‹ La politique du sultanChapitre 105 sur 106 · I. Livre Bleu, 1896, VIII, p · texte numérisé non relu

I. Livre Bleu, 1896, VIII, p

« J'ai maintenant un ami », dit le Sultan aux ambassadeurs. C'est lui qui, maintenant, conduit ou présente toutes les affaires :

Mes négociations depuis une semaine, écrit l'ambassadeur anglais le 3o mars, éclairent bien le système actuel de gouvernement. Le ministre des Affaires étrangères reconnaît que la Porte a reçu du Palais un iradé expulsant d'Asie Mineure tous les missionnaires américains. Mais au Palais, le premier secrétaire et Izzet-Bey, le conseiller et le confident de S. M., expriment la plus vive surprise et déclare que jamais un tel iradé ne fut rendu .

Izzet a conquis son Maître, en le rassurant contre une intervention européenne, dont tout le monde le menaçait: jamais, dit Izzet, l'Europe ne se mettra d'accord, et qui oserait donc une action isolée contre le Khalife, le représentant de rislam et de Dieu ? Le Sultan peut compter sur le dévoûment et doit gouverner dans l'intérêt de ses millions de maliométans ; pour le reste, qu'il laisse crier l'Europe I Devenu le secrétaire indispensable, Izzet personnifie à Yildiz la tradition syrienne des exterminations systématiques. De Diarbékir, d'Ourfa, de Damas, arrivent d'épouvantables récits. De toutes parts, au mois de juin, on signale ou l'on prédit un renouveau de tueries : les deux

ambassadeurs anglais et français envoient à la Porte, le 24 juin, les dépêches de leurs consuls à Diarbékir, qui tous deux annoncent laconiquement (( des préparatifs pour un nouveau massacre, avec la connivence de Faulorité ».

Les deux ambassadeurs ne peuvent obtenir le déplacement du fameux Eniz-Pacha, « calomnié, dit la Porte, par le consul de France », et le Sultan use de son moyen ordinaire : des troubles étant survenus à Van, où les comités arméniens soulèvent le peuple et attaquent les musulmans, Abd-ul-Hamid accuse l'Angleterre et son consul d'avoir poussé à la révolte*.

L'attaché militaire français rentre de Marach avec ce rapport sur les événements d'Yenidjé- Kalé, qui n'a pas encore été publié. Des meurtres de catholiques ont eu lieu qui, aujourd'hui encore, n'ont pas été punis. Vainement on espère un mot de pitié des seuls hommes, qui, dans les rivalités de l'Europe, puissent faire entendre la voix de l'humanité ou les ordres de la force. Les voyages du jeune Tsar à travers les capitales pourraient fournir l'occasion d'un accord. On prétend que l'honnête et bon François-Joseph essaie,

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