‹ La politique du sultanChapitre 33 sur 106 · I. Livre bleu, 1896, III, p · texte numérisé non relu

I. Livre bleu, 1896, III, p

LE SULTAN ET L'ARMÉNIE l85

s'est écoulé et dix-sept d'entre eux sont morts en prison.

Voici en résumé les renseignements qui ont été recueillis :

Il y a quelque temps, trois Arméniens de Dikkhas et d'Ekérek, qui s'étaient rendus dans les forêts de Namervan, n'étant pas retournés dans leur village, leurs parents ont actionné devant le tribunal de Tortoum, comme auteurs de leur meurtre, le fils de Salih-Agha, le fils de Hussein et un autre musulman, sous le prétexte que ceux-ci avaient accompagné les individus disparus. Mais le tribunal avait prononcé leur mise en liberté. Les trois musulmans que l'ambassade déclare avoir été relâchés ne sont autres que ces deux enfants et leur compagnon. Plus tard le curé de Dikkhas et un nommé Déli-Sako ont fait venir de Russie le nommé Vartan et le fils de Kholik. Ce dernier, connu déjà par ses actes de brigandage et l'assassinat d'un grand nombre de musulmans, avait été désigné comme chef de la bande des brigands arméniens déguisés en Mollahs et portant d'autres costumes musulmans, qui avait été formée, aux frais d'un commerçant arménien de Russie, à la suite des incidents de Koum-Kapou et d'Erzeroum, pour assassiner tout musulman qu^elle rencontrerait. Une bande de quinze malfaiteurs arméniens exerçait ces exploits dans les parages de Namervan. Cette bande avait dévalisé plusieurs musulmans et fait subir les derniers outrages à quelques femmes musulmanes, dont une est morte à ?on retour au village de Didé des suites de l'attentat.

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Sur les plaintes du fils de Salih-Agha, les Arméniens poursuivis de ce chef ont été jugés par la cour martiale : huit d^entre eux ont été condamnés à la peine de mort, quelques autres à celles de travaux forcés, et deux ont été acquittés. Si l'affaire dont il s'agit a traîné jusqu'à présent, c'est parce que le fils de Kholik, qui est sujet russe, et qui s'était enfui en Russie, n'a pu être arrêté, et (jue les autres prévenus ne s'étaient pas présentés à temps.

Dans l'intervalle treize des détenus sont morts de maladie.

Dans cet exposé des faits, il y a des invraisemblances et même des mensonges évidents.

Mais nous l'acceptons tel que. La Porte reconnaît :

i^ Qu'à la fin de 189^, des prisonniers, arrêtés en 1892, n'ont pas encore été jugés définitivement ;

2^ Que cette affaire, néanmoins, où quinze malfaiteurs étaient impliqués et n'ont pas tous été arrêtés, a déjà coûté la vie à ^mze Arméniens, sans parler de huit condamnés à mort et de quelques autres, condamnés aux travaux forcés.

On pourrait donner vingt autres exemples. Les Arméniens sont pourchassés sur toute l'étendue de l'Empire. Dans le gouvernement de Smyrne, où ils sont en infime

minorité, l'autorité fouille toutes leurs maisons, confisque livres et atlas oii le nom d'Arménie peut se rencontrer et enferme leurs détenteurs *.

On jette ainsi dans la révolution, des- districts entiers, qui, jusqu'alors, éloignés du gros de la nation, vivaient loin de toute propagande. Sur toute la côte de la Syrie, de Mersina à Sain t-Jean-d' Acre, des bandes d'hommes et des caisses d'armes sont débarquées^. Les Comités préparent l'insurrection générale. Des bandes armées tiennent la campagne, surtout dans les régions où la présence des Kurdes et le fanatisme des softas exaspèrent les plus patients. Amassia, avec ses nombreux médressés (séminaires), Tokat et Yuzgat sont chaque semaine le théâtre de rixes. En août 1895, le bazar d' Amassia flambe un samedi soir, à l'heure où les chrétiens se sont déjà retirés pour le repos du dimanche, et, toute la nuit, cinquante-huit maisons, cent soixante-cinq boutiques, deux khanes, une mosquée, une médressé, une école turque brûlent ; le consul anglais accuse les Armé-

I* Livre bleu, 1896, VI, p. 268, a. lÂvre BleUt^iSg6, II, p. a.

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niens^ A Gésarée, rannonce des réformes prochaines pour la fête du Sultan amène une bataille des rues^. AKharpout, deux hindchakistes revenus d'Amérique ameutent le peuple et parcourent la ville en chantant des chants patriotiques : devant le consulat d'Angleterre, ils crient à pleine voix : « Dites bien que nous n'avons peur de personnel ))A Trébizonde, les Arméniens parlent librement de la révolution prochaine : les jours de tranquillité et d'inaction sont passés ; une bande de quarante hommes est prête ; on fait un emprunt forcé et l'archevêque est taxé à douze cents francs*. Les autorités turques, écrit le consul de Trébizonde, affirment que, dans toute communauté arménienne, grande ou petite, il y a des désespérés tout prêts au martyre pour la cause nationale^.

On prête à Saïd-Pacha un mot qui doit oir été prononcé : ce On supprimera la

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