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Gravité de l'incident.
Une pareille polémique devenait intolérable. A grand’peine, On parvint à la faire cesser en agissant sur la direction du journal. Mais l'effet produit n’en était pas moins désastreux. M. Colomies, fonctionnaire excellent et loyal, n'avait rien exagéré. Il fallait de toute urgence envisager Îles moyens d'éviter le retour d'aussi pénibles incidents.
Le ministre de la marine et le ministre des affaires étrangères étudient la question.
Le département de la marine étudia un remaniement de la réglementation en vigueur. L’état de la question fut ainsi exposé aug département des affaires étrangères dans une lettre du 16 juin 1915, ainsi CONÇUE :
« Vous avez bien voulu me communiquer, Île 18 avril dernier, les dépêches que le consul général de France à Smyrne vous avait adressées pour signaler à votre attention l'impression pénible produite dans ce port par le fait que le Jurien-de-la- Gravière s’est abstenu, le jour du Vendredi Saint, de mettre en berne les couleurs, alors que des navires italiens avaient arboré leur pavillon à mimât.
« Jusqu'en 1896, les bâtiments de la marine nationale présents sur les rades françaises ou étrangères participaient à la fête religieuse du Vendredi Saint par le cérémonial suivant : pavillon en berne, apiquage des vergues, coups de canon tirés de denmiiheure en demi-heure.
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« Une circulaire du 20 mars 1806 de M. Lôckroy, alors ministre de la marine, tout en laissant liberté complète aux commandants des navires mouillés sur les rades étrangères d'accomplir le cérémonial habituel, spécifiant que sur les côtes de France l'autorisation devait en être demandée au ministre, en indiquant les raisons susceptibles de justifier cette manifestation.
€ Enfin, à la suite d’un ordre donné le 2 avril par M. de Lanessan aux autorités maritimes et rappelant qu'aucune cérémonie non prescrite par les règlements, ne pouvait être célébrée, soit à bord des navires, soit dans les établissements de la marine, le cérémonial du Vendredi Saint a définitivement cessé d’être pratiqué à bord des bâtiments de la marine nationale.
«H ne me paraît pas qu'il puisse être question de revenir sur le principe même de l'interdiction prononcée à cet égard par M. de Lanessan à une époque où la séparation des Églises et de l’État n’était pas encore accomplie.
& Mais, afin d'éviter le retour d'incidents analoques à celui de Smyrne, je serais disposé à rétablir la latitude laissée par la circulaire précitée du 20 MArS 1690 pour la participation à la cérémonie du Vendredi Saint sur les rades étrangères.
«l serait bien entendu que les dispositions à prendre à cet effet devraient faire l’objet d'un accord préalable entre les commandants et nos agenis diplomatiques.
« Je vous serai obligé de me faire connaître s41
celte proposition ne soulève aucune objection de votre part.
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Lettre du ministre des affaires étrangères à M. Baudin, ministre de la marine.
A cette lettre, M. Pichon répondait, le 20 juin, en ces termes :
« … Vous ajoutez que les dispositions à prendre à cet effet devraient faire l’objet d’un accord préalable entre les commandants et nos agents diplomatiques.
J’estime comme vous qu’il ne saurait être question de revenir sur le principe même de l'interdiction prononcée par M. de Lanessan, mais je suis tout disposé, en ce qui concerne les bâtiments mouillés dans les eaux étrangères, à entrer dans les vues que vous m'exposez. »
Et il souméttait en même temps à son collègue de la marine la circulaire suivante qu’il se proposait d'adresser à nos agents diplomatiques et consulaires :
« La non-participation du Jurien-de-la-Gravière au cérémonial du Vendredi Saint à Smyrne a donné lieu, dans la presse de cette ville, à une polémique dont j'ai signalé à M. le ministre de la marine les inconvénients au point de vue de la défense de nos intérêts traditionnels dans le Levant.
Retenant ces considérations, M. Baudin m’a fait connaître qu’il serait disposé à rétablir la latitude laissée par la circulaire du 20 mars 1896 aux commandants des bâtiments présents dans une rade étrangère en ce qui concerne la participation à la cérémonie du Vendredi Saint.
J'ai l'honneur de vous faire parvenir copie de la
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dépêche de M. le ministre de la marine, dont je ne puis que partager la manière de voir.
«54, en effet, il n'entre pas dans les intentions du gouvernement de revenir sur le principe de l’interdiclion prononcée par M. de Lanessan, J estime que nous ne saurions, à l'étranger, et notamment dans les régions où s'exerce notre protectorat tradilionnel, ne pas tenir compte des habitudes et des usages locaux.
(Je vous serai donc obligé, à l’avenir, lorsque des bâtiments de notre marine nationale se trouveront mouillés dans les eaux territoriales de votre résidence, de vous entendre avec les commandants de ces unités pour adopter, à l’occasion du Vendredi Saint, des dispositions conformes autant que pos- Sible aux règles suivies, en cette matière, par les autorités locales ou les marines étrangères. »
C'est à la suite de ces diverses communications que M. Pierre Baudin signait la circulaire du 9 août 1913 « relative à la célébration par les navires de guerre de la cérémonie du Vendredi Saint sur les rades étrangères » et qui est ainsi CONÇUE :
La circulaire du 9 août 1913, dite « du Vendredi Saint ».
« Jusqu'en 1896, les bâtiments de la marine nationale présents sur les rades françaises ou étrangères participaient à la fête religieuse du Vendredi Saint par le cérémonial suivant :
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« Pavillon en berne, apiquage des vergues, coups de canon tirés de demi-heure en demi-heure.
« Un circulaire du 20 mars 1896 (B. O.), tout en laissant liberté complète aux commandants des bâtiments mouillés sur les rades étrangères d’accomplir le cérémonial habituel, spécifiait que, sur
; les côtes de France, l’autorisation devait être | demandée au ministre.
« Quelques années plus tard, toute participation à la fête dont il s’agit fut interdite.
« Mon attention a été appelée sur les inconvénients auxquels cette abstention peut donner lieu dans certains cas, notamment lorsque des bâtiments français se trouvent sur une rade étrangère, le jour du Vendredi Saint, en même temps que des navires d’autres puissances qui célèbrent cette fête religieuse par un cérémonial extérieur.
« Après entente avec le Ministre des affaires étran-
| sères, jai décidé de rétablir la latitude laissée par la circulaire précitée du 20 mars 1896 pour la participation à la cérémonie du Vendredi Saint sur les | rades étrangères.
E- « Les dispositions à prendre à cet effet feront l’objet d’un accord préalable entre les commandants et nos agents diplomatiques, auxquels le ministre des affaires étrangères adresse de son côté des ordres en conséquence. »
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Précisions.
« Enfin, pour fixer exactement l’interprétation de ces dispositions, le ministre tenait, le 23 septembre suivant, à préciser les conditions dans lesquelles elles devaient être suivies.
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« La conséquence, disait-il, du principe posé par la loi est que les cérémonies du culte sont interdites à bord de nos bâtiments, aussi bien dans les ports étrangers que dans les ports nationaux. Cette règle ne comporte aucune dérogation. »
Et il ajoutait : « D’autre part, en ce qui concerne les manifestations extérieures de courtoisie internationale auxquelles peut donner lieu dans les ports étrangers la célébration de certaines cérémonies religieuses, il importe d'éviter, dans les ports où la France exerce le protectorat catholique, le retour d'incidents du genre de ceux qui se sont produits et qui ont été signalés par nos agents diplomatiques et consulaires. »
Ces explications très nettes suffisaient à éclairer la question et à montrer qu’il fallait s'inspirer des circonstances mêmes qui exigeaient la participation de la Marine aux fêtes religieuses.
M. Pichon, de son côté, indiquait à nos agents que cette participation ne devait se faire que sur leur demande expresse, d’accord avec les autorités locales. »
Il ajoutait que cette initiative ne devait être prise que justifiée par le respect des coutumes locales, l'usage traditionnel pratiqué par les navires étrangers et la nécessité de ne pas nuire aux intérêts de notre protectorat. »
La circulaire du 9 août 1913 n’a donc fait que régler un point de détail dans les manifestations extérieures de courtoisie internationale.
On a pu voir au cours de cette étude l’importance que les gouvernements les plus divers qui se sont