La politique de Saint Grégoire le Grand [microform]
Sur la pente rapide du mont Gœlius, en face du Golvsée et de la colline du Palatin, et non loin de l'église des martyrs saints Jean et Paul, s'élève à Rome le monastère de Saint-Grégoire. Dans ce cloître, occupé aujourd'hui par une communauté de camaldules, on retrouve partout la trace du grand pontife qui l'a fondé et dont il porte le nom. A gauche, près de l'entrée, trois petites chapelles encore debout ont été bâties par lui. Celle du miheu, ornée de deux belles fresques du Dominiquin et du Guide, est un oratoire qu'il avait placé sous l'invocation de saint André. C'est là qu'il s'arrêtait, lorsqu'il rentrait dans sa retraite pour expier par la prière, suivant l'usage, les fautes
i y\ :;àmmises au dehors, et plus d'une fois il y annonra la parole divine. A côté, est une autre petite chapelle, qu'il éleva, dit-on, en l'honneur de sa pieuse mère, Sylvia. Sur la porte du troisième monument, on ht cette inscription : Oratorium sanctx Barbarœ, ubitrlcllmumpauperiom. Chaque jour, Grégoire y donnait l'hospitalité à douze pauvres, et on y conserve la tahle de marbre sur laciuolle il les servait de ses propres mains. Au fond de la chapelle est sa statue, œuvre, dit-on, de Michel-xVnge.
Au delà, le grand escalier du monastère se développe entre une double rangée d'arceaux et conduit au portique de l'éghse, garni d'un certain nombre de pierres funéraires. On n'y trouve plus celle qui rappelait aux hommes de la renaissance les mérites trop profanes d'une courtisane célèbre ; mais on peut y lire les noms de quelques catholiques anglais, ensevehs près du sanctuaire où Grégoire avait rêvé la conversion de leur pays. L'é'^hse, restaurée deux fois dans les derniers sièclés, est sans intérêt pour l'artiste; mais le pèlerin s'arrêtera longtemps dans ce sanctuaire, l'un des moins ornés de Rome, l'un des plus riches en intéressants souvenirs ; il y verra la chaire où Grégoire prêchait, sa cellule et la pierre qui lui
servait de lit, une image de la Vierge devant laquelle il a peut-être prié, l'autel où il a célébré les
saints mvstères.
Au neuvième siècle, on remarquait dans le vestibule du monastère plusieurs peintures déjà très anciennes, au dire de l'historien Jean Diacre, qui les avait vues et qui les décrit. Ces peintures ont été sans doute détruites sous le pontificat d'un autre Grégoire, vers 1085, lors de la dévastation du mont Gœhus par les bandes sarrasines et normandes de Robert Guiscard. L'une représentait un personnage debout, grand de taille, au long visage encadré de cheveux épais, à la physionomie austère, vêtu d'une dalmatique et d'une chasuble ; près de lui était le premier évêque de Rome, saint Pierre, qui le tenait par la main. Une autre peinture représentait une matrone assise, la tête couverte d'un voile blanc, tenant un livre de prières, et gardant encore sur un visage flétri par l'âge les restes d'une grande beauté. C'étaient, disait-on, le père et la mère de Grégoire, celle-ci sous les vêtements de recluse, celui-là dans le costume de diacre régionaire, car tous deux, vers la fin de leur vie, étaient entrés dans l'EgUse. Enfin, dans une autre salle, Grégoire lui-même s'était fait peindre en pied. On reconnais-
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sait en lui la taille élevée, les traits allongés, la barbe blonde de son père; ses cheveux frisés formaient une couronne autour de son front dénudé ; ses longs sourcils, son nez droit, ses lèvres épaisses, ajoutaient à sa physionomie toute romaine, où Ton distinguait, avec la fierté native de sa race, les traces de ses longues austérités. De la main gauche, il portait les Evangiles, et tenait la main droite levée comme pour bénir. Il voulait ainsi, dit-on, rappeler à ses religieux, par la vue de son image, la fidélité à la règle qu'il avait rigoureusement observée lui-même (M.
C'était dans ce monastère qu'il avait en effet passé les plus tranquilles années de sa vie, au milieu des moines réunis près de lui, sous la règle bénédictine. Là, le peuple vint le chercher un jour, pour le conduire dans la maison des évêques de Rome ; là, il venait se reposer par intervalles des travaux multiphés du pontificat; là, enfin, il conçut le projet qui devait aboutir au plus grand acte de
(1) S. Gregorii Magni vita, auct. Joanne Diacono, lib. IV, c. LXXXiH-Lxxxv. ~ Galletti , dans ses Inscriptiones Romance infimi œvi Romœ exstantes , rapporte toutes les inscrip tions qui rappellent , à Rome, la mémoire de Grégoire I". V. t. 1", p. 5, 123, 228, 243, 24G.
sa carrière apostohque : la conversion de la nation anglo-saxonne.
Autant sa vie avait été édifiante dans le cloître de Saint-André , autant, après sa mort, sa mémoire fut honorée dans les monastères bénédictins, et la vénération accordée à un des patriarches de l'ordre s'étendit au docteur, au théologien, au Père de l'Eglise. Pendant tout le moyen âge, les rehgieux copient ou traduisent assidûment ses écrits, et chaque couvent serait fier de voir son nom en tête de sa charte de fondation, ou de posséder ses reliques. Les plus grands papes, Nicolas Y\ Grégoire VII, Innocent III, invoquent son autorité et le prennent pour modèle dans leur gouvernement ; les conciles exaltent sa science et recommandent la lecture de ses ouvrages, et saint Ildefonse de Tolède ne dépasse pas ses contemporains en enthousiasme quand il s'écrie : Grégoire a dépassé Antoine par la sainteté, Gyprien par l'éloquence, Augustin par la sagesse (1). Enfin, la légende populaire transforme tellement son histoire, qu'elle va jusqu'à en faire une sorte d'Œdipe chrétien, né d'un inceste, souillé involontairement par le même
(1) Liber de viris illustribus. Patrol. Migne, t. XCVI, p. 198.