C'est alors que Île L difti- pape Alexandre VLerut de son devoir de s'interposer. {| IONS. Son arbitrage, accepté des deux parties, donna licu À eule, à la bulle de 149% On connait cette bulle, qui fut i | in à un des actes les plus importants de la papauté au a? UCS xv® siècle, Traçant une ligne imaginaire passant If! r le à un point déterminé à Fest des Açores, par celte (1 s de bulle, Alexandre VE attribuait à l'Espagne tout ce À ' qui qui était à droite de la ligne, c'est-à-dire du côté de ‘ | {tre l'Amérique, et au Portugal tout ce qui se trouvait }l | l'a i- à gauche, autrement dit par delà le cap de Bonne- nil Espé ‘ance, | pa- | Comme la science oflicielle, dont le pape était à | | 2 fn A

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cette époque le gardien suprême, n'admettait pas alors, comme on sait, que la terre fût ronde, en reléguant ainsi les uns à droite et les autres à gauche, Alexandre VI s'était bercé de l'idée qu'il empêcherait à janais toute rencontre entre Espagnols et Portugais, et qu'il ferait ainsi disparaître à perpétuité les risques de collision entre eux.

S'il n’y avait eu que sous ce rapport que le pape se fût trompé, le mal n'aurait pas été bien grand ; car il était évident qu'en allant les uns vers l'Est et les autres vers l'Ouest, Espagnols et Portugais, vu la forme sphérique de la planète, devaient forcément finir un jour par se retrouver face à face. Malheureusement, en principe, sa bulle pouvait avoir d’autres conséquences bien plus dangereuses, et auxquelles il n'avait pas songé. Au moment où il l'avait lancée en effet, l'Espagne et le Portugal étaient les seuls pays qui s’adonnassent aux grandes entreprises de mer; et ce qui ne lui était pas venu à la pensée, c'était de peser les résultals qu’aurait sa décision, s’il arrivait jamais que d’autres nations européennes prissent un jour goût à la navigation au long cours, et entrassent dans la même voie que le Portugal et l'Espagne.

C'est justement ce qui s'était présenté presque tout de suite. A peine effectivement la nouvelle

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