‹ La politique coloniale sous l'ancien régime [microforme]Chapitre 81 sur 126 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La preuve de l'excellence des prineipes de l'ancien regime réside dans ce fait que toutes ses colonies ont survécu et sont restées françaises, mème celles qui depuis plus d'un siéele appartiennent à létranger, — IP est certain qu'il n'en serait pas ainsi de nos colonies du xix" siéele, si elles etaient soumises aux mêmes vicissitudes,— Nous avons done eu bien raison de dire au début que Fancien régime avait

du bon qu'il aurait fallu conserver, — On reviendra à ses principes en matière coloniale, — Le système des proteetorats de M, de Freyeinet est un acheminement, — Ce que

seraient à cette heure PAlgérie et le Tonkin, si Fon S4 fut conduit comme Fancien régime aurait fait,

Si, dans l'objet de mettre en évidence tout ce qu'il lit en matière de politique coloniale et de colohisation, l'on voulait s'arrêter à tous les actes de Fancien régime, ce serait certainement plusieurs volumes dont on aurait besoin: ear 1 v'aurait à rappeler et à examiner une foule d’édits, d'ordonnances, de règlements, de chartes, ete, ous caleulés et

conçus de manière à hâter Je peuplement des colo-

nies et à leur permettre d'atteindre, dans le plus bref délai, au plus haut degré de prospérité, [n'est pas jusqu'à la transportation des récidivistes dont il faudrait parler, puisqu'elle fut systématiquement pratiquée par lui dans ee but, au commencement du xvin siècle 1. Mais 1] nous semble qu'on nous pardonnera de nous en tenir aux grandes lisnes dans lesquelles nous sommes resté Jusqu'ici. Après ce qui précède, il faudrait, en effet, être bien difficile pour ne pas regarder la question comme très suflisamment élucidée, et pour nous demander de pousser la démonstration plus loin.

Dans ces conditions, nous estimons done que nous pouvons clore ici nos recherches ; et, st lon veut bien

résumer tout ce qui précède, nous croyons que des

détails dans lesquels nous sommes entré, on peut

dégager, sans contradiction possible, plusieurs faits qu'on doit regarder comme acquis à lhistoire, et que l'on peut formuler ainsi.

Le premier, c’est que, dans ses projets coloniaux, l'ancienne royauté française eut constamment pour

principe de laisser intactes les ressources de Etat,

1. Voir 3° partie, Notice n° 6 (pages 277 et suivantes), un certain nombre de documents de l'ancien régime, concernant ce que nous appelons aujourd'hui la relégation des récidivistes aux colonies,

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faits

pour État,

qu'elle réservait à sa politique en Europe; le second, que tout ce qu'elle fit au point de vue des colonies fut toujours si judicieusement calculé, si ra- Honnel, si absolument conforme à la nature des choses, qu'en moins de trente années, sous sa direc-

ion, la France réussit à couvrir de ses essaims les

iles et toute la partie septentrionale de l'Amérique.

Mais ce qui est principalement à noter, surout si l’on joint nos renseignements spéciaux à ce que rapporte l'histoire, et ce qui mérite tout particulièrement aujourd'hui de nous faire réfléchir, cest que, en raison de l'autonomie, de Pactivité, de la spontanéité locale et des énergies individuelles auxquelles se prêtait le régime des compagnies, les colonies que l'on créa alors prirent si bien et si profondément racine, qu’en dépit des malheurs qui fondirent sur elles et des tribulations sans fin qu'elles eurent à subir de la mauvaise politique de la mère patrie, 11 n'y en à pas une qui n'ait survécu, et que celles qui, depuis plus d'un siècle, supportent l'oppression étrangère avec toutes ses misères, sont restées non moins vivaces et peut-être plus françaises qu'au premier jour.

Or, tout en repoussant d'avance la qualification blessante de laudalor temporis acti, peui-être serait-

ce ici le cas de nous demander en manière de paren-

thèse, s'il en serait de même du Sénégal, de la Cochinchine, de PAlgérie, du Tonquin, ete, où tout a été fait par les armes et la conquête brutale ; où c'est l'État qui s'est entremis en tout; où tout est militaire et a été organisé militairement: où le colon semble n'être et ne devoir être que l'accessoire du soldat et, encore de l'avis de beaucoup de gouverpeurs, un accessoire ; gônant où la colonisalion francaise enfin parait être plutôt plaquée sur le sol que profondément engagée dedans.

Dans la supposition, en effet, où le régime auquel ces colonies ont été soumises devrait persister, nous he eroyons pas qu'on trouverait quelqu'un pour soutenir, qu'après avoir appartenu à la France pendant le même laps de temps que le Canada, File de France, les Seychelles, Saint-Domingue, ete., si elles venaient Jamais à tomber aux mains d'un autre peuple, elles continueraient après des générations, comme ces dernières colonies, à rester en communion de pensée et de sentiments avec la mère patrie, à défendre leur individualité, leur langue, leurs lois, leurs mœurs; en un mot, à résister à l’absorplion de l'étranger.

Eh bien, pour nous, dans cela seul serait la condamnation sans appel des principes dont nous nous sommes inspirés au xix° siècle en fait de politique,

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