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quels le premier venu pouvait être presque tout de suite renseigné.
Dans ces conditions, en partant de l'hypothèse d'un homme {otalement dépourvu d'argent et qui avait le désir d'aller s'établir dans une colonie, il avait simplement à gagner le port que la compagnie, qui possédait celte colonie, avait affecté à ses embarquements ; car une compagnie élait toujours astreinte à se choisir un port spécial, d’où ses navires mettaient à la voile et où ils venaient se décharger, Et, une fois dans ce port, il ne lui restait plus qu'à s'aboucher avec les agents de la compagnie et à signer avec eux un engagement, lequel, nous le répétons, de par la coutume. était toujours de trois ans.
Quelquefois, 11 est vrai, dans la crainte d'attendre trop longtemps le départ d'un bateau de la compagnie, ou pour s'embarquer dans de meilleures conditions, l’émigrant s'entendait avec un capitaine dont le navire devait se rendre dans la contrée où il voulait aller, Mais l'engagement qu'il passait avec lui était toujours de même durée que celui qu'il aurait signé avec les agents de la compagnie, et n'en différait que sur quelques points insignifiants pour nous.
Dans les deux cas, néanmoins, il y figurait la
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clause suivante, qu'une fois l’engagé dans la colonie, le contrat signé avec lui pouvait être cédé à tel ou {el planteur où autre que le capitaine ou la compagnie jugeait à propos.
En résumé done, lengagé était transporté sans bourse délier, puis, pendant trois années, logé, nourri, vêtu, entretenu, soigné, s'il tombait malade: enfin, au bout de ces trois années, il recevait des terres.
Pour s'indemniser de toutes les dépenses auxquelles il était entrainé de ce chef, le maître de l'engagé, ou, si l'on aime mieux, son sous-engageur, n'avait qu'à le faire travailler,
Lorsque lon n'accorde qu'une attention superlicielle à cette institution des engagés, on est porté à n'y voir qu'une chose, à savoir que, moyennant laliénation pendant trois années de son travail, un “migrant quelconque de France avait le moyen de devenir propriétaire, 11 n'est pas contestable qu'en soi ce résultat aurait été déjà fort beau. Qu'était-ce en effet, pour un malheureux n'ayant aucun bien ou ne disposant que d'un petit pécule, que trois années de sa vie à l'état d'engagé, du moment qu'il lait sûr, durant {out ce temps, d'avoir son entretien assuré, et, à Ja fin, de recevoir un capital foncier plus que suffisant pour le faire vivre ? Est-il beau-
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quarante ou trente années de labeur, arrivent de nos Jours à quelque chose de semblable? Nous posons simplement la question.
Mais, si l’on examine, au contraire, cette insütution avec soin, et qu'on la considère de près, on est vraimet étonné des conséquences indirectes qu'elle comportait dans la pratique, et auxquelles, quant à nous, nous ne mettons pas un seul instant en doute que l'ancien régime avait (out particulièrement songé,
Croit-on par exemple que Île planteur qui, pour les trois années de travail de Fhomme qu'il avait engagé, avait dû verser une certaine somme soit à un capitaine de navire, soit à la compagnie, croit-on disons-nous, qu'il n'était pas personnellement intéressé à tirer tout le parti possible de son engagé ? Comme il aurait eu à subvenir à toutes les dépenses de médecin et de remèdes, Si était tombé malade, ne saute-{t-il pas encore aux yeux qu'il devait tout faire au monde pour que cet engagé püt supporter sans danger le climat du pays? N'est-il pas de la dernière évidence enfin qu'il avait plus d'intérêt que personne à ce que cet engagé fût dans le plus bref délai possible initié aux cultures coloniales les plus avantageuses et aux meilleurs procédés de
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Nous estimons inutile de poursuivre cette analyse plus loin. à
Mais, des quelques lignes qui précèdent, il appert qu'en dehors des terres qu'on leur accordait à l'expiration de leur engagement, ces trois années comportaient pour les engagés {trois avantages précieux, avantages qui étaient de leur permettre : 1° de s'acclimater ; 2° de S'initier à la connaissance des plantations les meilleures; et 3° de se perfectionner à fond dans les travaux convenant le mieux à chaque
care de culture. Ges trois années équivalaient donc en réalité à un véritable apprentissage, lequel, on en conviendra, n'était assurément pas {trop payé.
Nous avons plusieurs raisons de croire que, dans cette institution des engagés, l'ancien régime n'avait pas moins été guidé par le désir de pousser au rapide peuplement des colonies, que par celui d'ouvrir des débouchés aux gens d'initiative et de volonté qui, S'ils étaient restés en France, n'auraient jamais pu qu'y végéter.
Si le prix auquel les engagés étaient cédés aux colons avait été rémunérateur, iles bien certain que les capitaines de navire et les compagnies en auraient fait l'objet d'une spéculation en grand: d'autant
plus qu'en apparence, les dépenses n'étaient pas
excessives, puisqu'elles se réduisaient, sauf à de ares exceptions près, à l'entretien des engagés avant le départ, durant da traversée et après le débarquement, jusqu'à ce qu'on fût parvenu à les caser.
Eh bien, à un certain moment, les capitaines y gagnaient si peu, qu'ils avaient fous renoncé à ce genre d'opération ; c'est au point que le roi, qui tenait au peuplement de ses colonies et qui craignait que lémigration n'eût à souffrir de la décision des armateurs, erut nécessaire de rendre une ordonnance d'après laquelle, nul vaisseau ne pouvaitaller aux colonies sans emmener avec lui un nombre d’engaués proportionné à son lonnage : 2 engagés pour 60 lonneaux el au-dessous, # engagés pour un navire de 60 à 100 tonneaux, et 5 pour tous ceux dépassant 100 tonneaux.
Une deuxième preuve est également dans ce fait, que les planteurs s'étant mis sur leurs terres à préférer les noirs aux engagés, un ordre du roi vint leur enjoindre d'avoir, dans leurs établissements, au moins un engagé pour 20 nègres, € sans compter le
commandeur », Et, comme il n'entendait pas que
ses ordres fussent éludés, il prit soin de spécifier
que l’engagé ne d'ail pas avoir moins de dix-huit ans.
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jugée la plus convaincante, c’est que Louis XIV, en vue de donner un coup de fouet à l'émigration, avant un jour voulu, de son aulorité royale, réduire de trois ans à dix-huit mois la durée des engagements aux colonies, fut obligé de rapporter presque immé- Jiatement son ordonnance. Les protestations qu'elle avait soulevées, en effet, dans toutes nos possessions d'outre-mer, avaient été si vives et si universelles, que lon avait craint qu'il ne s'ensuivit des complicalions, C'était évidemment Pindice que l'état de choses existant, avec trois années, était déjà plus qu'onéreux el insupportable, aussi bien pour les capitaines de vavires que pour les planteurs !,
Tout cela atteste donc que la royauté française jusqu'à Ja fin resta conséquente avec ses principes de politique coloniale ; puisque, après s'être servie dans toute la mesure possible de Factivité et de largent des compagnies pour se créer des colonies riches et puissantes, elle en était arrivée à une certaine époque, tant elle était économe de ses deniers, à organiser, aux frais des maîtres de navires
et des planteurs, le passage permanent de nouveaux
1, On trouvera dans notre 3° partie, Notice n° 5 (page 263 et suivantes) de plus amples détails sur cette intéressante question des engagés.
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émigrants aux colonies, Elle n'avait été prise d'aucun scrupule à faire concourir ces maitres de navires et ces planteurs à l'émancipation matérielle de tous les Français sans fortune qui, dans le but de devenir propriétaires et de s'enrichir, voulaient <e transporter dans nos possessions d'outre-mer et sx établir.
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