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Quand en 1872 je publiai mon Histoire de ce ZoUverein allemand, dont TEmpire fraîchement éclos venait d^arrêter la glorieuse carrière en absorbant son activité économique et législative, je n'étais pas sans prévoir les vicissitudes nouvelles réservées à la stratégie commerciale d'une contrée unifiée par la politique, après Tavoir été déjà quelque peu par la communauté des intérêts matériels. Au bout de 25 ans les conséquences, que rétablissement d'un Empire allemand portait pour ainsi dire en lui, ont eu le temps de se produire et, en retraçant à grands traits l'évolution mercantile survenue dans ces régions , dont les destinées sont si étroitement soudées aux nôtres, je ne fais en réalité qu'ajouter un post-scriptum à mon Histoire.
c^ Le récit de cette évolution comporte d'ailleurs à
son seuil les réflexions générales qui la dominent, en en déterminant le caractère. C'est qu'en effet la
1^ gène et la liberté du commerce , les droits protec-
WoHMS. — Pol. comm de l'Ail. 1
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leurs et le free-trade sont des phénomènes de sélection sociale, à envisager et à apprécier comme tels. Les sympathies théoriques doivent aller assurément aux échanges pratiqués entre les peuples avec le moins d^entraves possible, puisqu'ainsi la concurrence internationale se trouve placée dans les conditions d'excitation les meilleures. Que si cependant le laisser passer retarde quelque part le développement de branches déterminées de l'économie nationale ou les rencontre dans un état particulier de débilité, de sorte que la compétition universelle aboutisse au dépérissement et à Tanéantissement grâce à la supériorité de Tétranger, des entraves semblent autorisées au regard d'une rivalité aussi meurtrière et peuvent être considérées même comme commandées par le souci de conserver sain et sauf et vivace un des membres de la grande communauté économique des peuples. Nous retrouvons là la démarcation traditionnelle entre la science qui marque le but, le point d'arrivée, et Fart à qui il appartient de s y acheminer en fait, sauf à stopper ou même à reculer parfois sur la route, la démarcation entre deux domaines dont le rapprochement fournit la conciliation de bien des polémiques.
L^ntervention peut d'ailleurs se faire jour d'une façon plausible dans la sphère agricole aussi bien que dans la sphère industrielle. Sous les deux suppositions auxquelles nous nous livrions tantôt.
cette immixtion vise avant tout à rétablir des conditions d'expansion hygiéniques. En ce cas, elle précède chez les nations la liberté commerciale, car la chemise est plus près que l'habit. Le développement autonome de tous les peuples conduit à l'ultime épanouissement de l'économie cosmique, à l'utilisation la plus complète de la nature par l'humanité. Aussi chaque peuple est-il en droit et tenu de s'employer à atteindre, dans la marche ascendante de son économie, le degré individuel le plus élevé pour Tépoque. Une pareille marche peut être suspendue ou retardée par la rivalité transcendante du dehors, qui mettrait obstacle à la croissance de branches acquisitives naissantes ou bien vouerait à la détresse, voire à la mort, des membres ou des branches de Féconomie publique passagèrement anémiés. Là, la concurrence universelle n'agit plus comme un aiguillon bienfaisant, comme^un propulseur, mais favorise l'exploitation, l'oppression, l'extermination des économies embryonnaires par des économies robustes et adultes. Ce qu'il faut seulement, c'est que les hommes d'Etat ne courent pas après une vitalité qui, en raison des conditions nationales, ne pourrait jamais être qu'artificielle, ou n'aient pas que de lâches coniplaisances pour des revendicants portés à s'abandonner eux-mêmes et à attendre toujours une perche secourable. On pourrait en quelque sorte assimiler les manifestations économiques aux indi-
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vidus eux-mêmes, auxquels la loi ne vient en aide que lorsqu'ils sont en bas âge ou éprouvés par des coups imprévus, tels que perte de leur raison^ révolution, guerre, etc.
Mais, lorsqu'il y a lieu pour TEtat de prêter main-forte, il peut vouloir recourir aussi à deî^ droits protecteurs dont il se servira comme d'un moyen d'éducation ou d un fortifiant jusqu'à ce que l'heure de la maturité ait sonné ou que la langueur ait disparu. C'est prestement toutefois que les situations appelant des égards veulent être redressées, afin que les murailles tutélaires puissent être abattues en tout ou en partie. Autant que faire se peut, il convient que le capital industriel et agricole prenne à sa charge les conjonctures défavorables du marché universel. C'est là, vis-àvis des moyens de production et de circulation, le grand devoir national du capital, de la fortune privée, tout comme on ne saurait contester à ce capital le droit, au milieu de conjonctures propices, de s'enrichir par une exploitation économique. Toujours est-il qu'il semble y ayoir, motivant un concours, des moments, des passes difficiles, et cela pour l'agriculture aussi bien que pour rindustrie. Bien des actes de la législature française attestent le sentiment professé par elle sur le marasme de l'agriculture dans notre pays, et il li y a pas jusqu'aux années d'abondance, comme l'a été l'année 1893 pour la viticulture, qui n'y
provoquent des demandes de mesures restrictives. L'agriculture allemande, dont Tétat pathologique a été ramené au surendettement improductif, fait pousser aussi des gémissements, sans que cette souffrance en masse puisse disparaître devant une protection agraire élevée, qui ne saurait que l'atténuer transitoirement. Les tarifs douaniers qui secondent les exploitations en détresse ont le tort immense de favoriser, au détriment de tous les consommateurs, la partie non besogneuse, in bonis, des propriétaires fonciers, mais non pas leurs fermiers, en la forme de renchérissement du blé. Aussi conviendrait-il d'appeler à la rescousse une réforme du droit fiduciaire campagnard et notamment agraire. Tel est le sentiment d'Albert Schâfïle, par exemple, qui, jusqu'à cette réforme, concéderait, mais sans aller au delà, la protection agrarienne.
Gomme il ne faut pas cependant que les considérations spéculatives suspendent trop longtemps le caractère essentiellement historique, ou au moins descriptif, assigné à ces pages, je veux sans retard aborder la politique commerciale inaugurée par l'Allemagne en 1879 et maintenue par elle jusqu'en 1891, sauf à noter ensuite le revirement qui s'y est produit depuis cette dernière date.