GREGOIRE I" ET GREGOIRE VII
Si l'on ne considère que le ton général de leur correspondance, si l'on s'attache h certains épisodes éclatants de leur vie, on pourra établir en effet une certaine différence entre la politique de Grégoire P' et celle de Grégoire VII. Mais il serait aussi facile de prouver que l'adversaire de l'empereur Henri IV a pris le plus souvent pour modèle le client de l'empereur Maurice.
L'un et l'autre, après de longues années de vie monastique, ont été élus papes dans des circonstances presque analogues. Hildebrand, qui avait été déjà chef de l'Eglise romaine dans des temps difficiles, fut choisi par les acclamations unanimes
et epontanùes du peuple, malgré sa résistance En vain il monta on chaire pour décliner le pontilicat; en vain il écrivit à l'empereur pour le prier de refuser son approbation, ajoutant, il est vrai, qu'il ne laisserait pas ses crimes impunis. Coniirmé sur son siège, il gémit aussi sur le triste état de l'Eglise, s'elfraie de sa lourde tàclie, se voit sur une barque fragile au milieu des tempêtes; il s'applique ces paroles de l'Ecriture : Vcni in allitndinem maris, et tempcstas demersit me. {Ep. I ; V. aussi Ep. i, 3, 4, 8, 9, 30.) Plus d'une fois aussi il se sentira défaillir dans sa lutte contre son siècle. [Ep. \i, 40 ;
Plus tard il sait se souvenir à propos que Grégoire I*^' a envoyé des légats en Gaule et en Espagne (Ep. vi, 2), ou bien a été le législateur du noviciat des moines [Ep. vi, 17). C'est le |>rivilége d'Autun qu'il invoque pour justifier l'excommunication de Henri IV : Quod si bcatus Gregorius, dodor utiqne mitissimiis, reges qui statuta sua super unum xenodochium violarent, non modo deponi, sed etiam cxcommunicari atquc in
œterno examine damnari decrevit ; quis nos Henricum de-
posuisse et excommunicàsse reprehendet? (Ep. iv, 2, à l'évéque de Metz.)
Il emprunte à son saint prédécesseur plus d'une règle de conduite, celle par exemple de ne jamais user sans précautions de l'excommunication. (Ep. ii. G.) Il porte la même ardeur que lui dans la défense des biens ecclésiastiques. < i'est de lui qu'il s'inspire quand il dit : Sicut enim Romance Ecdesiœ dehitum honorcm impendi à cœteris eccîesiis, ita unicuique cccïcsiœ proprium jus servare dcsideramus. (Ep. u, 24.) Il ne fait que répéter ses paroles, quand il aftirme que l'Eglise romaine doit prendre soin de toutes les autres. Entin, quand il s'adresse à des rois encore à demi barbares, il a pn-sque lilléi-alcment
sur les lèvres les exhortations de Grégoire 1^' à Recared et à Childebert : Monemus insuper, carissimc, ut tibi commissi à Bco rcgni honorcm omni industrie, soJertià, peritiâque custodias. Sit vita tua digna, sapientià referta, justitiœ et miseri-
cordiœ condimento saleque condita Pauperum et pupillorum
acviduarum adjutor indeflcicns esto. (Ep. v, 10, à Suénon, roi de Danemark.)
Maintenant qu'on oppose les Dictatus papœ et l'entrevue de Canossa aux trop fameuses lettres à Phocas, rien de plus naturel; mais il ne faudrait en conclure qu'une chose, c'est que les ti'inps étaient bien différents et que la conduite des deux pontifes se modifia suivant les circonstances. Quant au fonds de leur politique, il est le même; les idées de Grégoire Vil sont toutes en germe dans la correspondance de Grégoire I*"".