‹ La Politique d'émigration de l'ItalieChapitre 5 sur 113 · TT TL · texte numérisé non relu

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L'ÉMIGRATION ITALIENNE 10 La Basilicate (région relativement montagneuse, comprise entre le golfe de Tarente, la Calabre, la Campanie, et les Pouilles)

est la région où l’émigration a pris les proportions les plus

Nombre des Emigrants provenant de la Basilicate

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grandes (1), et, en conséquence, où les effets sont les plus importants (2). Le nombre des émigrants passa de 1.102 en 1876 à 16.156 en 1913.

C’est dans la zône montagneuse de la Basilicate que le mouvement commença, puis il continua dans la zône maritime. La densité de la population y est cependant la plus faible du royaume (3), mais elle est cependant trop grande eu égard à la

(1) Dans cet exposé, nous ne considérons que les causes d’émigration antérieures à la guerre.

(2) Alors que la densité de la population, dans toutes les régions, avait augmenté de 1881 à 1901, seule la Basilicate vit son taux rester inchangé (49 habitants par kilomètre carré). Bien plus, de 1901 à 1911, alors que toutes les autres régions continuaient à croître, la population de la Basilicate décrut, la densité de la population passant de 49 à 47 habitants par kilomètre carré.

(3) A l'exception de la Sardaigne,

productivité du sol. D’autre part, le niveau de vie des travailleurs y était détestable, le travail agricole n’étant qu’à peine payé. Ces conditions ont, certes, existé de tout temps, mais elles se sont principalement accrues après 1860. L'action du gouvernement italien ne fut pas favorable à la production, et au bien-être des travailleurs agricoles. Le taux des impôts s’éleva de plus en plus. D’autre part, si l’on construisit de nouveaux moyens de transport, qui auraient pu fournir de nouveaux débouchés aux produits de la Basilicate, le plan en fut tel, qu’il favorisa plutôt, au contraire, la concurrence des régions plus prospères. À ce moment difficile, les proprié, taires agricoles, dont les terres étaient toutes petites, et dispersées dans la montagne, décidèrent de modifier leurs cultures. Ils défrichèrent les bois et supprimèrent, en partie, la culture de l'olivier et de la vigne, qui était florissante, surtout dans la région maritime, et ils se consacrèrent, de plus en plusl au blé. Or le rapport de cette culture est très faible, sur le sode la Basilicate, de sorte que malgré l'augmentation de culture du blé, la production suffisait de moins en moins à nourrir la population, qui s’accroissait sans cesse.

Il n’y avait à cette crise qu’un seul remède : transformer techniquement, et socialement, le régime agricole ; renoncer, ainsi qu'on l’a fait dans le Nord de la France, pour la vigne, aux cultures dont le rapport était trop faible, se tourner vers d’autres travaux agricoles, plus productifs et plus rémunérateurs, payer davantage l’ouvrier agricole, et réagir ainsi contre la concurrence qui rendait intolérable le malaise dont le pays souffrait depuis longtemps. Au lieu de cela, les propriétaires se tournaient de plus en plus vers la culture du blé et la pratiquaient, d’ailleurs, avec des moyens primitifs, ne voulant pas sortir de leur routine. Aussi la misère s’accroissait-elle sans cesse, et la crise finit par engendrer, comme seul remède, l’'émigration.

Dans la région maritime de la Basilicate, aux alentours de Metaponto, Scanzano, Poltroro, la résistance à la crise pouvait être, et fut, plus durable, car les petits propriétaires y possé-, daient une dizaine d'hectares, au moins. Là, le premier contingent d’émigrants ne fut pas fourni par les petits propriétaires, qui, même lorsqu'ils ne possèdent que des terres minuscules, sont toujours attachés à leur sol, mais par les ouvriers agricoles. Cependant, par la force des choses, les petits propriétaires se virent peu à peu, eux aussi, entraînés dans ce

mouvement, le gouvernement n’ayant rien fait pour venir à leur secours. Pour arriver à vivre, les paysans avaient été, en effet, obligés de contracter des emprunts : le gouvernement ne les protégea pas contre l’usure, et celle-ci les força à émigrer.

Aiïnsi, en Basilicate, nous voyons comment une mauvaise situation économique arrive à entraîner une émigration importante. En effet, seule la situation économique déplorable de cette région est à incriminer. Quoique certains l’aient prétendu, le paludisme, qui sévit dans la zône montagneuse avec une certaine force, n’en est pas responsable, ou, s’il l’est, ce n’est qu'indirectement, avec des effets, si j'ose dire, à retardement. Examinons, par exemple, l'arrondissement de Melf ; nous y trouvons deux communes, Atella et Rapolla, où le paludisme sévit à l’état endémique, et où toute la population en est atteinte. Or, si nous considérons la moyenne des émigrants de l'arrondissement, et celle de ces deux communes, nous trouvons les chiffres suivants (en ° oo).

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Ils semblent indiquer que l'effet du paludisme est plutôt d’enrayer que de favoriser l’émigration ; mais le jour où les habitants se décident à partir, ils le font en beaucoup plus grand nombre que dans les régions qui ne sont pas atteintes de ce mal.

Ayant ainsi vu les causes d’émigration en Basilicate, examinons maintenant la situation en Calabre. Nous commencerons par relever l'erreur de ceux qui affirment qu'un mouvement d’émigration commence toujours par la zône maritime, et de là, peu à peu, s'étend vers l’intérieur des terres. Si les faits se sont, en effet, passés de la sorte dans les arrondissements de Reggio et de Monteleone, dans celui de Paola, au contraire, de même qu’en Basilicate, le mouvement commença dans les communes de la montagne. Il n’y a donc pas, contrairement à ce que certains ont prétendu, de lois précises, autres que les circonstances économiques, qui fassent émigrer les habitants

de tel ou tel pays.

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Nombre des Emigrants provenant de la Calabre

Le mouvement, en Calabre, prit, lui aussi, une extension formidable. De 679 émigrants, en 1870,le nombre monta à 4.551 en 1881 ; 15.025, en 1888 ; 18.878, en 1895 ; 35.918 en 1902 ; 47.229 en 1907 et 55.910 en 1913, soit une augmentation de 8.250 % en 43 ans, augmentation beaucoup plus considérable que celle de la population, comme le montre le tableau suivant :

Nombre d’émigrants | Moyenne annuelle |0/00 de la population|f

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Cependant, quoique la Calabre soit un pays très monta- &neux, on ne peut pas dire qu’elle soit exploitée, comme elle pourrait — et devrait — l’être : un tiers des terrains, en effet, sont incultes. Si l’on examine, par exemple, la situation de l'arrondissement de Cosenza, l’on remarque que, sur 223.298 hectares, 71.189, soit 32 %, sont en friche. Ce n’est pas non plus l'effet du paludisme, qui ne joue qu’un rôle très restreint dans Pémigration, ainsi qu’on l’a vu plus haut, à propos de la Basi- Jicate ; et, en Calabre, l'influence du paludisme n’est pas plus déterminante. Dans l'arrondissement dé Nicastro, pendant la période 1901-05, sur 27 communes, 12 ont été ravagées par le paludisme, et 15 en ont été indemnes. 4 communes de la première catégorie, et 6 de la deuxième (soit à peu près la même proportion : 1/3 et 2/5), ont eu plus de 5 % d’émigrants. De même (1), pendant la période 1906-1913, la commune qui a eu le plus d’émigrants, Motta San Lucia (2), n’a pas été ravagée -par le paludisme, tandis que la commune qui la suivait dans la classification du nombre d’émigrants, San Mango (3), en était atteinte (4).

Quelles étaient donc les causes ? Aïnsi que le disait, en 1885, le maire de Belvédère Marittimo, c'était le manqué de travail, et surtout la misère causée par les faibles salaires. Ceux-ci, en

Reggio-Ville » -Campagne Cotrone-Ville » -Campagne Monteleone-Ville » -Campagne

Gerace-Ville »y -Campagne

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