‹ La politique du sultanChapitre 86 sur 106 · I. Le Temps, 21 octobre · texte numérisé non relu

I. Le Temps, 21 octobre

Ol'l LA POLlTlQtE Dt St'LTAN

aux besoins locaux, mais, portant sur l'ensemble de l'Empire, elles étaient destinées à aller rejoindre le Tanzimat, le Hatti Humayoum et les autres hxitt de ce siècle dans la collection des lois jamais appliquées. La question arménienne demeure donc intacte et on laisse au Sultan le soin de la trancher.

Les massacres commencés, par ordre du Palais, dès le commencement d'octobre et poursuivis dans toute l'Asie Mineure, firent bientôt connaître la solution adoptée. Sur les lieux mêmes, les ambassadeurs, témoins des assommades de Stamboul, ne pouvaient conserver le même sang-froid que les cabinets.

Chaque jour, de plus mauvaises nouvelles leur parvenaient maintenant de leurs consuls : (( Tout à feu et à sang, télégraphiait un soir le consul français de Diarbékir. Sauvez-nous 1 » Réveillé dans la nuit par ce cri d'agonie, l'ambassadeur faisait dire, cette nuit même, à la Sublime Porte, que la tête du préfet répondrait de la tête du consul. Les autres ambassades, sentant la nécessité d'être enfin entendues, étaient toutes disposées au même langage ; dès le 2 octobre , l'indignation commune avait amené une démarche de tout le corps diplomatique.

L'ambassadeur d'Autriche-Hongrie et ses collègues ont reçu des nouvelles certaines des faits qui se sont passés à Stamboul hier et avant-hier, à savoir :

I® Que des particuliers ont frappé et assommé des prisonniers conduits par des agents de police, sans que ceux-ci s'y opposassent ;

2** Que des attaques de particuliers contre des gens absolument inoffensifs se sont produites ;

3*^ Qu'on a achevé de sang-froid dans les cours de la police et des prisons des prisonniers blessés.

Les ambassades, redoutant la continuation de pareils excès, croient devoir attirer l'attention la plus sérieuse du Gouvernement Impérial et lui recommander de prendre les mesures nécessaires pour

3lG LA POLITIQUE DU SULTAN

le plus prompt rétablissement de Tordre, en évitant une effusion de sang inutile.

A Tappui de cette noie du 2 octobre 1896, signée par le doyen du corps diplomatique, les six statlonnaires, quittant leur mouillage d'été à Tliérapla, vinrent reprendre leur poste devant Top-Hané, au pied d'Yildiz-Kiosk.

Maîs cinq drogmans seulement portèrent la note à la Sublime Porte : ledrogman russe n'a pas pris part à cette démarche. Les drogmans d'Autriche-Hongrie, de France, d'Allemagne, d'Italie et d'Angleterre n'obtinrent que des dénégations du ministre Turkan-Pacha, qui ignorait, disait-il, les excès signalés; en vain, ils lui citèrent des rapports de témoins; ils ne parvinrent pas à influencer Son Excellence*. Une nouvelle note collective, du 6 octobre, appela de nouveau l'attention de la Porte sur les excès de la police et des particuliers et oflrit le concours des ambassades pour rétablir la paix des rues. La Porte répondit le 8 en rejetant toute la faute sur les Arméniens et en annonçant une enquête contre les vrais coupables. Les drogmans des six puissances reviennent, cette fois au complet,

Page 1