LA RÈGLE DE SATNT BENOIT ET LE PASTORAL DE
Ces deux livres, écrits, l'un au commencement, l'autre à la lin du vi« siècle, restèrent au moyen âge les codes de la vie monastique et de la vie épiscopale, et on les considérait comme se complétant l'un par l'autre. Il ne pouvait en être autrement à une époque où le religieux était regardé, même dans le clergé, comme le type idéal du chrétien. Voyez ce que dit de saint Fulgence son biographe : Il ne devint pas évêque pour cesser d'être moine ; mais, en acceptant la dignité épiscopale, il resta intégralement lidèle à son ancienne profession, et
c'est par sa tidéUté qu'il rehaussa cette dignité mémo. (Dans Baromus, ann. 504, n° 33.)
On croirait presque que saint Grégoire à écrit son Pastoral les yeux fixés sur cette règle bénédictine qu'il admirait tant. {Dial. u, 36.) Il a fait, en s'adressant aux évoques, le commentaire du chapitre, il : Qualis debeat esse abbas. Ici et là, il le sait, c'est chose difficile de commander aux âmes; et comme il a'iu dans la règle que l'abbé doit être un enseignement vivant par ses paroles et surtout par ses actes (omnia bona... factis ampUùs quàm verbis ostendere^ , il enseigne lui-même au pasteur la pureté , l'humilité , le zèle , avant de lui tracer ses devoirs envers les autres {qualiter vivat, et benè vivens, qualiter doceat). Toute la troisième partie du Pastoral est le développement de cette phrase de saint Benoît : SecuJidiim unimcujusque qnalitatem vel intelligent iam, ita se omnibus conformet et aptet {abbas). Abbés et évêques, tous y trouveront également d'utiles conseils. L'abbé a dans le cloître la charge du bon pasteur, et l'évoque doit prêcher au momie par la parole et l'exemple de la perfection monastique; et quand Benoit écrivait qu'il est difficile de conduire les âmes et de s'accommoder aux dispositions de chacun (regerc animas et multorum servire moribus), il dictait d'avance à Grégoire tout puissant son nouveau titre : Scrvus servorum Bei.
Aussi, au moyen âge, le Pastoral et la Règle bénédictine jouissent, fun près de Vautre, d'une autorité qui n'est dépassée que par celle des Livres saints et des conciles généraux. Le second concile de Reims, en 813 (Labbe, t. VU, p. 1255), constate qu'ils ont été lus tous deux devant les Pères, après l'Evangile et les saints canons.
Le Pastoral devient, dans tout f univers chrétien, à coté de la règle de saint Benoit, le code de la vie cléricale. En Es-
pagne, il fut promptemont répandu par Léandre de Séville Eu Angleterre, il fut traduit en saxon, par les soins d'Alfred le Grand. En Italie, il en existait une version en langue vulo-aire dès le xiii« siècle. {Une de ces traductions a été publiée en 18G9 par M. A. Cerruti , conservateur à la bibliothèque Ambrosienne.) En Gaule, au temps d'Hincmar, les évêques prêtaient serment sur le recueil des canons et le Pastoral, et ils devaient lire lun et l'autre avec une égale assiduité. (2« conc. de Chàlons, 3« conc. de Tours.) Et si fou songe que de tout temps ce furent les pontifes sortis du cloître qui travaillèrent avec le plus d'ardeur au maintien de la discipline ecclésiastique, on ne s'étonnera pas d'entendre le plus grand évêque du xvii« siècle dire au plus illustre moine de son temps : « Je trouve dans f histoire de votre saint ordre ce qn'û y a de plus beau dans celle de fEglise. » (Bossuet à Mabillon, 22 août 1703.)