‹ La politique de demainChapitre 33 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Est-il nécessaire d'ajouter quelques lignes aux commentaires dont nous avons entouré les substantielles déclarations enregistrées plus haut?

Nous ne croyons pas que, analysées de près, elles sembleront trop vagues et trop générales. Une impression première se dégage de cette enquête : Aucune des personnalités interrogées — auxquelles on voudra bien accorder expérience ec compétence — n'a envisage la possibilité de continuer au lendemain de la victoire si durement, si héroïquement acquise, les erreurs d'avant la guerre, erreurs de conceptions, erreurs de méthodes, erreurs de volonté.

Il apparaît nettement que, sous le choc des événements dont les Français ont été les acteurs et les témoins et d'où la démocratie est sortie triomphante, une évolution significative s'est accompHe dans l'esprit des industriels, des parlementaires,

des hommes d'État d'hier et d'aujourd'hui, des économistes dont nous avons, en des temps où l'on ne songeait qu'à vivre au jour le jour, sollicité avec insistance l'opinion utile.

Il est fort probable, quoique des exemples récents prouvent la fragilité des espoirs les plus naturels, que les cerveaux du plus grand nombre ont subi et subiront cette évolution et qu'au contact des réalités bien des regards s'ouvriront qui, jusqu'ici, demeuraient nonchalamment fermés à ces réalités.

Si la guerre avait mûri des problèmes dont la solution urgente s'impose aux yeux de tous sans que, du haut en bas de l'échelle sociale, chacun se pénètre de son propre devoir et apporte, d'une manière continue, sa contribution d'efforts matériels et moraux à la réalisation nécessaire de ces problèmes, à la préparation d'un ordre nouveau, il serait à craindre qu'on ne jouât, consciemxnent cette fois et d'un cœur trop léger, un véritable jeu de dupes.

Il y a Heu d'espérer qu'on peut écarter cette perspective.

Comme le déclarait un jour M. de Monzie, « la République doit repartir sur de nouveaux frais non pas seulement dans les esprits mais dans les faits. Le principe constitutionnel n'est pas en cause, moins encore en péril »,

Quelles que soient l'ampUtude et la variété des questions traitées, nos interlocuteurs sont d'accord touchant cette intangibihté de la démocratie dont

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le clair regard rayonne aujourd'hui sur le monde, à travers soubresauts et fluctuations.

Quelle que soit aussi la diversité de leurs opinions, les indications, les conseils, les programmes, les directions qu'ils préconisent, marquent avec force sinon une communauté de vues préétablie, du moins une communauté de vœux pour l'organisation de cette Démocratie. M. Abel Gardey la réclame en termes vigoureux. Certains de ses collègues l'appuient avec autorité.

Il ressort par conséquent, sans que l'on veuille se nourrir de chimères, que l'heure de l'action créatrice a sonné; une action créatrice qui doit, d'abord et avant tout, s'attacher à la réparation des ruines accumulées par le fléau . de la guerre et l'ignominie de la soldatesque allemande, à la restauration, à la renaissance des villages et des villes du Nord et de l'Est anéantis par les barbares.

Là est le devoir primordial. Il est bon de le dire. Il faut, il faudra le répéter.

Alors, pendant et après, on pourra faire sortir du plus grand mal le plus grand bien possible.

Malgré l'étendue des domaines parcourus au cours de cette consultation — domaine pohtique, économique, social, moral même, — des temps nou~ veaux sont aperçus. Ils sont désirés pour le relèvement le plus rapide de notre pays, pour la plus grande prospérité de la France, /jssez de querelles, de coteries, de divisions intestines. On songe à faire grand et neuf. Les vieux cadres sont brisés,

iSa LA POLITIQUE DE DEMAIN

On veut de la lumière pour aérer la maison et un vouloir robuste, individuel et général, pour rendre la maison plus habitable.

A l'heure où les prudents et les timorés se taisaient sans agir, des esprits clairvoyants ont condamné des formules, des étiquettes, des pratiques qui apparaissent surannés. L'Enquête que nous livrons au pubHc le démontre. Cette condamnation est nette et précise. Elle doit être sans appel.

Il est admis, à peu près unanimement, que les partis reclassés et purifiés par une réforme électorale, à laquelle se sont ràlHés plusieurs de ses adversaires obstinés, devront orienter leurs efforts, après une revision de la Constitution, vers une pohtique expérimentale et largemxcnt réformiste, et que, dans cette politique réformiste, les questions économiques et sociales prendront le pas sur les autres»

Concihera-t-on, dans cette œuvre, le réalisme et l'idéalisme, comme certains veulent, si justement, si pertinemment, concilier et réconcilier le capital et le travail?

Demain nous l'apprendra.

Il est important, pour l'heure, de constater que cette possibilité, que cette nécessité ait été envisagée par les hommes éminents qui nous ont répondu. D'autre part, il apparaît indispensable, aujourd'hui plus que jamais, que c'est vers l'intérêt général et non vers l'intérêt particuHer que devront converger les efforts de chacun, qu'il faudra écarter résolument tous les dogmatismes quels qu'ils soient, pratiquer, avec des méthodes sûres, une large politique écono-

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