‹ La politique coloniale sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 52 sur 126 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

MOYENS ÉCONOMIQUES ET INGÉNIEUX DONT L'ANCIEN RÉGIME FIT USAGE POUR POUSSER RAPIDEMENT AU DÉVELOPPEMENT, A LA PROSPÉRITÉ ET AU PEUPLEMENT DE SES COLONIES.

Dans une affaire, quelle qu'elle soit, l'important n'est pas de ne rien dépenser; mais, avant tout, d'arriver au but pros posé. — Or, en dépit de son parti pris de tenir sa bourse fermée, l'ancien régime, en matière coloniale, obtint les plus grands résultats, tant dans les Indes orientales que dans les Indes occidentales, — Et ces résultats ont été encore plutôt dus au savoir-faire qu'il déploya qu'au mouvement d'expansion dont la France était alors animée,

Après les développements qui ont fait l'objet de la première partie de ce livre, il est certain qu'il faudrait totalement manquer d'esprit de gouvernement, c’est-à-dire n'attacher aucune valeur à une bonne administration des finances publiques, pour ne pas applaudir des deux mains aux principes de la politique coloniale inaugurée par Louis AH; politique coloniale, qu'on doit appeler, nous le répé- Lons, la politique coloniale de l'ancien régime, puis:

Pleine eue

ne

que tous les successeurs de ce monarque y sont restés fidèles jusqu'à la Révolution.

Il est de la dernière évidence, en effet, que son désir de doter la France, sans bourse délier, de ce que l'on nommerait pompeusement de nos jours un grand empire colonial, était l'indice chez ce roi d'un homme d'État de premier ordre; étant donné qu'il est généralement admis de tout le monde, que le premier caractère d'un véritable homme d'État est d’être avant tout ménager des ressources du Trésor, sans que l'extension de la puissance de son pays ait à en souffrir.

On avouera donc dans ces conditions que, sous ce rapport spécial au moins, Louis XEIE mérite d'être placé bien au-dessus de nos hommes politiques du xixt siècle, dont il se différencie en ce qu'ils ont jeté sans compter des centaines et des cenlaines de millions dans leurs entreprises coloniales, et qu'ils se sont conduits comme si, en semblable matière, tout devait être fait aux frais de l'État.

Cependant, quelles qu'aient été, de ce côté, les idées d'économie adoptées par Louis XII et que ses successeurs ont continué à pratiquer, il y a une chose indiscutable, c'est que, pour un homme éclairé, elles ne sauraient être qu'une simple face de la

question.

Que, dans un grand plan politique à réaliser, — et c'en était incontestablement un de ce genre que celui dont le but était d'étendre le champ d'activité nécessaire à l'expansion de la France, — on se fasse une loi absolue de ne rien dépenser; on ne peut qu'approuver, et il n'est pas douteux, nous le répétons, que c'est là la marque d’un très bon esprit gouvernemental, Mais enfin il ne serait pas permis de s'illusionner au point de s'imaginer que ec soit tout ou même le principal.

Dans une pareille question, comme en toute autre, d'ailleurs, il est clair que le point vraiment essentiel, celui qui prime tout le reste, est que l'œuvre à réaliser soit accomplie, et accomplie de façon à répondre entièrement à l’objet proposé, Car si, en raison de la parcimonie qu'on aurait érigée en système, on n'était arrivé à rien ou qu'on n'eûl obtenu que des résultats insignifiants, il saute aux yeux que, bien loin d’être une qualité, cette parcimonie devrait tre regardée au contraire comme un défaut des plus répréhensibles, et qu'elle serait dix fois moins recommandable que la prodigalité à laquelle on se serait laissé ailer pour aboutir,

Eh bien, justement, dans cet ordre d'idées, il suffit d’avoir la notion la plus superficielle des faits pour être forcé de reconnaître, qu'en dépit de son abs-

tention financière ou autre, l'ancien régime parvint sur le terrain colonial à des résultats prodigieux, considérablement supérieurs à tous ceux auxquels nous sommes arrivés nous-mêmes avec toutes nos dépenses.

Comme nous avons annoncé en commençant que notre intention n'était pas de faire l'histoire de notre émigration au xvu° et au xvunt siècle, c'està-dire de Louis NIEE à la Révolution, on ne s'attend donc pas à ce que nous donnions de grands détails à ce sujet. Néanmoins, dans le cas où, parmi nos lecteurs. il se trouverait quelque inerédule, nous lengagerions, pour se fixer à cet égard, à feuilleter l'histoire universelle ou, à défaut d'histoire universelle, à s'informer simplement des pays coloniaux qui ne nous appartiennent plus, mais où l'on parle notre langue, ce qui est la preuve qu'ils ont été peuplés par nous. En un instant il se ferait une opinion précise, e{ il serait certainement slupéfait du nombre et de l'immense étendue des colonies que, dans presque toutes les parties du globe, la France du xvuf et xvin® siècle avait réussi à se crécr.

Désire-t-on, par exemple, quelques indications sommaires sur €ce qu'elle avait fait alors dans la mer des Indes ?

Ne nous occupons pas tout d'abord des colonies

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