LA CIRCULAIRE DITE DU « VENDREDI SAINT
Cette circulaire fut prise à la suite d’une affaire signalée par nos agents diplomatiques et après l'échange d’une correspondance volumineuse qu’il convient tout d’abord de rappeler.
Le Vendredi Saint 1913 à Smyrne.
Le 18 avril 1913, le ministre des affaires étrangères adressait à son collègue de la marine la communication suivante :
« Par trois dépêches en date des 28, 29 mars et 1° avril, le consul général de France à Smyrne m’a signalé limpression pénible produite dans ce pert par le fait que le Jurien-de-la-Gravière s’est abstenu, le jour du Vendredi Saint, de mettre en berne les couleurs nationales alors que les bâtiments italiens avaient arboré leur pavillon à demi-mûât.
Rapport du consul général de France à Smyrne à M. Pichon.
Cette lettre était accompagnée d’une copie d’un rapport adressé le 28 mars précédent par M. Colomies, consul général de France, à M. Pichon et qui exposait l'incident :
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«Conformément aux instructions en vigueur au ministère de la marine, le Jurien-de-la-Gravtère n’a pas mis son pavillon en berne le Vendredi Saint.
« Prévoyant la mauvaise impression que ne manquerait pas de produire cette abstention sur la population catholique de Smyrne, j'ai prié le commandant Ravoux, qui m'avait déclaré ne pouvoir acir sans ordres, de consulter l'amiral.
«Je ne sais s’il a cru devoir le faire, quoiqu'il ait toujours montré le plus grand empressement à répondre aux suggestions de ce consulat général, mais le pavillon n’a pas été mis à mi-mât.
« Dans ces conditions, il me paraît indispensable d’attirer l’attention de Votre Excellence sur l'utilité
- qu’il y aurait à suspendre pour l'avenir dans Îles
eaux du Levant lapplication d’un règlement qui cadre mal avec la nécessité de défendre notre protectorat religieux au moment surtout où les Italiens redoublent d'activité contre nous; il y a là une mesure de précaution à prendre.
«Notre abstention a d’ailleurs été immédiatement relevée, d'autant plus que les deux torpilleurs italiens qui étaient dans le port, VAgordat et le Lampo, ont gardé leur pavillon en berne du jeudi au samedi saints et ont même été jusqu’à prêter à des barques de pêche italiennes d'immenses pavillons dont l'importance contrastait avec le tonnage insignifiant de ces bâtiments.
Nos adversaires exploitent l'incident.
« Très habilement, nos adversaires ont suscité autour de notre réserve, qui a fait l’objet de nom-
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breux propos hostiles à l'égard de la France, une campagne de presse dont Votre Excellence trouvera ci-jointe toute une série de lettres publiées dans le journal La Réforme, le plus lu et le seul quotidien des organes de la langue française à Smyrne.
« Je n’ignore pas, d’autre part, que l’archevêque n'aime pas à voir mise en cause la légitimité de notre protectorat et a été très contrarié du bruit fait autour d’un incident dont il me paraît très | désirable de rendre le retour impossible. »
Ces communications étaient accompagnées des articles cités, et dont la signification n’était pas douteuse.
Extraits du journal « La Réforme », seul quotidien français de Smyrne.
C’est ainsi que La Réforme publiait le 23 mars 1913, une lettre qui posait nettement la question.
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« Monsieur le directeur,
Vous obligerez vos lecteurs catholiques en leur faisant savoir pourquoi les bateaux français, et spécialement le Jurien-de-la-Gravière n'ont pas mis leurs pavillons en berne les derniers jours de la semaine sainte. Nous savons que, depuis la séparation des Églises et de l’État, l’État français n’a } pas de religion, mais comme l’ex-ministre de Mada- É rascar, le député socialiste Augagneur, avait dit : 4 « Le socialisme n’est pas un article d'exportation », on ne peut encore mieux le dire pour l’anticléricalisme. Ainsi les représentants de la France à Pétranger assistent-ils toujours aux services religieux et
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tous les catholiques du Levant continuent à ConSidérer la France comme leur patrie.
« Aussi a-t-on fort remarqué l'incident du drapeau et n’a-t-on pas manqué de relever que les bateaux de guerre italiens Agordat et Lampo ont tenu respectueusement pendant trois jours leurs pavillons de guerre en berne, alors que l'Italie est considérée comme une nation spoliatrice, quasi hérétique. Nous serions désireux de savoir si c’est un règlement, un ordre qui empêehe les vaisseaux français de participer aux deuils de l’Église.
Agréez….
Des lecteurs catholiques. »
Des correspondants italiens répondaient en discutant le protectorat de la France, et ils concluaient en ces termes (La Réforme du 26 mars) :
« Il est évident que la lettre des « lecteurs catholiques », plus français que catholiques, a pour but de chercher, d’une part à détruire la bonne impression produite dans le public par la tenue respectueuse des navires de guerre italiens durant les jours saints et, d'autre part, le mauvais effet produit par l'indifférence imposée au Jurien-de-la- Gravière.