‹ La politique du sultanChapitre 2 sur 106 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Lorsque M. Bérard me parla de son projet d'étudier la Politique du Sultan, je n'hésitai pas à l'encourager. Je savais qu'il apporterait à cette étude la compétence que lui donnent ses voyages en Orient, des études approfondies, attestées par un livre qui fait autorité, la Turquie et r Hellénisme contemporain y sa rare aptitude à l'observation, ses connaissances historiques, qui lui permettent de remonter aux lointains antécédents des faits, enfin l'absolue indépendance de son jugement. M. Bérard partit donc pour Constantinople. Il en

II PUÉFACE

rapporta les études que la Revue de Paris a publiées.

Nous avons bien senti que celte publication était chose grave. A la vérité, des écrivains et des orateurs avaient raconté avec une émotion généreuse les massacres d'Arménie ; des informations avaient été données par les journaux, mais le compte serait vite fait de ces écrivains et de ces orateurs, et les informations de la presse n'avaient pas suffi pour attirer et retenir l'attention publique. Pour la première fois en France, une des plus graves questions de la politique contemporaine était exposée dans son ensemble, la genèse des massacres expliquée, l'indirecte complicité de l'Europe démontrée, et, dans cette complicité, la part était faite à chacune des grandes puissances, France et Russie comprises. Nous savions bien que nous allions surprendre beaucoup de lecteurs, offenser peut-être des sentiments sincères et respectables, nous exposer à des récriminations et même à des accusations, déplaire à des amis ; mais nous voulions con-

PRÉFACE ni

Iribuer pour notre part à éclairer ropînion publique, et provoquer, s'il était possible, un grand mouvement de discussion.

L'effet produit a été considérable. Dans les témoignages d'approbation sincère et chaude qui nous sont parvenus de toutes parts, se retrouve toujours le remerciement d'avoir précisé des appréhensions vagues, et aussi d'avoir secoué la torpeur publique. D'où viennent cette torpeur et ce silence presque universels? Répondre à cette question, si cela se pouvait avec exactitude, ce serait écrire un chapitre curieux sur nos mœurs politiques et l'état de nos esprits. Les raisons honteuses du silence de quelques-uns ne suffisent pas évidemment pour expliquer l'étonnant phénomène. Il y a beaucoup d'autres raisons, très diverses.

D'abord il est certain que le public français continue à s'intéresser médiocrement aux choses étrangères. La curiosité du dehors, qui a fait de grands progrès dans le domaine intel-

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