M. BIARD D AUNET I
conduits à l'horreur du caporalisme, mais ils l'ont poussée jusqu'à ne plus savoir respecter les consignes. Se sentant « débrouillards », ils négligent l'impérieuse nécessité de prévoir. »
Nous acquiesçons bien volontiers à ce jugement qui nous paraît véridique. Ne peut-on le corriger ou le compléter en ajoutant que « l'autorité de la méthode » a de grandes chances de ne pas être méconnue par les « administrés » si on en constate la présence plus stable chez ceux qui ont la charge d'administrer. Les Français — qui ont retrouvé une « tête épique » — sont assez malléables. Les temps actuels le prouvent surabondamment.
Mais comme nous le conseille excellemment M. Biard d'Annet, il n'est point indispensable d'attendre que les exemples nous viennent d'en haut, pour « remettre de l'ordre dans la maison ».
Il y a, il y°^aura du travail pour tous.
M. CHÂRLES-BENOISt
Si nous en doutions un seul instant, une conversation avec M. Gharles-Benoist suffirait à dissiper notre hésitation et à réduire à néant les illusions décevantes de ce « fool's paradise » dont nous entre= tenait M. Biard d'Aunet.
Quiconque, avant la guerre, éprouvait le besoin d'éclairer les autres ou de s'éclairer lui-même sur les problèmes politiques de quelque nuance qu'ils pussent être, ne manquait jamais d'aller puiser quelque lumière auprès de M. Gharles-Benoist.
Bien mieux; il s'en faisait un devoir.
C'est qu'en effet M. Gharles-Benoist, qui joint à plusieurs titres éminents ceux de membre de l'Institut, de rédacteur politique à la Revue des Deux Mondes, de Député de Paris, M. Gharles-Benoist est, à proprement parler, un maître en science politique et même en science sociale, et il voisine sous la coupole du palais Mazarin avec M. de Launay, par exemple, qui, lui, est un scientifique pur.
L'agréable mission s'imposait donc à nous d'aller nous documenter un tantinet auprès de celui qui possède sur le bout du doigt tous les prémices, tous les ressorts, tous les rouages, toutes les évolutions, les
théories, les transformations de la politique d'hier et des siècles périmés.
Chez nous, seulement? Non, chez tous les peuples. M. Charles-Benoist a sondé Machiavel et Bismarck, Wilham Pitt^ voire Périclès, Lycurgue et Solon^ que connaissait aussi, dit-on, M. Lambros, Grec moderne.
Et nous sommes convaincu que si, quelque part, sur cette planète, une peuplade voulait dresser une Constitution, établir une charte, c'est à M. L. Renault ou à M. Charles-Benoist qu'elle ferait appel.
Nous parlons ici sans ironie aucune. A la Chambre, à l'Institut, à l'École des sciences politiques, l'aimable Député du VI® arrondissement jouit d'une autorité particulière. Ses ouvrages, nombreux et variés, la justifient pleinement. Ils portent, la plupart, sur V Organisation de la démocratie y la crise de VÉtat moderne^ Vorganisaiion du travail, les sophismes politiques de ce temps ^ les formes, les principes et les procédés de gouvernement. Ils sont pleins de bonne nourriture, bien composés, écrits d'une langue alerte, nuancée, facile, qui donne de la vie aux plus arides problèmes.
Ajoutons ■ — le Salon des Quatre Colonnes et la Salle des Pas-Perdus au Palais Bourbon pourraient en témoigner... s'ils parlaient — que M. Charles-Benoist a une grande réputation d'homme d'esprit et que ses saillies sont redoutables, car elles piquent de façon cuisante le défaut d'autrui.
Une conversation, même à bâtons rompus, avec un interlocuteur de cette qualité ne pouvait que tenter doublement un enquêteur.