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aux besognes d^espionnage. Il ne resta bientôt plus que les moucbards ou les coupe-bourses, dont la présence, loin de rassurer les populations, ne faisait qu'aigrir les rapports entre préfets et Arméniens. Traqués par la haine publique, les Arméniens demeurés fonctionnaires fuyaient de toute TAsie Mineure et venaient à Gonstantinople se poser en victimes de leur loyalisme et en accusateurs de leur peuple. Sur leurs dénonciations, le Sultan s'en prit aux chefs des communautés :
Févêque de Zeïtoun, l'évêque de Hadjîn, l'évêque d'Adana, Févêque d'Arabkir, Févêque de Femooz, les métropolitains de Mouch, de Kemakh et de Boulanik, et plus de cent prêtres, furent arrêtés, emmenés les fers aux pieds dans les prisons d'Alep ou d'Erzeroum, exilés à Rhodes et à Saint-Jean-d'Acre, ou même condamnés à mort. Le Sultan avait déconsidéré le patriarche Achikian par les basses besognes qu'il lui avait imposées. Les comités forcèrent le patriarche à démissionner. La nation élut alors un homme estimé de tous, monseigneur Ismirlian, en qui le Sultan aurait pu trouver un modérateur des esprits; car, chez les chrétiens et chez les musulmans, la rigidité des mœurs du Patriarche, sa charité
et son activité apostolique lui avaient fait un renom de saint; l'Europe et ses représentants appréciaient sa droiture et son intelligence. Patriote sans faiblesse, monseigneur Ismirlian était incapable de flatteries envers les passions populaires ou d'ambitions chimériques pour sa nation et pour lui-même. Mais il était incapable aussi des besognes indignes que le Palais avait imposées à ses prédécesseurs, et le jour de son intronisation il avait prêté le serment de fidélité en ces termes :
Ce serment doit avoir un triple caractère de fidélité au gouvernement, de fidélité à la nation arménienne, de fidélité à la constitution.
Ma fidélité, d*abord, va au g6uvernement. Mais cet engagement est limité par les droits que nous avons à la vie, à la propriété, à Thonneur, à la sécurité. Toute déclaration de fidélité, sans celle réserve, serait un mensonge et une fraude, dangereuse pour les intérêts de la nation et du gouvernement. Tout désir, toute demande, toute doléance, toute démarche, qui se proposera raffermissement de ces droits, loin d'être une violation de mon serment, sera au contraire une preuve de mes sentiments de fidèle loyalisme.
En second lieu, ma fidélité à la nation : c'est la fidélité même à l'ÉgUse ; car le devoir de notre Église apostolique est de ne pas se séparer des droits du peuple. Les droits de nos Église et
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Nation sont imprescriptibles et sacrés. Votre Patriarche en sera le défenseur et l'interprète, puisqu'il en est le gardien responsable devant la Nation et devant l'Église.
Enfin, pour le respect de la constitution et la conduite de nos affaires intérieures, toute ma carrière passée vous doit être un sûr garant •
Pour apprécier la dignité, mais aussi la modération de ce discours, il faut savoir qu'il fut prononcé au commencement de janvier 1895 : après quatre ans de tyrannie, de vexations, d'exils, d'emprisonnements et de pendaisons, après deux mois da massacres au Sassoun et plus de cinq mille victimes, pas un mot de récriminations, pas une demande politique, mais le seul droit réclamé pour un peuple de vivre, et de vivre en paix. Le Sultan traita cet homme en révolutionnaire, refusa de le recevoir désormais, et finit par le forcer à démissionner.
Après les chefs, les communautés. Sous prétexte de révision, on reprend les firmans des écoles et des églises. On confisque les cimetières comme terrains usurpés. On empêche les chsmts religieux comme révolutionnaires. Le commerce du bazar est entravé, sous mille prétextes; les boutiques de vin ou d'alcool, par
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exemple, sont fermées ou saisies dans le voisinage des mosquées et lieux saints, qu'elles souillent ; or, avec les innombrables djamis, tekkés, médressés, tombeaux de saints et fontaines miraculeuses d'une ville musulmane, tout le bazar et toute la ville sont dans le voisinage d'un lieu saint*. On enlève les enfants et les filles et on les convertit à Tlslam. Aux individus, on défend la moindre réunion; pour la police, tout conciliabule devient un comité et tout soupçon un motif d'arrestation. L'autorité sait exactement le nombre des Comités et de leurs membres, qui souvent se font hautement connaître; mais, quand un placard, un assassinat ou un attentat survient, on arrête en masse tout un village ou tout un quartier : à Narman 58 personnes, à Mouch 25o, à Bitlis 60, à Zeïtoun plus de 3oo. On juge à la grosse et l'on ne condamne qu'à l'exil ou à la mort : à Rhodes et à Saint- Jean-d'Acre, au bout de six mois, on a plus de lâoo forçats arméniens et les pendaisons ont dépassé deux ou trois centaines. Et cependant les Comités eux-mêmes, en des placards, en des lettres ouvertes, préviennent le
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palais et les préfectures qu'eux seuls ont agi.
A propos des lettres adressées au clergé arménien, de nombreuses arrestations ont été opérées parmi les Arméniens :
1® Attendu que les seuls auteurs et propagateurs de ces lettres sommes nous, les révolutionnaires Hindchakistes ;
2*^ Attendu que les personnes arrêtées n'ont eu aucune participation en celte affaire ;
3® Attendu que Sa Majesté le Sultan, en révoquant Tarchevêque Khorêne Achikian, donna raison aux réclamations des Arméniens à propos de la question du patriarcat, et par cet ordre même annula le délit reproché aux personnes arrêtées.
Nous vous proposons. Altesse, de mettre immédiatement en liberté toutes les personnes arrêtées à propos de ladite question. C'est seulement par des mesures d'accord avec la justice et en donnant satisfaction aux réclamations si justes du peuple arménien que vous pourrez. Altesse, prévenir la révolution qui menace d'éclater sur toute l'étendue de l'empire ottoman. Connaissance a été donnée de celte lettre aux représentants des puissances étrangères.
Comité révolutionnaire Hindchakiste , branche de Constantinople.
Il est visible, d'autre part, que les communautés sont tyrannisées par les Comités. A
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Amassîa, le Comité condamne à mort seize notables qui ont refusé de prêcher l'insurrection, et Fun d'eux, chef de. la communauté protestestante, est assassinée Les riches, pour échapper à leurs extorsions et à leurs menaces, émigrent en Amérique ou en Russie. Mais les préfets défendent l'émigration, pour garder eux-mêmes leurs victimes. Car Taccusation de menées ou de paroles révolutionnaires est devenue un des grands moyens de mangerie :
cinq Arméniens de Marach, les plus riches, sont amenés à Alep, sous accusation de réunions secrètes; après un long interrogatoire et une plus longue détention, on les renvoie sans jugement; mais ils ont dû payer une rançon à tous les grands fonctionnaires^. Les moindres dépositaires de l'autorité, gendarmes et veilleurs de nuit, en usent ainsi et menacent de dénonciation, c'est-à-dire d'emprisonnement, tout Arménien qui leur refuse des marchandises ou de l'argent. ]En cas de résistance, le Sultan et ses officiers, dans son empire, contre ses sujets, se conduisent comme une armée en pays ennemi se conduirait contre les bandes de partisans : un village est tenu