‹ La politique de demainChapitre 8 sur 34 · M. LEON BOURGEOIS · texte numérisé non relu

M. LEON BOURGEOIS

« Il faut du plus grand mal faire sortir le plus grand bien possible ».

L'œuvre laïque, démocratique et sociale accomplie par M. Léon Bourgeois est considérable; l'interroger en premier lieu sur les lendemains de la guerre s'imposait à nous, en raison des services rendus et de l'autorité dont il jouit non seulement dans notre pays, mais encore dans le monde entier.

Ancien Président du Conseil, Représentant de la France à la Conférence de La Haye, Ministre d'hier et d'aujourd'hui, le Sénateur de la Marne est de ceux qui ne bornent pas leur horizon aux moments — tranquilles ou agités — que nous vivons : il regarde plus loin, il prépare l'avenir. Avec plusieurs esprits éminents qui l'ont choisi comme Président — quelle présidence ne lui fut pas offerte ! — il se préoccupe des risques futurs de la guerre et de la réorganisation de la France.

Mais aborder M. Léon Bourgeois n'est pas chose

facile même aux enquêteurs les plus tenaces. Quand il n'est pas à son ministère (1), il se confine au milieu des livres dans sa demeure de la silencieuse rue Palatine, cette ancienne rue du Cimetière que troublent seules les cloches de Saint-Sulpice.

A notre question, M. Léon Bourgeois ouvre le livre : la Guerre et la Vie de demain, qu'il vient de publier, et il nous dit avec juste raison : la réponse est là.

La voici :

Le grand péril commun pose des problèmes; il suscite des réformes; il crée des institutions et des œuvres. Une seule pensée, celle de la nation en danger, rejette au second plan les intérêts particuliers, triomphe des égoïsmes, fait surgir les volontés, les dévouements, arme de vertus nouvelles l'âme commune. Il faut qu'après la guerre rien ne soit perdu de l'accroissement de forces que cette fièvre généreuse a fait circuler dans le sang de la nation. Par l'excès même de la souffrance, la guerre, en même temps qu'elle est une cause de ruines sans nombre, peut devenir la source de nouvelles et fécondes énergies. Le péril j commun a fait accepter par tous certaines mesures ; économiques et sociales sur lesquelles n'avait jamais ] pu se faire, en temps de paix, l'accord nécessaire. Ce ■ qu'il faut, c'est que les réformes, les œuvres sociales, ! qui sont ainsi nées, comme par la force même des j choses, de l'état de guerre, auxquelles l'opinion ■ publique a donné son approbation immédiate, aux- ' quelles, peu à peu, s'accoutument les esprits et j s'habituent les mœurs, ne disparaissent pas au len- ■

(1) M. Léon Bourgeois était alors Ministre du Travail.

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