‹ La politique du sultanChapitre 64 sur 106 · I. Livre Bleu, 1896, III, pp · texte numérisé non relu

I. Livre Bleu, 1896, III, pp

La vérité est que la propagande protestante a toujours rencontré Thostilité des patriotes arméniens ; car ceux-cî voient, dans leur égKse nationale, le seul appui, et, dans leur religion grégorienne, le seul lien de la race actuelle et de la nation future. Les missionnaires ont donc raison de dire et de croire que tout changement dans la situation politique des Arméniens serait funeste à leur propagande.

Mais le Palais, aveuglé par sa haine de l'Angleterre, ne veut rien entendre aux véritables intérêts de la Turquie. Malgré les protestations du Grand Vizir, l'ambassade anglaise, qui sent contre elle l'hostilité du Maître, craint un renouveau de persécution contre ses protégés. Elle s'est tirée à son honneur des affaires de Marsovan, mais grâce à l'appui des Etats-Unis. Elle veut régler définitivement la question religieuse, car elle voit de jour en jour se compliquer et s'aigrir la question politique : elle essaie d'établir une entente de toutes les puissances protestantes représentées à Gonstantinople . L'Alliance Evangélique remet à l'ambassadeur d'Allemagne et aux ministres de Hollande, de Suède et des États-Unis, une communication identique sur la situation du protestantisme en

Turquie, et sur les embarras que lui suscite la Porte depuis 1892. L'ambassadeur anglais entre en rapports avec ses collègues : la Suède et la Hollande consentent à présenter une note verbale, dans les mêmes termes, à peu près, que celle de l'Angleterre; l'Allemagne ne veut faire que des représentations non écrites, mais promet son appui; les Etats-Unis ne veulent pas non plus s'engager immédiatement, et le ministre doit en référer à Washington; mais il promet aussi son appui moral.

La note verbale de l'Angleterre du 3o juillet 1894 est soutenue par tous les gouvernements protestants : la Porte, devant cet accord, promet que la liberté du culte ne sera plus troublée (19 septembre 1894).

La question religieuse et la cause des protestants une fois réglées, restait la question politique, bien plus grave, et la cause, bien plus générale, des Arméniens.

L'Angleterre se devait à eux, puisque la convention de Chypre, toujours en vigueur, lui donnait non seulement le droit, mais le devoir d'intervenir. Le gouvernement anglais

eût peut-être volontiers négligé ce devoir, car il avait tout intérêt, quoi qu'on ait dit, à ne point attirer l'attention de l'Europe sur la situation orientale. Mais il était poussé, l'épée dans les reins, par l'Association anglo-arménienne qui, dans le monde politique anglais, jouait le même rôle que l'Alliance Evangélique dans le monde religieux.

Fondée à Londres en 1890 par des Arméniens et avec l'argent arménien, cette association ne compta d'abord qu'un très petit nombre de membres anglais et ne fut, pendant un ou deux ans, qu'une sorte de bureau de presse ou de renseignements, chargé de communiquer aux journaux les doléances et les subsides des Arméniens ^

Ij Hindchak vit d'un fort mauvais œil cette agitation rivale, qui détournait de lui une par-

I. U Association anglo-arménienne , fondée en 1890. Adresse : 3, Essex-court, Temple, Londres. Président : Francis Seymour Stevenson, M. P. ; vice-présidents : Lord Northbourne, Lord Edmond Fitzmaurice, Sir Thomas Clark, monseigneur Tévêque d'Aberdeen et Orkney, le révérend principal Fairbair D. D., Sir G. R. Sitwell, le Révérend chanoine Mac-Goll, le révérend chanoine Gore, le Docteur J, A. Calantarients, M. Hugh Hoare, M. Gumming Macdona, M. P. ; trésorier : G. E. Schwann, M. P. ; secrétaire : Edward Atkin.

Le but de l'Association, qui proclame le principe de l'égalité de tous devant la loi dans Texercice et la jouissance de leur liberté individuelle et de leurs droits personnels, est

lie de Targent et des sympathies de la nation ; la politique de l'Association lui semblait maladroite et trop coûteuse ; il voulait l'intervention de l'Europe, et non de la seule Angleterre : il dénonça les dilapidations et les dépenses inutiles de l'Association. Néanmoins celle-ci progressa. Elle avait intéressé à sa cause le journal de l'un des grands partis, le parti libéral, puis ce parti lui-même. Dès 1892, le Daily News commence la campagne arménienne. Le parti libéral, arrivant , bientôt après aux affaires, peut vérifier les doléances de l'Association et, par ses publications oflBcielles ou officieuses, lui rallier l'opinion publique.

Le Sultan ne voulut voir d'abord, derrière les attaques dirigées contre lui, que les repré-

d'assurer raccomplissement des promesses répétées faîtes par le Sultan de Turquie aux Arméniens habitant l'Empire ottoman, en amenant une intervention effective des puissances européennes.

Ses membres s'engagent à faire tous leurs efforts pour obtenir une amélioration permanente dans la condition de TArménie et pour donner aux habitants chrétiens la sécurité de leur religion, de leur vie, de leur honneur et de leur propriété, par l'exécution des réformes administratives et judiciaires que, en 1878, la Sublime Porte a entrepris de réaliser dans les provinces arméniennes de la Turquie d'Asie et qui sont expressément garanties par l'article 61 du Traité de Berlin.

sentants d'un parti politique et, dans la campagne du journal, qu'une manœuvre des libéraux pour détourner sur les affaires extérieures l'attention du public anglais. Le ministre turc des Affaires étrangères, Saïd-Pacha, reproche à l'ambassadeur « ces articles non seulement hostiles à la Turquie, mais encore calculés pour tromper l'opinion en dehors de l'empire* ». L'ambassadeur répond qu'il ignore ces articles, mais qu'il constate, depuis 1891^ le changement de la Porte à l'égard des Arméniens. Continuant la politique anglaise des dix dernières années, il demande un plus grand soin dans le choix et la surveillance des fonctionnaires. La Porte ne répond que par des emprisonnements en masse et des condamnations. Des pétitions arrivent de toute l'Asie Mineure aux consuls et aux ambassadeurs de toutes les puissances. Le gouvernement anglais renouvelle ses conseils de prudence et d'attention dans le choix des fonctionnaires. Mais, comme pour narguer l'Angleterre, dont il connaît les désirs, le Sultan répond par une promesse de réformes (novembre 1892).

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