‹ La Politique d'émigration de l'ItalieChapitre 6 sur 113 · CO O2 R · texte numérisé non relu

CO O2 R

(1) Voir Scalise : l’Emigrazione della Calabria.

(2) 56 %o d’émigrants.

(3) 54 %o d’émigrants.

(4) Dans l'arrondissement de Cotrone, les chiffres sont les suivants : pue curci et Casabona, communes où le paludisme sévit, ont eu 31,4 et 32, 6 Lo d’émigrants ; Casino et Cotrone, qui en ont été exemptes, ont eu 52,9 et 43 %o ; de même dans l’arrondissement de Monteleone, alors que la moyenne était de 27,8 %o, Majerano et Dasa, qui ont eu le paludisme, n’avaient que 25,9 et 26,7 %o d’émigrants.

effet, ainsi que le montre Scalise, n’ont pas varié, dans l’agriculture, de 1790 à 1900, en Calabre ; alors que le niveau de la vie et les prix sont beaucoup plus élevés de nos jours qu’il y à un siècle. Un des faits qui le montre, c’est que, dans les villes, où les salaires sont toujours plus élevés qu’à la campagne, Pémigration est beaucoup plus faible que dans celle-ci.

Les causes de l’émigration, en Calabre, semblent donc bien relever principalement de la situation agricole (1) : incapacité des hommes, mal soutenus d’ailleurs par le gouvernement, à faire rendre au sol toute la richesse qu’il était capable de produire ; routine qui faisait appliquer, encore peu avant la guerre, les mêmes méthodes de culture que sous les Bourbons ; triennalité (2) des cultures — et choix de cultures peu productives, le blé y étant trop répandu, au lieu de la vigne et de l'olivier, dont les rendements, sur ce sol, sont meilleurs.

En Calabre, l’émigration était un phénomène qui existait de longue date, mais qui s’était, ainsi qu’on l’a vu, considérablement accru sous l'influence de causes économiques. Dans la région des Abruzzes et Molise, au contraire, le phénoméne ne commença que vers 1870-1880, sous l’influence d’une crise de transhumance. Celle-ci, en effet, était la ressource la plus importante du pays, et était pratiquée, pendant toute l’année, par une grande partie de la population agricole. Or celle-ci — et spécialement dans les communes, auxquelles appartenait la majeure partie des pâturages, — les laissa à l’abandon. Le gouvernement italien, principalement celui de M. Nitti, se désin-

(1) Scalise, d'accord sur ce point avec Arias, cite parmi les causes de l’émigration, le dommage matériel causé, dans certains cas, par l’unification de Pltalie. De même, il a paru (Boll. 1907, n° 10) sur la situation en Molise, une étude du professeur Gugliemo Josa, directeur de la Chaire d’agriculture à Campobasso «Les Provinces méridionales entrèrent, en 1860, dans la grande « famille italienne, dans une condition d’infériorité absolue et de déséqui- « libre. ». M. Nitti (L’Italia all alba del secolo XX ; Discorsi ai giovani d'Italia) prouve que le Sud payait beaucoup plus d'impôts que le Nord, car, au moment de l’annexion, Sacchi, l’envoyé de Cavour à Naples, avait cru à une richesse du Sud, sous toutes les formes, plus grande qu’elle n’était en réalité. En quelques années, de 1860 à 1866, les impôts du Royaume de Naples passèrent, au grand dommage de la population, de 50 à 70.000.000 de lires, en même temps que l’administration devenait plus compliquée.

(2) On entend, en Italie, par triennalité, la culture du sol pendant un an, suivie d’une jachère de deux ans.

téressa entièrement de la question, et ne fit rien pour forcer les communes à soigner leurs biens. Il paralysa même les quelques efforts qui étaient tentés pour sauver cette ressource du : pays, ressource telle, que les habitants n'avaient pas à payer d'impôts communaux. Mais l'abandon dans lequel ils étaient laissés, fit que ces pâturages dégénérèrent. D’autre part, et cela surtout depuis la réunion du Royaume à lItalie, on défricha les bois et on y planta des céréales. Le déboisement produisit les mêmes effets désastreux qu’en France, dans les Pyrénées : cours d’eaux devenant irréguliers ; situation fluviale mauvaise ; terres arables arrachées, etc. Et alors que les céréales ne pouvaient déjà rapporter qu'un faible rendement en montagne, on accentua encore les effets funestes de cette politique agricole, en adoptant de mauvaises méthodes de culture. Quoi qu’il en soit, si l’on examine les pourcentages des diverses cultures dans les provinces des Abruzzes et Molise, à Chieti, et à Teramo, par exemple, on trouve les résultats suivants :

Teramo....

Chieti

On s’explique donc le mouvement intense d’émigration qui, en quelques années, prit, dans les Abruzzes, un développement considérable. De 375, en 1876, le nombre des départs s’éleva à 4.735 en 1882 ; 10.515 en 1886 ; 20.567 en 1896 ; 32.159 en 1904 ; et 62.033 en 1913 ; soit 16.543 % d'augmentation en 39 ans.

En Campanie, les choses ne se passèrent pas absolument comme dans les autres provinces de l'Italie méridionale. Le nombre des émigrants s’acerut bien de 3.165 en 1876 à 78.633 en 1913, mais le mouvement fut beaucoup plus lent que dans les autres provinces ; et cela, parce que la ville de Naples attirait à elle un grand nombre de ceux qui voulaient émigrer.

L’émigration intérieure, l'exode vers les villes, y contrebalançait, en partie, l’émigration extérieure : cela est vrai, non seulement pour Naples, mais même pour les petites le de Campanie, qui, malgré l’émigration, voyaient le chiffre de leurs habitants augmenter à chaque recensement. C’est ainsi que de 1901 à 1911, Mondragone passa de 6.112 habitants à 7.336, et Casal, de 5.338 à 5.867. Aussi, malgré le nombre toujours accru des émigrants, voit-on, contrairement à ce que nous avons remarqué en Calabre, leur proportion baisser à chaque recensement. C’est ainsi que si l’on examine les provinces de Naples, Caserte, Benevent, Avellin et Salerne, l’on constate les pourcentages suivants

2,453 Caserte (1) 8,154 Naples 0,653 Salerne z DOS

Seule la province de Caserte, province plus agricole que les autres, fait exception — si l’on néglige celle de Salerne, dont le taux d’émigration est resté sensiblement invariable. En Campanie, en effet, existent des causes d’émigration identiques à celles que nous avons citées jusqu'ici : bas salaires des travailleurs agricoles, provoquant leur exode ; croissance de la grande industrie, de la navigation à vapeur, qui tue la petite navigation à voile ; mauvaises méthodes de culture ; manque d'industries laitières, qui auraient pu facilement se développer dans la montagne ; manque d’esprit d'initiative de la part des agriculteurs ; manque de capitaux ; manque d’instruction ; toutes ces causes s’appliquent à la Campanie, comme aux régions que nous avons examinées plus haut, et expliquent l’émigration.

(1) L'on peut faire remarquer que, actuellement, la province de Caserte n'existe plus.

Dans les Pouilles, les mêmes causes produisirent les mêmes effets et l’'émigration crût de 339 âmes en 1876 à 1.021 en 1883 ; 5.503 en 1895 ; 14.767 en 1901 ; 29.712 en 1907 ; et 41.837 en 1913. Cependant, cette région est intéressante à étudier, car on y trouve certains caractères particuliers, qui prouvent

qu’une bonne politique économique peut éviter, en partie, l'intensité de l’émigration.

Nombre des Emigrants provenant des Pouilles

Dans les Apennins, l’'émigration avait existé de tous temps ; mais le déboisement l’augmenta à tel point que, contrairement à ce que nous avons remarqué en Campanie, les petites agglomérations se dépeuplèrent. C’est ainsi qu'entre les recensements de 1901 et de 1911, Faeto passa de 3.659 habitants à 3.225, et San Marco in Lamis de 4.227 à 3.776, soit 1,07 et 1,48 % de diminution annuelle. — Dans la région subapennine, et celle de Tavolière, au contraire, lémigration, qui y est un besoin national, remédie en partie aux inconvénients

naturels : culture morcelée à l'infini. Cependant ce remède n’est que très faible, puisque la cause principale de la misère, | l'absence de moyens de communication, n’est pas supprimée par celui-ci. De même, cette absence de moyens de communication fit émigrer, à partir de 1900, les habitants de la région du promontoire de Gargane, et notamment ceux de Vico où, jusqu’à cette date, florissait la culture de l’olivier. Dans la région de Monte San Angelo, les ressources des bois permettaient à la population de ne payer aucun impôt communal ; mais les habitants — le gouvernement laissant faire — déboisèrent leur domaine, ce qui, comme toujours, amena les plus mauvais résultats. A la place des bois, on planta du blé, dont le rendement était illusoire. Avec une surface totale de 6.594 km? 54, dont 51,60 % étaient plantés en blé, le rendement des Pouilles ne s'élève en effet qu’à 1.779.000 quintaux, soit 5 à l’hectare, et, en 1912, où la récolte fut mauvaise, celle-ci ne fut que de 690.000 quintaux, soit 2 à l’hectare. Enfin, comme le pays est montagneux, le travail y est très variable suivant les époques ; et, comme l’on ne fait rien pendant une grande partie de l’année, la tentation de s’expatrier ne peut manquer de s'implanter dans les esprits.

Dans la région maritime de Bari, où les culures principalement viticoles, florissaient vers 1860, la crise fut produite, en grande partie, par la politique de M. Crispi qui, par la rupture des relations économiques avec la France, de 1886 à 1898, porta un coup terrible à cette région, déjà ravagée par le phylloxéra. A Lecce, au contraire, les habitants travaillaient une partie de la journée à la terre (1), et l’autre partie à la ville, gagnant assez d'argent ; au surplus, ayant peur du paludisme, ils n’émigrent pas, et forment ainsi opposition aux habitants des autres parties des Pouilles. D’autre part, les grands propriétaires de la région, contrairement à ce qui se passait à Bari et à Foggia, se montrèrent intelligents, et surent comprendre leurs intérêts. Ils introduisirent des cultures rémunératrices : le tabac et le müûrier, et empêchèrent ainsi une émigration intensive. À Castellane, au contraire, les grands propriétaires ne se soucièrent de rien ; aussi l’émigration y prit-elle une grande extension. C’est ainsi que, pour faire des économies, les propriétaires de Castellanetta préféraient faire venir leurs travailleurs agricoles d’assez loin, au lieu d'employer ceux du pays,

(1) A la culture de la vigne.

ÈS 5 qui sont en grand obte. aussi la nur s’expatria-t- -elle ; ; | (RS mais l’exemple de la région de Lecce montre bien que lon

aurait pu si l’on avait voulu, éviter ou limiter l'émigration.

Nombre des Emigrants provenant de la Sicile

Ce = + or

es =

DNhHÉeS H O1 © Or

Ot CO Len)

Quoique l’émigration sicilienne se soit accrue en quantité considérable (16.522 % en 33 ans), de 884 âmes en 1880 à 146.061 en 1913, il n’y a pas lieu de s'étendre à ce sujet, car les causes, en Sicile, sont identiques à celles étudiées précédemment, pour les autres régions de l'Italie méridionale.

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